Vidal Benchimol : "Le confinement génère ce qu’on pourrait appeler le syndrome du prisonnier"

Écrit par
Vidal Benchimol
2020-04-30

Le confinement nous force à porter toute notre attention sur nos logements, au risque de révéler d’importantes disparités dans ce domaine. Quel regard la promotion immobilière porte-t-elle sur cette crise, et quelles leçons en tire-t-elle ? Quelques éléments de réponses avec Vidal Benchimol, maître d’ouvrage et inventeur des Ecofaubourgs.

Midionze - Que révèle la crise sanitaire quant à la situation du logement en France ?

Vidal Benchimol - Elle met en lumilère une rupture, que nous connaissions, déjà au niveau du parc de logements. Un grand nombre de logements, notamment du parc social, est insalubre, et les bailleurs qui en sont les propriétaires et les gestionnaires ont beau redoubler d’efforts, rien ne change. Cette insalubrité est liée à la taille des logements, à l’inconfort acoustique et à la promiscuité. Ces logements construits dans les années 1960 et 1970 génèrent des situations dramatiques. Les populations qui y vivent sont doublement défavorisées. Mais l’inconfort vaut aussi dans les immeubles anciens. Du fait du confinement, nous sommes plus nombreux à occuper nos logements sur de longues périodes. En restant chez soi 24h/24, on se rend alors compte que les voisins font du bruit. Les populations les plus privilégiées, qui ont de grands logements, ne vivent pas ces désagréments de la même manière, mais elles sont confrontées à d’autres limites. Principalement des limites d’usage, notamment pour le télétravail et l’accès aux espaces extérieurs.

Les difficultés que vous pointez sont en partie liées à la concentration des populations dans les métropoles, au détriment d’un aménagement du territoire plus équilibré. Le confinement met-il en question la métropolisation ?

La métropolisation a favorisé la densification, mue par la volonté d’optimiser les flux, de réduire les temps de transports, de rapprocher les habitants des activités et des commerces. Mais quand toutes les activités et les commerces sont inaccessibles, on ne peut juger son bien-être que sur le fondement du logement qu’on occupe. Or, dans les grandes métropoles, ce logement est forcément plus exigu, et donne rarement accès à un jardin. Pendant le confinement, le besoin fondamental qui s’exprime est d’accéder à l’air libre. Les personnes qui ont fait le choix d’avoir une maison et un jardin dans le périurbain se trouvent alors favorisées puisqu’elles ont plus d’espace à l’intérieur et à l’extérieur de leur logement.

"Tout le monde est d’accord pour dire que le télétravail est une solution, mais dans quelles conditions ? Les logements ont-ils été prévus pour un tel usage ? On constate que dans bien des cas, les conditions d’un télétravail efficace ne sont pas réunies."

Quels critères essentiels de confort le confinement révèle-t-il ?

Le confinement génère ce qu’on pourrait appeler le syndrome du prisonnier. Quelqu’un à qui on dit qu’il doit rester chez lui va très vite se rendre compte que son moment de joie est celui où il va remplir son attestation pour aller se promener pendant une heure en bas de chez lui. Ce syndrome se traduit par des cauchemars, par des appels aux urgences psychologiques ou psychiatriques, qui sont en pleine explosion, y compris de la part de gens qui n’y avaient jamais eu recours. Le confinement nous place dans une situation de dépendance vis-à-vis d’un pouvoir qui, agissant dans notre intérêt sanitaire, se voit obligé de nous enfermer de notre plein gré dans l’espace domestique. Les besoins essentiels qui s’expriment alors sont liés au bien-être chez soi. Celui-ci dépend d’abord, comme je l’ai dit tout à l’heure, des espaces extérieurs, de la taille du logement et de la manière de l’utiliser. Tout le monde est d’accord pour dire que le télétravail est une solution, mais dans quelles conditions ? Les logements ont-ils été prévus pour un tel usage ? On constate que dans bien des cas, les conditions d’un télétravail efficace ne sont pas réunies. Nous autres professionnels de la construction, avons une réflexion à mener sur ce point : de quelles manières ces espaces de télétravail doivent-ils être équipés et aménagés ? Comment les isoler phoniquement et les équiper numériquement ? Quelle doit être leur taille ? Faut-il les doter de fenêtres ? Il faut aussi porter notre attention sur les espaces extérieurs, qui sont considérés en cette période comme indispensables. Enfin, la qualité acoustique du logement s’affirme plus que jamais comme un critère fondamental de confort… La RT2012 a fait d’énormes bonds en la matière, mais tout ce qui a été construit avant 2006 n’est pas performant sur ce point. On peut supposer que les normes acoustiques vont devenir encore plus cruciales qu’auparavant. Et l’on se doit de considérer désormais le bruit comme une pollution majeure.

