Christine Aubry : "L'agriculture urbaine met en question notre modèle de production"

Écrit par
Stéphanie Lemoine
2013-07-03

Christine Aubry est ingénieur de recherche à l’INRA et responsable d’une équipe de recherche Agricultures urbaines à l’unité Mixte de Recherches SAD-APT. Elle a répondu aux questions de midi:onze sur l'agriculture urbaine et ses perspectives...  

L’expression agriculture urbaine semble un oxymore. Comment est née l’idée de faire de la ville un lieu de production agricole ?

Le terme agriculture urbaine est nouveau, mais l’agriculture dans la ville a toujours existé. La dernière vache a quitté Paris en 1971 ! En France, la séparation entre ville et agriculture s’est faite au début du 20e siècle, et surtout au cours des 30 glorieuses, du fait de l’étalement urbain et de l’industrialisation des filières agricoles.Le terme agriculture urbaine est arrivé relativement tard dans notre pays – depuis une quinzaine d’années tout au plus. La question s’est d’abord posée dans les pays du Sud, notamment lors de l’arrivée massive de paysans dans les villes à cause des guerres (dans l’Afrique des Grands Lacs en particulier).

"Le terme agriculture urbaine est nouveau, mais l’agriculture dans la ville a toujours existé." Christine Aubry, ingénieur de recherche à l'INRA

L’agriculture urbaine y est alors un vrai moyen de subsistance. Elle se définit d’abord par son lien fonctionnel avec la ville plus que par sa localisation qui peut être intra ou périurbaine. Elle partage avec l’espace urbain le foncier et la main d’œuvre ainsi que d’autres ressources (l’eau par exemple), et cherche à concilier aire de production et de consommation. Dans les pays du Nord en particulier, alors qu’on imagine l’agriculture urbaine comme construite en opposition à l’espace urbain, elle en est souvent complémentaire, ne serait-ce que parce que dans bien des cas, c’est le salaire d’un conjoint travaillant en ville qui permet à un agriculteur de maintenir son exploitation.

Comment expliquer cet essor ?

Je ne suis pas sociologue ni historienne, mais ce qu’on peut constater cependant, c’est qu’il existe des parallèles avec d’autres phénomènes aussi en plein essor. J’en vois au moins deux : d’une part, l’intérêt croissant des politiques et des citoyens pour le développement durable, et notamment pour le développement durable urbain ; d’autre part, les crises alimentaires en Occident, qui ont mis les consommateurs en alerte. A partir de la fin des 1990, une inquiétude croissante quant aux conséquences sanitaires de notre modèle agricole a amené une partie de la population à vouloir diversifier les liens avec les agriculteurs, voire à auto-produire. On explique ainsi notamment l’essor des circuits courts, et aussi le fait qu’aujourd’hui, la plupart des collectivités sont confrontées à des demandes quotidiennes d’espaces à cultiver par les habitants…

Vous dites que l’agriculture urbaine est multifonctionnelle. Pouvez-vous expliciter cette idée ?

La multifonctionnalité n’est pas propre à l’agriculture urbaine. La plupart les exploitations agricoles remplissent de fait plusieurs fonctions . Par exemple, un mouton produit de la viande, mis aussi de la laine ou du cuir. En ville toutefois ou à ses alentours, cette multifonctionnalité est extrêmement poussée et très fréquente : une même exploitation pourra concilier production alimentaire, activités pédagogiques ou sociales, aménagements paysagers, etc. D’ailleurs, une exploitation urbaine ne fonctionnera que si elle apporte plusieurs types de services.

"Une exploitation urbaine ne fonctionnera que si elle apporte plusieurs types de services." Christine Aubry

Pour une raison très simple : les fermes situées à proximité des villes souffrent souvent de leur proximité avec l’espace urbain à travers la pression sur le foncier, les difficultés de circulation, les conflits avec le voisinage etc. ; elles ont donc tout intérêt à transformer ces nuisances en avantages, par exemple en organisant la vente directe de produits et de services aux citadins…

L’animal commence à faire en ville un timide retour. Peut-on envisager des élevages urbains ?

C’est déjà largement le cas ! L’apiculture urbaine est en plein boom et va sûrement continuer à se développer. On commence aussi à voir quelques élevages de volailles, avec des formes plus domestiques. Par exemple, Yerres dans l’Essonne a une politique de développement des poulaillers. Commencent aussi à s’y développer des élevages de type multifonctionnel. C’est le cas des moutons de Clinamen à Saint-Denis : les ovins servent de tondeuses à gazon, mais fournissent aussi des services pédagogiques et alimentaires. Pour un certain nombre de collectivités territoriales, réinstaller des élevages dans l’espace urbain et périurbain peut être intéressant. En Ile-de-France toutefois, leur essor est limité à cause du démantèlement des abattoirs de proximité et de la rareté des services vétérinaires. Pour que l’élevage urbain se développe, il faut parfois retisser toute une structure de transformation.