Ces critères ont-il été suffisamment pris en compte dans l’offre de logements au cours des dernières décennies ?

Au cours des dernières décennies, les réglementations ont surtout abordé la question des économies d’énergie. Les normes acoustiques sont arrivées après, mais elles sont aujourd’hui suffisantes pour offrir un vrai confort aux nouveaux occupants. Reste la question des espaces extérieurs. Je suis dubitatif quand je vois qu’on construit toujours en ville dense des programmes de logements sans aucun espace extérieur, balcon ou terrasse. Or, quelqu’un qui dispose d’un balcon ou d’une terrasse allant de 16 à 20m2 peut considérer qu’il a une pièce à vivre en plus dans son logement. Avec le changement climatique, cette pièce peut être investie six mois dans l’année.  

L’aménagement d’espaces extérieurs est-elle compatible avec la rareté du foncier et la concentration de la demande de logements dans les métropoles ?

La densité n’est pas incompatible avec les espaces extérieurs ! Ce sont souvent les promoteurs immobiliers qui en excluent l’aménagement pour des questions de coûts. C’est vrai que la conception de balcons ou de terrasses requiert plus de travail et occasionne des coûts supplémentaires, mais elle est tout à fait possible, y compris en zone dense. Là où la demande est très forte, quand un immeuble neuf se construit, on y trouve des terrasses, mais elles se paient alors très cher.

Le marché de l’immobilier est largement dicté par le critère de l’emplacement, parfois plus décisif, en tous cas dans les métropoles, que les caractéristiques du logement lui-même. Le Covid-19 est-il de nature à remettre en question l’importance d’un tel critère ?

Je pense que oui, au moins en partie. Beaucoup de gens se rendent compte que vivre dans un appartement situé plus loin du centre, mais offrant plus d’espace, est plus confortable que de vivre dans des quartiers à la mode, mais où il n’y a ni balcon ni terrasse, et dont l’intérêt est très réduit quand tout est fermé autour.

"Il faudrait revoir la définition de ce qu’est un logement, pour y intégrer les locaux d’activités dédiés au télétravail."

Vous l’avez dit : le confinement s’accompagne d’un net essor du télétravail. Comment intégrer à l’avenir cette pratique nouvelle dans la conception de logements, et ce dans un contexte de pression foncière où il semble difficile d'accroître la taille des logements ?

Il y a d’abord un aspect réglementaire. Quand on dépose un permis de construire, on doit préciser si la construction envisagée est un logement, un commerce ou un local d’activité. Les règlements doivent évoluer pour proposer des logements avec espace de travail, comme il en existait avant la dernière guerre, où nombre de logements, à Paris notamment, intégraient un atelier. Il faudrait en somme revoir la définition de ce qu’est un logement, pour y intégrer les locaux d’activités dédiés au télétravail. Cela aurait des incidences fiscales, puisque les taxes ne sont pas les mêmes pour les logements et les locaux d’activités. Une telle évolution permettrait aussi à un employé de récupérer une petite prime. Imaginons que vous habitiez dans un logement où il y a un espace dédié au télétravail. Vous seriez alors fondé à demander à votre employeur de prendre à sa charge une partie de cet espace. L’entreprise y trouverait son compte, car elle pourrait réduire la taille de ses locaux. Le salarié s’y retrouverait aussi, car une partie de son loyer ou de sa charge d’emprunt serait pris en charge. Ces dispositifs ne concerneraient pas seulement les personnes dont le travail s’exerce sur un ordinateur, et pourraient s’étendre aux travailleurs manuels. Pour le maître d’ouvrage, il s’agirait de produire 10 à 20 mètres carrés supplémentaires pour que les acquéreurs puissent travailler chez eux. Cette surface pourrait d’ailleurs être affectée à d’autres usages, et être considérée comme un studio où accueillir un ami, une personne âgée, un enfant qui a grandi et veut prendre son envol. Cela participerait de la modularité des logements…

Vous êtes un partisan de la modularité. Quel intérêt présente celle-ci dans l’expérience que nous vivons ?

La modularité est une question compliquée car elle est liée au mode de vie et à la taille du ménage. On peut très bien généraliser les choses pour les espaces de télétravail, mais le reste dépend de la composition de la famille. Il n’y a pas de règles générales. Le confinement donne à réfléchir à une autre question, qui est celle de la mobilité. Pour les personnes qui sont en mesure de télétravailler, la question de la mobilité est plus souple que pour quelqu’un qui ne le peut pas. L’économie réalisée sur le temps de transport peut inciter à s’installer plus loin de son entreprise. D’autant que l’épidémie de Covid-19 remet en question la fréquentation des transports publics. Le déconfinement va nécessairement s’accompagner d’un boom des trajets en voiture. Certes, nous sommes au printemps, et certains pourront se déplacer à vélo, mais que se passera-t-il si l’épidémie se prolonge jusqu’à l’hiver prochain ? Les gens refusaient déjà d’être entassés dans les transports publics, mais ils le refuseront de manière encore plus vigoureuse. Ce rejet va inciter un certain nombre d’entre eux à aller vivre plus loin des villes, et je suis persuadé que beaucoup de familles avec de jeunes enfants vont franchir le pas. Sur les sites de recherche immobilière, le nombre de consultations en direction des maisons à la campagne, particulièrement en Bretagne, est en nette hausse. Cela décrit déjà une certaine tendance.

En tant que promoteur, songez vous à investir de tels espaces, alors que votre activité se concentre jusqu’alors dans les zones denses ?

Non, pas du tout. Je ne pourrais pas me lancer sur un tel marché, car il n’a pas de règles, il est très disparate et diffus. A ce titre, c’est un marché qui est très difficile à travailler, et doit s’appréhender comme une somme de demandes individuelles.

Votre approche de l’habitat se marque par une volonté d’établir un équilibre entre espaces privés et espaces partagés (laveries, salles communes, jardins partagés, etc.). Le Covid-19 vous amène-t-il à réévaluer cet équilibre ?

La crise sanitaire interdit tout usage de lieux communs. De ce fait, elle vient appauvrir ce type de projet. On peut toutefois espérer que ce genre de situation restera rare, voire unique, dans notre existence. Les espaces communs sont faits pour réunir des usagers, et ils participent d’une nouvelle réflexion sur la conception de logements en milieu dense. Par ailleurs, je pense que la situation actuelle montre qu’il faut poursuivre la construction d’écoquartiers. Par hasard, ces derniers se trouvent favoriser la distanciation sociale, car ils ménagent des zones de promenades et des trames vertes larges et aérées. Ils se révèlent de bons vecteurs de développement de logements collectifs dans des zones relativement denses, mais où la distanciation sociale est possible.

D’une manière générale, comment la conception de programmes de logements peut-elle mieux prend en compte la question des risques, par nature imprévisibles (qui avait prédit il y a seulement 6 mois que notre pays serait confiné ?) ?

Le marché de l’immobilier est un marché à cycle lent. La conception de logements ne se fait pas sur un coup de tête ou un caprice. La notion de risque sera prise en compte, mais de manière marginale dans les prochaines réalisations. Sur le plan technique, on devra peut-êre réfléchir à des technologies de filtration de l’air. On peut estimer que les logements sont déjà confinés, surtout avec les nouvelles règles d’isolation thermique. On va peut-être être amenés à réfléchir différemment à la question de la ventilation.

"La crise sanitaire n’annule pas le besoin de logement, bien au contraire. Ce besoin ne pourra pas être satisfait de la même manière qu’en temps normal. Un grand nombre de projets risque d’être reporté. Beaucoup de gens vont se retrouver avec des difficultés d’emploi, et vont donc être contraints d’ajourner leurs projets."

Comment voyez évoluer les secteurs de la construction et de l’immobilier dans les mois qui viennent ?

La crise sanitaire n’annule pas le besoin de logement, bien au contraire. Ce besoin ne pourra pas être satisfait de la même manière qu’en temps normal. Un grand nombre de projets risque d’être reporté. Beaucoup de gens vont se retrouver avec des difficultés d’emploi, et vont donc être contraints d’ajourner leurs projets. Ma plus grande crainte est qu’on se retrouve pris dans un effet ciseau où le besoin de logements n’est plus satisfait par la production et où les demandeurs reviennent à des pratiques comme celles qui avaient suivi la loi de 1948. Les gens payaient alors un pas de porte pour avoir accès aux logements à loyer plafonné. Les mairies vont pour certaines bloquer les loyers, et le parc ne va pas se renouveler, au risque de favoriser ce type d’abus. S’il n’y a pas une intervention extrêmement forte de l’Etat ou du monde du logement social dans la production de logements neufs, on risque de fabriquer une nouvelle crise du logement. Cela dit, cette crise sanitaire, qui va déboucher sur une crise économique et sociale, va aussi donner un coup de frein aux spéculations. Prenez une ville comme Bordeaux, où le prix du mètre carré a explosé, et où une partie de la population ne peut pas faire face à cette hausse. Il est probable qu’on y assiste à de fortes corrections sur les produits qui ne présentent pas de caractéristiques 5 étoiles et se vendent à des prix beaucoup trop élevés. En revanche, l’Ile-de-France où le marché est très tendu pourrait s’affronter à une grave crise du logement.

En même temps, selon une étude du forum Vies mobiles, 38% des Parisiens envisagent de déménager après le confinement…

Ce serait une bonne chose ! Un tel exode permettrait de rééquilibrer la situation à Paris et en première couronne, et donnerait une autre impulsion au marché... Mais il y a en matière de logement notamment, un écart entre des velléités exprimées sous le coup de l’émotion provoquée par une telle crise, et le passage à l’acte. Si cette prise de conscience est suivie d’effet, alors oui, on pourra alors parler d’un véritable changement en profondeur.