Quelles formes prend l’agriculture urbaine ? Peut-on en dresser la typologie ?

L’agriculture urbaine prend les formes les plus diverses, que ce soit par sa localisation, par la fonction principale des exploitations ou par leurs filières (auto-consommation ou vente, et dans quels circuits ?). Le caractère multifonctionnel de l’agriculture urbaine rend très difficile l’établissement de typologies immuables. Par exemple, les formes non professionnelles d’agriculture ne sont pas pour autant dénuées d’intérêt économique : dans un jardin familial de 150 m2, on a une production alimentaire relativement importante, qui vient se cumuler aux bénéfices sociaux, voire thérapeutiques du projet. De même, les initiatives émergentes, notamment dans l’intra-urbain, sont très souvent des projets de  nature hybride : à un but strictement commercial, s’ajoute souvent une visée pédagogique et éventuellement sociale. Les business model de ces initiatives sont eux-mêmes conçus en fonction de plusieurs types de services et de rémunérations afférentes. On est dans une hybridation très forte. C’est la même chose outre-Atlantique, où l’on voit se nouer des liens très forts entre par exemple les toits productifs et l’agriculture péri-urbaine.

"Les innovations en matière d'agriculture urbaine viennent rarement, hélas, du monde agricole." Christine Aubry

Ce qui caractérise les  projets d’agriculture urbaine, c’est qu’il s’agit de formes innovantes, et que tout est en construction. Ces innovations viennent rarement, hélas, du monde agricole. En effet, les systèmes techniques mis en œuvre par l’agriculture urbaine diffèrent très largement des modes de production « traditionnels », et les agriculteurs ne sont pas soutenus aujourd’hui dans ce genre d’innovation par leurs organisations professionnelles qui ne semblent pas avoir encore pris la mesure des développements possibles de l’agriculture urbaine. Mais c’est peut être une simple question de temps.

Les formes que prend l’agriculture urbaine dépendent-elles du type de milieu : dense ou étalé ?

Il est évident que les formes urbaines sont déterminées par l’accès au foncier. Les fermes urbaines qui s’installent en pleine ville dans des zones en déshérence (les friches industrielles par exemple, fréquentes aux USA mais aussi dans certains villes européennes) ont plutôt tendance à développer la production hors-sol, alors que le péri-urbain est plus propice aux cultures en plein champ. Toutefois cette distinction n’est pas figée, et on voit aussi des projets hors-sol dans le périurbain, et de l’agriculture en plein champ au cœur des villes… Cela dépend beaucoup des structures urbaines elles mêmes.

A quelle surface en France estime-t-on le potentiel de développement de l’agriculture urbaine ?

Il est très difficile pour l’heure de répondre à cette question. On commence à avoir quelques données en la matière, mais elles sont à manier avec beaucoup de précautions. Paris a fait une estimation de ses toits productifs. Il existe dans la capitale environ 300 hectares de toits plats, dont 80 seraient cultivables, sans préjuger du coût de mise en culture. Ce qu’on a pu montrer à l’INRA, c’est qu’on peut produire entre 5 et 8 kilos de légumes par m2 sur un toit productif en plein air ou dans des jardins associatifs urbains. Il est clair qu’on est très loin de l’autosuffisance maraîchère en ville ! Mais le potentiel de production urbaine n’est pas pour autant négligeable, surtout en ce qui concerne les populations les plus vulnérables. De plus, ces formes d’agriculture peuvent remplir des services alimentaires particuliers : restauration collective, réinsertion, accès aux produits frais de populations vivant dans des « déserts alimentaires », ce qui est plus souvent le cas outre atlantique que chez nous, là encore pour des questions de structure des villes. Mais si l’on avait l’objectif politique d’assurer le plus possible l’approvisionnement des villes par les différentes formes d’agriculture urbaine, on pourrait le faire…

Quelle part de l’approvisionnement une telle agriculture peut-elle assurer ?

C’est très difficile à dire. Dans les pays du Sud, notamment africains, l’agriculture urbaine assure entre 60 et 100 % de l’approvisionnement en produits frais. En Occident, on est beaucoup moins bons, et surtout on sait beaucoup moins ! Par exemple, en Ile-de-France, la quantité de salades produites peut théoriquement couvrir 80% des besoins de la région, mais on n’a aucune idée des liens réels qui unissent production et consommation. Idem pour les céréales cultivées dans l’espace périurbain, dont la moitié est exportée. Quand vous achetez une baguette, vous ne savez pas d’où provient la farine, alors qu’on aurait la possibilité d’approvisionner largement l’Ile-de-France grâce au blé produit sur place ! En somme, l’agriculture urbaine met en question notre modèle de production. A la fois dans les liens aux consommateurs, et dans ses systèmes techniques. Il y a pour partie une question d’échelle : les questions sont portées par les communautés d’agglomération, mais c’est très difficile pour elles d’intervenir sur les filières. Quant à la  PAC, elle ne traite pas d’agriculture urbaine.

L’agriculture urbaine est-elle une façon de contenir ou de compenser l’étalement urbain ?

En France, on est à la fin d’une dynamique de grignotage périurbain, du moins je l’espère. L’étalement a été très fort dans les années 1990 et 2000, en partie parce qu’on sacralise les forêts et les bois et que pour que les villes s’étendent, surtout avec le modèle du pavillon de banlieue, ils fallait piocher dans les terres agricoles. Pendant cette décennie, en Ile-de-France, moins d’1% des terres forestières ont été grignotées, contre 12% des terres agricoles. A l’échelle locale (de la grande commune, voire de la Région) on est souvent dans des politiques qui visent à préserver ce qui peut l’être, avec des moyens parfois très importants. L’agence des espaces verts en Ile-de-France est aujourd’hui un plus gros propriétaire terrien que la SAFER, car elle y a mis les moyens. Son exemple souligne que freiner le mitage des terres agricoles ne passe pas aujourd’hui par des politiques nationales. En France, l’Etat n’a pas légiféré sur le sujet. Pour plusieurs raisons, notamment politiques : les syndicats majoritaires ne promeuvent pas franchement la diversité agricole et comme on l’a dit, ne s’intéressent pas prioritairement à l’agriculture proche des villes. Il y a aussi le fait qu’on est confronté en France à un grand déficit de logements, d’où la tentation de régler le problème en libérant des terres agricoles. C’est la raison pour laquelle les politiques agricoles en périurbain sont aujourd’hui portées au premier chef par les communautés d’agglomération. D’autant plus que les PLU et les SCOT les incitent à réfléchir à  l’échelle de l’ensemble du territoire, ce qui n’était pas le cas il y a 15 ans.

Compte tenu des prix du foncier en ville, à quelles conditions l’agriculture urbaine peut-elle être rentable ?

La rentabilité des exploitations agricoles urbaines est soumise à au moins trois conditions. Elle doit d’abord bénéficier d’aides pour l’accès au foncier, celles-ci pouvant venir d’associations de citoyens, comme Terre de liens, ou de baux environnementaux passés par les communes avec les agriculteurs à certaines conditions, (par exemple  le fait de produire des produits bios dans des circuits de type AMAP). Ensuite, les projets d’agriculture urbaine ont intérêt à produire des denrées à forte valeur ajoutée. Elles vont plus facilement valoriser de la production maraîchère ou laitière. Enfin, le choix des circuits de commercialisation est très important. Les exploitations urbaines privilégient souvent la vente directe…

L’agriculture urbaine est-elle forcément hors-sol et High-tech ?

En France, l’agriculture urbaine se développe dans de nombreuses directions. On voit notamment émerger des formes d’agriculture hors-sol ultra productives. Certains projets sont en train d’aboutir, dont celui d’une tour maraîchère de 3 ou 4 étages à Romainville. Il s’agit d’un projet porté par la mairie, et qui va s’installer dans un quartier en pleine rénovation urbaine. L’objectif est de produire des légumes locaux, peut-être des poissons grâce à l’aquaponie, et à des prix défiant toute concurrence. L’enjeu est de mettre en œuvre un système très productif. D’autres systèmes high tech existent ou sont en projet, et en même temps, les citadins sont réticents vis-à-vis de l’hydroponie, alors que c’est un modèle peu gourmand en eau, en terre et en produits phytosanitaires. L’image qu’on se fait de l’agriculture en France semble peu compatible avec ce type de systèmes. Par exemple, aujourd’hui il y a incompatibilité entre le hors-sol et l’agriculture biologique, et il n’existe pas de certification possible dès lors qu’il n’y a pas de lien au sol. Par ailleurs, des systèmes moins « high tech » mais plus fondés sur des interactions agro-écologiques se développent actuellement en intra-urbain, par exemple des toits productifs en plein air où l’on fait du maraîchage dans des bacs sur des composts locaux, somme nous l’expérimentons actuellement sur le toit d’AgroParisTech…

"Faire de « l’écologie d’échelle » est possible si l’on mutualise l’offre des producteurs, contrairement à ce qui se fait aujourd’hui. De la même manière, il faudrait optimiser les déplacements des consommateurs pour limiter les coûts." Christine Aubry

La pollution des sols est-elle un frein au développement de l’agriculture urbaine ? Comment y remédier ?