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A l’approche des élections municipales qui auront lieu dans les communes françaises les dimanches 15 et 22 mars prochain, les équipes sortantes publient leur bilan. L’occasion pour midi:onze de faire le point sur un mandat marqué par une succession de crises…

Enquêtes, études et actualités confirment qu’être élu de proximité n’est pas une sinécure. Mais pour le coup, le mandat municipal 2020-2026 aura été particulièrement éprouvant pour les maires et leurs équipes, avec à la clé une hausse inédite du nombre de démissions. Il faut dire que les élus locaux ont eu à affronter une succession de crises au cours des six dernières années. Quel impact le contexte national et international a-t-il eu sur la gestion locale ? Zoom en 5 points qui expliquent en grande partie la “colère des maires” au cours du dernier mandat. 

Une pandémie à gérer

Le dernier mandat municipal aura été frappé par la crise avant même de commencer : prévues les 15 et 22 mars 2020, les élections municipales se sont finalement tenues le 15 mars et le 28 juin, en raison de l’épidémie de COVID-19. Après un premier tour marqué par une abstention record (44,7%), le second tour a été reporté à l’après-confinement. 

Durant toute la crise sanitaire, les élus locaux ont été en première ligne : ils ont dû organiser la distribution des masques, la mise en place des centres de vaccination et le soutien aux commerces locaux très impactés par la succession des confinements. 

Durant l'épidémie de COVID-19, les municipalités ont été en première ligne. Elles ont dû notamment mettre en place des centres de vaccination. Source photo : mufidpwt pour Pixabay

Le choc de la guerre en Ukraine

A peine l’épidémie achevée, une autre crise commençait, énergétique cette fois. Débutée en février 2022, la guerre en Ukraine a eu des répercussions majeures sur les budgets communaux. A l’hébergement et la scolarisation des familles ukrainiennes réfugiées, s’est ajoutée l’explosion des prix de l’énergie. Pour les communes qui n’avaient pas mis en place de mix énergétique, le choc a conduit à des arbitrages drastiques : fermeture de piscines, extinction de l'éclairage public nocturne, baisse du chauffage dans les gymnases, etc. Parallèlement à l’envolée des coûts de fonctionnement, l’inflation dans le secteur de l’alimentation (cantines scolaires) et de la construction réduisait les capacités d’investissement des municipalités et intercommunalités. 

Face à l'envolée des prix de l'énergie, de nombreuses communes ont réduit l'éclairage public. Source photo : suvajit via Pixabay

Entre les maires et l’Etat, un divorce consommé ? 

La crise énergétique aura été d’autant plus rude qu’entre 2020 et 2026, l’Etat change les règles du jeu. Il y a d’abord la suppression de la taxe d’habitation, achevée en 2023 pour les résidences principales. En partie compensée, cette mesure supprime un levier fiscal qui aurait permis aux municipalités de mieux absorber le choc de l’inflation. D’autant qu’au cours du dernier mandat, la Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) n’a pas suivi la hausse vertigineuse des dépenses pensant sur les communes. De plus en plus, les maires sentent leur statut passer de celui de “bâtisseurs” à celui de simples “gestionnaires” chargés d’appliquer des décisions prises par un Etat centralisateur. D’où une défiance croissante : en 2023, 45 % des maires déclaraient ne pas recueillir de reconnaissance de la part de l’Etat et de ses services contre 28 % en 2020 (hausse de 17 points en trois ans).

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Le défi du "Zéro Artificialisation Nette" (ZAN)

Pour les élus municipaux, la loi Climat et résilience adoptée en août 2021 aura été le grand dossier technique et politique du mandat. Les maires ont dû intégrer le principe “ZAN”, soit l'objectif de ne plus bétonner de nouvelles terres d'ici 2050 pour limiter l’étalement urbain. A la clé, de fortes tensions. En 2022, l’association des maires ruraux de France (AMRF) dénonçait ainsi une ruralité “mise sous cloche” et condamnée au déclin démographique. Cette fronde a conduit le gouvernement à adopter une “garantie rurale” en 2023, puis à repousser certains délais de mise en conformité dans la loi TRACE en 2025. Dans le même temps, les élus subissaient pourtant de plein fouet l’un des effets majeurs de l'artificialisation des sols, intensifié par le dérèglement climatique : les inondations. Dans le Nord en 2023-24, puis le sud-ouest en février 2026, les crues de l’hiver ont eu un impact humain et financier colossal…

Une inondation en France en 2024. Crédit photo : midionze

Un climat sécuritaire dégradé

Enfin, le mandat 2020-2026 a vu croître l'inquiétude quant à la sécurité des représentants locaux et équipements publics. Au cours des six dernières années, il a beaucoup été question des agressions contre les élus. En 2023, la démission du maire de Saint-Brevin après l'incendie de son domicile provoquait un émoi national. Dans son sillage, le ministère de l’intérieur créait le Centre d'analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE). Publiée en mai 2025, sa première étude révélait que les maires sont les plus touchés par les violences faites aux élus (62% en 2023, 64% en 2024), suivent les adjoints et conseillers municipaux (15% en 2023, 18% en 2024). Cette violence diffuse a pu aussi se manifester lors des émeutes ayant suivi la mort de Nahel en juin 2023 : des dizaines de mairies étaient alors prises pour cibles. 

Violence envers les élus, émeutes, narco-trafic : la sécurité s'annonce comme l'un des thèmes de la prochaine élection municipale. Crédit photo : Neurolink via Pixabay
La démocratie locale est-elle à bout de souffle ?

Face à la défiance des électeurs et à l’abstention croissante, les collectivités locales expérimentent de nouvelles formes de participation. Ces innovations suffiront-elles à revitaliser la démocratie locale ? À l’approche des élections municipales, midi:onze fait le point.

Un essoufflement de la confiance envers la démocratie locale à relativiser 

Plus d’un Français sur deux (55 %) s’est abstenu lors des élections municipales de 2020. Un taux record en hausse de vingt points par rapport à 2014, dans un contexte marqué par la crise sanitaire. Au premier tour des élections régionales de 2021, l’abstention a même atteint 66 %. À cette baisse de participation électorale, s’ajoute une défiance croissante envers les représentants politiques, perçus comme éloignés des préoccupations quotidiennes. Selon la 17e vague du baromètre OpinionWay pour le Cevipof, publiée en février 2026, seulement 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique. 

Pourtant, ce constat est à nuancer : les acteurs de proximité, comme les maires (60 % de confiance) et les conseils municipaux (58 %), ainsi que les institutions incarnant le soin et la solidarité, conservent un niveau de confiance correct. « même si des réponses techniques peuvent être apportées pour lutter contre l’abstention, le cœur du problème réside dans cette crise de foi républicaine et cette prise de distance avec la chose publique », expliquent Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier dans un article de 2021 pour la Fondation Jean-Jaurès, Dès lors, comment remédier à cette désaffection croissante ?

79 % des Français souhaitent un recours plus fréquent au référendum, 77 % sont favorables aux conventions citoyennes et 79 % estiment qu’il faudrait donner plus de pouvoir aux collectivités locales. 

Souvent présentée comme une solution au sentiment d’impuissance citoyenne, la démocratie participative suscite un engouement certain. La demande pour davantage de participation directe est réelle : selon l’enquête du Cevipof précédemment cité et paru en février 2026, 79 % des Français souhaitent un recours plus fréquent au référendum, 77 % sont favorables aux conventions citoyennes et 79 % estiment qu’il faudrait donner plus de pouvoir aux collectivités locales. 

Pour Loïc Blondiau, professeur de science politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, la démocratie participative, apparue dans les années 1960 et développée à la fin des années 1990, regroupe l’ensemble des dispositifs visant à associer les citoyens aux processus de décision politique. Cela inclut les réunions publiques, les consultations en ligne, les enquêtes publiques, les conseils de quartier (obligatoires pour les communes de plus de 80 000 habitants), le droit de pétition local, les budgets participatifs, les jurys citoyens ou encore les conseils d’enfants et de jeunes. En 2024, 460 collectivités avaient mis en place des budgets participatifs. À Poitiers, une liste citoyenne élue en 2020 a créé une assemblée citoyenne et populaire, composée notamment de 50 citoyens tirés au sort, autonome pour débattre et voter des propositions soumises au Conseil municipal. Lors de sa première édition en 2023, deux propositions sur la lutte contre les incivilités ont été adoptées, engageant la municipalité à les mettre en œuvre.

La démocratie participative, un symptôme davantage qu’une solution 

Politistes et cofondateurs de Partie Prenante, une agence spécialisée dans les coopérations territoriales, Manon Loisel et Nicolas Rio proposent un point de vue sans détour dans leur essai  au titre sans équivoque :  “ Pour en finir avec la démocratie participative (Edition Textuel, 2024). Pour eux, loin de compenser le déficit de représentativité des élus, la démocratie participative contribue souvent à le maintenir, voire à le renforcer. Ils soulignent que l’essentiel des efforts se concentre sur le format des dispositifs plutôt que sur leurs effets réels. Si la démocratie participative séduit tant les institutions, c’est qu’elle leur permet de reprendre le contrôle sur la participation citoyenne, en gardant la maîtrise du cadre et du déroulement.” 