La question a émergé notamment suite aux épandages de boues urbaines sur les terres agricoles périurbaines. Aucune réglementation n’encadrait ces pratiques au début du 20ème siècle et jusque fort tard, d’où de fortes pollutions en métaux lourds. En zone intra-urbaine, les sols peuvent être pollués par des activités antérieures, notamment liées à l’industrie chimique ou métallurgique. A Lille par exemple, les sols libérés par la désindustrialisation sont, le plus souvent, suffisamment pollués pour que se pose la question de leur dangerosité. Face à cela, trois types de solutions : d’abord, la plupart des collectivités territoriales interdisent dans ces cas l’implantation de jardins associatifs sur place. Lorsque les gens insistent, on excave le sol et on remplace la terre, ce qui pose la question de la traçabilité des terres. Parallèlement, les chercheurs développent aussi des recherches pour qualifier ces pollutions des sols et leur dangerosité en fonction du type de végétaux. Par exemple, on peut parfaitement cultiver du maïs sur des terres polluées car il absorbe très peu les métaux lourds. Troisième solution pour pallier la pollution des sols : la mise en œuvre de dispositifs hors-sol, des bacs par exemple, y compris pour les formes commerciales.

Vous dites que les circuits courts ne sont pas forcément moins consommateurs d’énergie fossile que les circuits longs ayant optimisé leur logistique. Pourquoi ?

Une étude d’un collègue allemand a comparé les consommations d’énergie fossile entre les filières courtes et longues. Il a analysé 4 ou 5 produits, dont l’agneau et le jus de pomme. L’étude montre que les filières longues organisées depuis longtemps ont optimisé leur logistique. C’est le cas de l’agneau de Nouvelle Zélande acheminé en container par bateau, alors qu’un éleveur ovin local multipliera les déplacements pour conduire les bêtes à l’abattoir, puis les acheminer en petite quantité jusqu’aux consommateurs. Ce que ce chercheur a voulu mettre en évidence, c’est la nécessité d’organiser les filières courtes sur le plan logistique. Faire venir cinquante voitures pour chercher un petit panier bio n’est pas forcément très pertinent sur le plan énergétique, et il serait judicieux de s’inspirer des filières longues pour optimiser cela. Faire de « l’écologie d’échelle » (« scale ecology » selon l’expression de ce collègue, Elmar Schlich) est possible si l’on mutualise l’offre des producteurs, contrairement à ce qui se fait aujourd’hui. De la même manière, il faudrait optimiser les déplacements des consommateurs pour limiter les coûts.

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matali crasset : “Je ne cherche pas à donner des formes, mais à proposer des potentiels et des scénarios de vie”

Designeuse industrielle de formation reconnue au niveau international, matali crasset travaille aux côtés de Philippe Starck avant de créer sa propre structure. La prolifique designer qui a réalisé plus d’une centaine d’objets en design, architecture, art et scénographie, vient de publier une monographie intitulée “autrement” (Editions La Martinière, 2025). Envisagé sous l’angle du design comme une pratique sociale, écologique et anthropologique, son ”livre-manifeste” affirme la singularité de la créatrice : une volonté forte de s’ancrer dans les territoires et de créer du commun. A rebours d’une approche de l'esthétique dite française, elle s’inscrit davantage dans la “pensée française” et propose des espaces et dispositifs ouverts, modulables et flexibles, en réponse à un monde en perpétuel changement et en proie à l'éco-anxiété. Entretien.

Quelle étape marque cette nouvelle publication, treize ans après votre première monographie en 2012 ? Quelle page tourne-t-elle et ouvre-t-elle ?

Cette publication a été difficile pour moi car je n’avais pas regardé ce que j'avais pu faire jusqu'alors. J’étais toujours tournée vers l’avant et vers de nouveaux projets. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts, puis j’y ai progressivement pris goût. L’idée était davantage de révéler la singularité des projets, en mettant en avant le travail sur les espaces et les scénarios de vie, plutôt que sur les objets. J’ai donc décidé de montrer principalement des espaces, organisés par thématiques, afin de proposer une nouvelle manière d’appréhender mon travail. Quelques objets apparaissent néanmoins dans un cabinet de curiosités en fin d’ouvrage.

Comment définissez-vous le style matali crasset ?

Je dirais que je n’ai pas de style. Je ne cherche pas à donner des formes, mais à proposer des potentiels et des scénarios de vie. La forme ou l’espace viennent ensuite. Je ne suis pas dans une continuité esthétique ni dans une recherche de sophistication formelle, que l’on pourrait appeler française, mais dans l’intention première de ce que l’espace ou l’objet peut permettre.