Un point de vue partagé par Loïc Blondiaux. Dans un article paru sur vie-publique.fr, il souligne que, face à l’érosion de la légitimité des gouvernants, ceux-ci sont contraints de recourir à d’autres modalités de prise de décision pour éviter ou canaliser les conflits avec la population : “L’élévation du niveau d’éducation, l’affaiblissement des corps intermédiaires et la montée des réseaux sociaux ont transformé le contexte de la décision politique, obligeant à repenser l’action publique. À l’échelle locale, de nombreux projets d’aménagement rencontrent désormais l’opposition de riverains qui ne souhaitent pas être impactés négativement par des choix auxquels ils n’ont pas été associés. À l’échelle nationale, des mouvements sociaux récents ont soulevé la question du fonctionnement des institutions de la démocratie représentative à l’image des Gilets jaunes ou des mobilisations en faveur du climat.”

Le dépouillement des votes lors de l'élection municipale de 2020. Credit photo : midionze

Les réponses apportées aux Grand Débat national (décembre 2018 – avril 2019) puis à la Convention citoyenne pour le climat (avril 2019 – juin 2020) ont souvent déçu, renforçant le sentiment que ces consultations ne sont que des formalités. Sherry Arnstein avait théorisé en 1969 une échelle de la participation, distinguant information, consultation, concertation et codécision, le premier niveau étant celui de la manipulation ou de la « non-participation », où l’illusion d’une association des citoyens est donnée sans réel pouvoir.

Au niveau municipal, le taux de participation aux dispositifs est estimé à seulement 1 % de la population.

Aussi, le déficit de représentativité des élus se reproduit au sein de ces nouvelles instances, où les participants, qualifiés de « TLM » (Toujours Les Mêmes), sont majoritairement des hommes CSP+, retraités ou propriétaires. Ceux qui utilisent les outils de la démocratie participative sont en grande majorité ceux qui se présentent aux élections, ceux qui votent et s'impliquent dans la vie locale. Au niveau municipal, le taux de participation aux dispositifs est estimé à seulement 1 % de la population. Par ailleurs, la question des suites données aux consultations reste entière : les propositions demeurent souvent à l’état de projets, sans mise en œuvre concrète. Pour y remédier, Nantes a instauré un droit de suite pour suivre la réalisation des engagements pris.

L’organisation des collectivités et la présidentialisation des institutions locales 

Les solutions proposées par Manon Loisel et Nicolas Rio passent par plusieurs leviers : recueillir les témoignages des publics inaudibles, recourir au tirage au sort en complément du suffrage universel, confronter l’administration à d’autres expertises, s’appuyer sur des contre-pouvoirs et distinguer la fonction de chef de l’exécutif de celle de président de l’assemblée au niveau local. Actuellement, le maire ou le président d’intercommunalité est aussi celui qui préside le conseil municipal ou communautaire, ce qui pose des questions de manque de délibération et de débat contradictoire. Cette concentration des pouvoirs est d’autant plus problématique que l’intercommunalité, renforcée depuis 30 ans par des réformes successives, vise à mutualiser les moyens des communes pour pallier leur morcellement (34 875 communes en 2025). Les fusions entre EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) se sont par ailleurs multipliées, passant de 2 601 en 2009 à 1 254 en 2025. 

Les solutions proposées passent par plusieurs leviers : recueillir les témoignages des publics inaudibles, recourir au tirage au sort en complément du suffrage universel, confronter l’administration à d’autres expertises, s’appuyer sur des contre-pouvoirs et distinguer la fonction de chef de l’exécutif de celle de président de l’assemblée au niveau local.

Pourtant, cette évolution suscite des inquiétudes chez les maires, qui craignent une perte d’autonomie, une complexité accrue et un éloignement des décisions locales. Les transferts de compétences, comme ceux relatifs à l’eau ou à l’assainissement, ont été aménagés face aux résistances, tandis que la Cour des comptes et le Sénat pointent des dysfonctionnements : gouvernance peu lisible, prises de décision opaques, sentiment de dépossession des élus et risque d’affaiblissement de la démocratie locale, accentuant la dissociation entre l’action publique (qui se joue au sein des groupements de communes) et la vie démocratique, où les maires restent les élus identifiés par les citoyens.

Dans une société de plus en plus polarisée mais aussi connectée, et ce malgré les inégalités d’accès au numérique, les civic tech (outils numériques de participation citoyenne) ont sans doute un rôle à jouer pour faciliter l’engagement des citoyens les plus désabusés. Cependant, il faut veiller à ne pas tomber dans le « civic washing », où ces outils serviraient davantage à donner une image moderne des institutions qu’à réellement renforcer la participation. Confrontée à des défis multiples, la démocratie locale doit donc trouver un équilibre entre innovation et ancrage dans les réalités territoriales, sous peine de voir se creuser encore davantage le fossé entre les citoyens et leurs représentants.