Extension imaginée comme une grange en bois, et création de cabanes pour l’aménagement intérieur. Bois issu de la filière tarnaise et panneaux photovoltaïques privilégiés. Atelier Missègle, Burlats, 2023. Crédit photographique : Philippe Piron

Y a-t-il un projet “signature” qui incarne votre approche ?

J’ai du mal à répondre à cette question, car je n’ai pas de projet préféré. Chaque projet est porté par des personnes et des relations sur le long terme. Choisir un projet reviendrait à en privilégier un par rapport à un autre. Certains travaux, notamment autour de l’hospitalité, menés avec des collaborateurs avec lesquels j’ai partagé des parcours durables, illustrent cependant cette démarche d’expérimentation et de singularité.

Comment avez-vous choisi les 80 projets sélectionnés pour composer cette monographie ?  

J’ai souhaité révélé la diversité des projets, tout en laissant au lecteur le soin d’en faire la synthèse. Chaque contexte et chaque commanditaire étant distincts, je ne voulais pas imposer une lecture unique. Je pense néanmoins qu’un état d’esprit et une approche se dégagent. Ce que je voulais montrer, ce sont des prises de position affirmées et la possibilité de faire fonctionner ensemble le social et l’artistique.

La notion d’« habiter le monde » structure l’ouvrage : habiter un espace, un territoire, un collectif, un écosystème, dans une approche réflexive et prospective. Dans quelle mesure le design peut-il réellement impacter et transformer le monde, et qu’est-ce qui lui échappe ?

Il y a beaucoup de choses qui lui échappent, et tant mieux, parce que le design n'est pas là pour réglementer mais au contraire, pour libérer les choses. Je considère le design comme une pratique agile, capable de s’adapter aux enjeux sociaux et écologiques. Le livre est aussi une manière de préparer une autre façon de voir les choses, en se concentrant sur la création de conditions favorables pour être ensemble, faire communauté et s’engager collectivement.

Je considère le design comme une pratique agile, capable de s’adapter aux enjeux sociaux et écologiques.
Au cœur de la Meuse, en Lorraine, réalisation de quatre maisons sylvestres pour Le Vent des Forêts. Le Nichoir, Vent des Forêts, Meuse, 2012. Crédit photographique : Camille Gresset

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans la conception d’espaces collectifs ?

Je crois que l’on est plus fort ensemble et que l’on s’enrichit collectivement. Dans un contexte d’éco-anxiété, être ensemble permet de se rassurer et de croire à la possibilité de changer les choses. Je travaille sur des scénarios ouverts, des systèmes et des plateformes évolutives qui permettent l’émergence de possibles, y compris imprévus.

Comment vous assurez-vous qu’un projet est “réussi” ? Par exemple, qu'observez-vous chez les usagers qui vous confirment qu’un lieu ou un dispositif fonctionne ?

Je ne travaille jamais seule. Les projets sont conçus avec les commanditaires, des personnes engagées qui habitent les lieux. Des projets expérimentaux qui ne sont pas portés par les usagers ne m’intéressent pas. Il s’agit d’observer ce qui existe déjà dans les relations et les usages, même de manière latente, et de le révéler par un espace, un outil ou un système.

La Maison design pour tous, un projet de maison innovante fabriquée hors site, en bois, accessible, créée pour le bailleur social Vilogia, Watterlos, 2019-2024. Crédit photographique : Maxime Dufour

Dans le champ de l’écologie, comment articulez-vous attention au vivant et aux écosystèmes et contraintes de production ou d’usage ? Pensez-vous que le design peut contribuer à changer nos comportements au quotidien ?

Pour moi, l’écologie n’est pas un dogme mais une prise de conscience. Le design peut aider à sensibiliser, mais surtout à agir. Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire comme avant, et les designers peuvent être une force pour orienter autrement les projets. Cette démarche s’inscrit dans une façon de travailler « autrement », que j’ai toujours adoptée, celle qui se rapproche d'un design frugal qui invite à être créatif et actif, loin des approches axées sur le confort. Depuis le départ, j'ai toujours regardé les situations avec un autre regard. Aujourd'hui, ce pas de côté me permet de proposer cet “autrement” et d'entrevoir une vie commune plus sereine.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire comme avant, et les designers peuvent être une force pour orienter autrement les projets.

Quelle place accordez-vous aux matériaux ?

La question des matériaux intervient plutôt à la fin. Le changement doit être d’abord philosophique et systémique. Ce n’est pas seulement en changeant les matériaux que l’on transforme les choses. Il s’agit de repenser des systèmes complets, et non d’apporter des réponses ponctuelles. Marc Augé dit que le design, c'est l'anthropologie appliquée, et je trouve que c'est très juste. Un anthropologue va trouver un terrain, s'ancrer dans un endroit, regarder comment cela fonctionne et puis trouver. On peut faire une espèce d'analogie avec le travail du designer en arrêtant de faire du design seul pour faire du design en rapport avec un contexte, en rapport avec quelque chose qui se joue et là on est beaucoup plus fort.

Vous envisagez le design comme un moyen de produire des alternatives réelles, sociales et prospectives, face au monde actuel. Vous déclarez dans l’entretien introductif: "Le véritable enjeu, c’est d‘aider à aimer à nouveau notre monde abîmé”. Comment réalisez-vous cette ambition ? En quoi vos projets sont-ils des utopies concrètes ?

Ils cherchent à redonner envie d’être actif, de faire communauté et de restaurer la confiance à des échelles où elle est possible. Les utopies et écotopies nourrissent ma réflexion. L’écriture et les récits me permettent aussi de retrouver une direction et de continuer à avancer dans des périodes de doute. A un moment donné, j'ai même posé le crayon, je me suis dit “je ne dessine plus ni l'objet ni l'espace”. Et là j'ai commencé à écrire et cela m'a réparée. Quand le réel est vraiment difficile à appréhender, l'imaginaire peut nous éclairer et nous redonner l’optimisme dont on a besoin pour avancer et pour continuer à faire des projets.

Dans le cadre de la 13ème Biennale Internationale de Design de Saint-Etienne, “Ressource(s) - Présager demain”, exposition “Nos pieds d'argile, à la recherche d'une habitabilité pragmatique”. La Maison de la restitution, site Le Corbusier, église Saint-Pierre, Firminy, 2025

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous met “en mouvement” dans votre pratique ?

C’est la conviction que nous avons encore une capacité de penser et de nous reconfigurer collectivement. Face aux déséquilibres liés aux outils, notamment l’IA, il s’agit de prendre conscience, de protéger et de réfléchir en profondeur plutôt que de chercher à tout arrêter.

Je privilégie les petites échelles, car ce sont celles où l’on comprend ce qui se joue. Il ne s’agit pas nécessairement de produire de nouveaux objets, mais de questionner leur légitimité. Le design est aujourd’hui à réinventer, tant dans ses pratiques que dans ses terrains d’intervention.

Quels sont les défis pour les designers au regard des enjeux sociaux et environnementaux actuels ?

Je ne crois pas à un modèle unique. La richesse du design réside dans la diversité des sensibilités et des approches. Chaque designer doit approfondir sa propre démarche afin de proposer des réponses adaptées et respectueuses du monde et de ses habitants.

Quels sont vos projets à venir ? Auriez-vous envie d’explorer de nouveaux domaines ou de nouvelles échelles de projets ?

Je privilégie les petites échelles, car ce sont celles où l’on comprend ce qui se joue. Il ne s’agit pas nécessairement de produire de nouveaux objets, mais de questionner leur légitimité. Le design est aujourd’hui à réinventer, tant dans ses pratiques que dans ses terrains d’intervention.

Couverture de autrement, ouvrage publié en novembre 2025 aux éditions La Martinière

Pour aller plus loin

matali crasset, autrement, textes de Geneviève Gallot, Paris, éditions La Martinière, nov. 2025, 112 pages, 32,50 €

Présentation de l'ouvrage sur le site de la maison d'édition ICI

La neuroarchitecture : intégrer les neurosciences pour des lieux plus inclusifs

La neuroarchitecture est une discipline encore peu connue en France. A l'interstice entre les neurosciences et l’architecture, elle propose d’intégrer les connaissances du fonctionnement des émotions et des comportements dans la conception des espaces pour accroître le bien-être des occupants. 

“Complètement par hasard”. Quand Hajet Atti, architecte et doctorante à l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod (ISC-MJ) découvre le terme de neuroarchitecture en 2011, c’est de manière fortuite alors qu’elle est en pleine recherche de son sujet de fin d’études pour le diplôme d'architecte. “Je me suis intéressée à l'autisme et les différentes approches architecturales qui s'y appliquent, explique-t-elle. Il y avait beaucoup de contradictions et je ne trouvais pas la bonne approche à adopter, le bon cadre de réflexion pour répondre aux problématiques soulevées par la notion de spectre autistique. En creusant un peu plus, je suis tombée sur un nouveau courant, la neuroarchitecture qui m’a passionnée car il s’agit d’intégrer les connaissances en neurosciences dans la conception de bâtiments pour rendre les espaces plus inclusifs.” 