En savoir plus

Baromètre de la confiance politique CEVIPOF 2026

Tribune de Manon Loisel et Nicolas Rio publiée en 2022 sur Médiacités 

Edith Maruéjouls, géographe du genre : “L’égalité se construit dans des espaces partagés, par l’apprentissage de la négociation, du partage, du renoncement, de la reconnaissance et du conflit.”

Edith Maruéjouls est géographe du genre. En 2014, elle a créé le bureau d’études L’Arobe (l'Atelier Recherche Observatoire Égalité), spécialisé dans l'aménagement égalitaire des espaces et la lutte contre les stéréotypes de genre. Elle a récemment co-écrit avec la designer sociale Célia Ferrer Faire Société égale (éditions Double ponctuation). A mi-chemin de l’essai et du guide pratique, l’ouvrage questionne les inégalités de genre et donne des solutions concrètes en faveur d’une société plus inclusive. Entretien.

Votre bureau d’études vise à proposer des solutions pour créer des espaces égalitaires et inclusifs. Quels types de projets menez-vous au sein de votre bureau d’études ?

Au sein du bureau d’études, nous intervenons sur une grande diversité de projets, mais notre cœur de métier repose sur le travail de terrain, entendu à la fois comme un espace concret et comme une méthodologie. Dès l’origine, nous avons choisi de privilégier des démarches inscrites dans la durée, proches des pratiques professionnelles, des usages quotidiens et des espaces concernés, plutôt que des interventions ponctuelles. Cette approche implique une immersion fine dans les contextes étudiés, par exemple dans le champ scolaire, en travaillant avec les enfants et les adultes présents dans ces espaces. L’entrée par l’espace constitue un levier central, permettant d’ancrer l’analyse dans un territoire autour duquel s’organisent projets, acteurs, métiers et pratiques. Le terrain peut désigner un espace public, une collectivité, une politique sectorielle ou un enjeu politique précis. Notre travail consiste à observer, comprendre les fonctionnements spatiaux et organisationnels et introduire les questions d’égalité de manière contextualisée.

Un de nos principes fondamentaux est d’agir dans les cadres existants, sans attendre des moyens supplémentaires ou des conditions idéales, afin de montrer que l’action est possible avec les ressources disponibles. Les enseignements issus du terrain sont diffusés via la formation, l’accompagnement des professionnels, l’analyse de la commande publique et des interventions dans l’espace public.

Auriez-vous quelques exemples emblématiques de solutions concrètes proposées ?

Un projet emblématique est celui que nous menons avec le département de la Gironde sur la construction de quatorze collèges. L’intervention s’est faite en amont, dès le Programme Technique et Fonctionnel, en introduisant des prescriptions d’aménagement égalitaire : blocs sanitaires mixtes, espaces interstitiels, cantine comme lieu de socialisation. Les équipes d’architectes ont été formées et accompagnées pour intégrer ces enjeux dès la phase de conception. Les projets ont été suivis jusqu’à leur mise en usage, permettant d’observer les effets concrets. L’introduction de sanitaires mixtes constitue un choix novateur, pensant les usagers au-delà de la seule catégorie de sexe et intégrant âges, corps, identités et étapes de la puberté. Ce projet illustre le passage d’un travail centré sur les usages à une intervention sur la valeur structurante de la construction, matérielle et politique, en rendant visibles les enjeux d’égalité dans l’espace bâti. D’autres terrains, comme les équipements sportifs et les espaces de jeu, prolongent ces réflexions sur les inégalités de genre.

"Le terrain montre que les inégalités ne se résument pas à une reproduction sociale, mais relèvent aussi de mécanismes de production actifs. Elles résultent d’actions et de non-actions, et sont modifiables si les acteurs saisissent les leviers existants."

Quels enseignements dressez-vous de votre expérience du terrain sur la persistance des stéréotypes de genre dès l’enfance et l’adolescence ?

Le terrain montre que les inégalités ne se résument pas à une reproduction sociale, mais relèvent aussi de mécanismes de production actifs. Elles résultent d’actions et de non-actions, et sont modifiables si les acteurs saisissent les leviers existants. L’ouvrage Société égale illustre cette conviction : chaque chapitre se conclut par des questions opérationnelles, montrant que l’action est possible avec les ressources et compétences existantes. À l’inverse, l’absence d’intervention maintient les systèmes de domination. Les données de terrain montrent la stabilité remarquable des mécanismes d’inégalités sur plusieurs décennies, tant dans la structuration des relations filles-garçons que dans la construction de la masculinité au sein des groupes de pairs.

Dans quelle mesure l’échelle de la cour d’école est-elle intéressante pour comprendre les mécanismes sociaux plus larges ?

La cour d’école est un espace heuristique pour observer les dynamiques sociales, non pas seulement en tant que lieu de formation des « générations futures », mais par la façon dont les adultes et la société structurent l’enfance. C’est un lieu de relations contraint et régulé, où les enfants partagent temps, espaces et activités. La mixité formelle n’y garantit pas l’égalité réelle : la non-mixité et la « police du genre » s’y installent comme normes ordinaires. L’enjeu central est la hiérarchisation et la reconnaissance des filles comme corps social légitime, capables d’occuper physiquement et symboliquement les lieux. Travailler en faveur de l’égalité implique de permettre aux garçons d’investir des pratiques féminisées et de remettre en question les normes de masculinité. L’égalité ne peut être pensée que dans un seul sens : elle nécessite la transformation conjointe des places, rôles et représentations dès l’enfance.

Toilettes mixtes dans un collège de Gironde
"Dans la cour d'école, la mixité formelle n’y garantit pas l’égalité réelle : la non-mixité et la « police du genre » s’y installent comme normes ordinaires."

A l’échelle de la ville, les enjeux d’égalité et de violences sexistes et sexuelles sont-ils pris en compte à la hauteur des enjeux ?

Les politiques publiques ne sont pas aujourd’hui à la hauteur des enjeux. Néanmoins, certaines collectivités expérimentent et développent des initiatives intéressantes, comme à Nantes qui porte l’ambition de devenir la première ville non-sexiste en 2030 et Poitiers dont la mairie a été élue par un collectif citoyen. Cependant, ces initiatives restent encore peu nombreuses et dispersées. L’absence d’un projet politique global limite l’efficacité. Les questions d’égalité ne peuvent être réduites à des comportements individuels. Faire porter la responsabilité sur les jeunes filles constitue une erreur en leur disant par exemple “Foncez, osez”, car elle ignore les mécanismes cumulatifs d’exclusion et le rôle structurant des adultes.

Les freins actuels tiennent à l’absence de vision politique structurante, de moyens pérennes et de reconnaissance institutionnelle des approches féministes. Les résistances se traduisent par la marginalisation des luttes féministes, l’absence de transmission des savoirs et la montée de discours masculinistes. Les politiques d’égalité et de lutte contre les violences peinent à être intégrées comme paradigme central de l’action publique, contrairement à d’autres cadres largement admis, comme l’écologie ou la lutte contre la pauvreté. La question féministe demeure souvent marginalisée, perçue comme partisane ou illégitime, y compris dans la recherche et les pratiques professionnelles.

"Les politiques d’égalité et de lutte contre les violences peinent à être intégrées comme paradigme central de l’action publique, contrairement à d’autres cadres largement admis, comme l’écologie ou la lutte contre la pauvreté. La question féministe demeure souvent marginalisée, perçue comme partisane ou illégitime, y compris dans la recherche et les pratiques professionnelles."

Quelles sont les conséquences de l’absence d’espaces égalitaires et inclusifs pour la société?

L’hypothèse centrale est que les violences émergent là où la relation à l’autre n’est ni apprise, ni encadrée, ni rendue possible. L’égalité se construit dans des espaces partagés, par l’apprentissage de la négociation, du partage, du renoncement, de la reconnaissance et du conflit. Le conflit encadré structure la relation sociale. Sans encadrement, il produit de la violence. La séparation systématique installe une défiance durable et une violence symbolique.

Travailler en faveur de l’égalité revient à affirmer que la relation entre les sexes est possible et nécessaire, non pour gommer les différences, mais pour construire un espace commun fondé sur la liberté, la confiance et le respect. La généralisation de la séparation dans les moments ordinaires de sociabilité constitue un échec collectif majeur.

Vous avez récemment publié un ouvrage co-écrit avec la designer sociale Célia Ferrer, Faire Société égale après avoir publié en 2022 Faire je(u) égal (éditions Double ponctuation) . Quelle est l’ambition de ce nouveau livre ? 

L’ouvrage Faire Société égale, co-écrit avec Célia Ferrer, s’inscrit dans un temps long de recherche et de terrain. Il vise à donner forme aux paroles recueillies et à rendre hommage aux personnes rencontrées. Le choix d’une écriture à deux voix permet de montrer la pluralité des approches féministes. Structuré autour des droits fondamentaux, le livre interroge les évidences sociales et propose des pistes de transformation accessibles, à partir de questions concrètes. Il aborde des enjeux sociétaux tels que la parentalité, le soin, la pauvreté ou le vieillissement, en affirmant la nécessité de l’engagement. En conclusion, il insiste sur l’importance de projeter des imaginaires positifs et de penser le plaisir collectif d’être ensemble, fondé sur des actes concrets de confiance et de solidarité, comme condition d’un projet de société égalitaire.

En savoir plus

Célia Ferrer et Édith Maruéjouls, Faire société égale : des outils pour agir, éditions Double ponctuation, 2025, 336 pages, 20 euros