Après quelques années à exercer en tant qu’architecte, Hajer Atti reprend la recherche et se lance dans une thèse. Objectif : comprendre comment la neuroarchitecture peut proposer des solutions adaptées aux personnes atteintes de trouble autistique.“L'architecture impacte le quotidien des personnes autistes à 90% voire 95% en termes de mal-être”, précise l’architecte. Les recherches dans cette discipline adoptent une méthodologie qui prend en référence des personnes dites neurotypiques pour démontrer les impacts du bâti sur les émotions et les comportements. Les résultats de ses recherches viennent confirmer des études sur l’importance de la lumière naturelle et de la nature.“La hauteur sous-plafond, l’acoustique et l’éclairage naturel, direct ou indirect déjà très étudié en neurosciences sont à prendre en compte ou encore la présence de la nature qui a fait ses preuves et dont les études révèlent qu’elle peut réduire le temps de convalescence dans les hôpitaux et les cliniques, et améliorer l'état de santé de personnes bipolaires par exemple.” 

“La hauteur sous-plafond, l’acoustique et l’éclairage naturel, direct ou indirect déjà très étudié en neurosciences sont à prendre en compte ou encore la présence de la nature qui a fait ses preuves et dont les études révèlent qu’elle peut réduire le temps de convalescence dans les hôpitaux et les cliniques, et améliorer l'état de santé de personnes bipolaires par exemple.” Hajer Atti

Un courant architectural récent pour démontrer l’impact de l'architecture sur notre cerveau

La discipline voit officiellement le jour au début du XXIe siècle. En juin 2003, une conférence inaugurale sur l’architecture et les neurosciences a acté la reconnaissance officielle de l’Académie de Neurosciences pour l’Architecture (ANFA). Créée pour explorer les relations entre la recherche en neuroscience et la pratique architecturale, elle regroupe aujourd'hui près de 400 membres venus de différents pays dans le monde. L’architecte américain John P. Eberhard, président-fondateur de l’ANFA, soulignait dans un article datant de 2009* que “nous passons plus de 90 % de notre temps dans des édifices. Il serait donc judicieux de faire un effort particulier pour inciter doctorants et post-doctorants en neuroscience à entreprendre des recherches en lien avec les hypothèses dégagées par les études que l’ANFA a menées sur les expériences architecturales.” A l’origine de ce mouvement, le médecin Jonas Salk. Dans les années 1950, il travaille à mettre au point un vaccin contre la poliomyélite mais ses recherches n’avancent pas. Il décide alors de partir en voyage en Italie. Selon lui, c’est la visite du monastère d’Assise qui lui aurait permis de trouver la solution. Convaincu dès lors de l’impact de l'architecture sur notre cerveau, le médecin, avec l’architecte Louis Kahn, ambitionne de reproduire à grande échelle l’expérience avec la construction d’un bâtiment à San Diego, en Californie. Il fonde l'Institut Salk pour les études biologiques à l’architecture brutaliste. 

La modularité dans les espaces 

Prendre en compte la variabilité du spectre autistique nécessite de privilégier des espaces modulables qui peuvent s'adapter à des émotions très différentes, voire opposées. “La solution architecturale pour les personnes hypersensibles, dérangées par le bruit et la lumière sera de réduire au maximum les nuisances sonores ou lumineuses”, explique Hajer Atti. “Toutefois, si on enlève ces éléments pour les personnes hyposensibles qui ont besoin de stimulations, les études montrent que les conséquences et les réactions sont les mêmes, c'est-à-dire des crises, de l'automutilation, des cris, etc.”

“La solution architecturale pour les personnes hypersensibles, dérangées par le bruit et la lumière sera de réduire au maximum les nuisances sonores ou lumineuses”, explique Hajer Atti. “Toutefois, si on enlève ces éléments pour les personnes hyposensibles qui ont besoin de stimulations, les études montrent que les conséquences et les réactions sont les mêmes, c'est-à-dire des crises, de l'automutilation, des cris, etc.” Hajer Atti

Cette approche entre en résonance avec le projet réalisé au sein de l'hôpital du Vinatier à Lyon. La question d' adaptabilité du bâti y a été intégrée de façon à répondre aux forts contrastes entre les besoins des résidents. Inaugurée en novembre 2024, cette unité dédiée à des patients souffrant de troubles cognitifs se veut expérimentale. Elle a été pensée par l’architecte Lionel Thabaret dont l’agence est spécialisée dans des projets dans le domaine de la santé, le médico-social, la détente et le bien-être, pour éviter de stimuler les sens de patients atteints de troubles autistiques sévères. “ Nous avions carte blanche pour ce projet. Nous sommes partis du postulat que nous n’avons aucune connaissance de la perception de la troisième dimension des personnes ayant des troubles cognitifs, énonce l’architecte à la tête de l’agence Cent 7.  On s’est inspiré de nos réalisations dans le domaine du bien-être pour proposer une architecture dont l’ambition est d’apaiser et de s’adapter. Notre réponse a constitué en un bâtiment composé d’espaces de vie avec des alcôves variées, conçues pour proposer des lieux d’isolement tout en permettant de rester connecté aux autres. Certaines alcôves intègrent des jeux de lumière personnalisables, un ciel étoilé, ou des dispositifs inspirés des besoins sensoriels des personnes autistes. Les chambres proposent de grandes fenêtres basses adaptées aux personnes vivant souvent près du sol et ouvertes sur l'extérieur et le jardin privatif pour rester connecté à la nature ”. 

L'hôpital du Vinatier à Lyon, une architecture "sensorielle" conçue par Lionel Thabaret (Agence Cent 7). Crédit photo : Agence Cent 7

Une solution pertinente pour des espaces plus inclusifs

Le site étant très végétalisé, l’équipe a choisi de préserver les arbres existants pour maintenir la continuité paysagère et renforcer le lien entre les résidents et le parc public. “Pour fluidifier le lien avec l’extérieur et éviter les ruptures visuelles, nous avons opté pour une façade d’entrée vitrée et une clôture transparente, indique Lionel Thabaret. Pour accueillir les familles des résidents dans les meilleures conditions, un auvent monumental à l’entrée fait figure de refuge convivial. Sans se revendiquer de la neuroarchitecture, Lionel Thabaret parle davantage “d'une architecture sensorielle”. Pour réaliser ce projet, il a travaillé conjointement avec les équipes soignantes qui ont pu apporter leurs connaissances. Il a aussi recueilli l’avis de personnes autistes. 

Mouvement architectural peu connu, la neuroarchitecture pourrait apporter des solutions pertinentes pour offrir des espaces de vie plus inclusifs pour d’autres typologies de publics. Pour la chercheuse Hajer Atti, les perspectives de cette discipline sont très prometteuses : “ De nombreuses études en neurosciences ont montré les effets du bâti sur différentes populations comme les personnes âgées ou ayant des problèmes de santé ; toutefois c’est une discipline qui n’est pas apprise en écoles d’architecture, dotée d’un langage peu accessible, mais dont les impacts me paraissent considérables”. Quant à l’agence Cent 7, à laquelle le projet du Vinatier a apporté une forte visibilité et attiré des visiteurs du monde entier, elle se penche actuellement sur une unité fermée dans un Ehpad pour des personnes atteintes de troubles cognitifs. Son ambition : proposer un habitat où l’on se sent chez soi, sans soin médicalisé mais qui répond aux besoins de personnes désorientées. Et Lionel Thabaret de confirmer : “Les défis sont énormes ! La prochaine étape serait de créer des espaces pour permettre à des personnes ayant des troubles cognitifs d’assister à un match sportif ou à un concert”. 

Crédit photo : Agence Cent 7

En savoir plus 

« Applying Neuroscience to Architecture » (Juin 2009), un article (en anglais) de John P. Eberhard, président-fondateur.

"Comment soulager les personnes touchées par l'autisme grâce à la neuro-architecture" (mai 2025), un article d’Hajer Atti.

Avec "Parties communes" le Pavillon de l'Arsenal scrute la part collective de l'habitat

À l’hôpital La Rochefoucauld dans le 14e arrondissement de Paris, le Pavillon de l’Arsenal consacre une exposition hors les murs à un sujet chargé d’affects mais peu étudié ni documenté jusqu’alors : les parties communes dans l’habitat collectif. 

Qui dit habitat collectif dit nécessairement parties communes : sans halls d’entrée, escaliers, paliers, coursives ou ascenseurs, il serait impossible d’accéder à son logement. Comme le rappelle Patrick Bloche, premier adjoint à la maire de Paris, dans l’avant-propos du catalogue de “Parties communes”, c’est au départ “un objet produit uniquement par des contraintes, et non le fruit d’un idéal”. Dès le cartel d’introduction de l’exposition, la formule d’un promoteur anonyme résume en d’autres termes ce qui en fait la particularité : “C’est tout ce que l’on ne vend pas”. À ce titre, les parties communes ne sont pas nécessairement des espaces où se fabrique du commun : elles sont avant tout dévolues à la circulation, à la desserte ou au stockage dans le cas des locaux poubelles et autres garages à vélos. De là à vouloir les réduire à la portion congrue, il n’y a qu’un pas…

Une promesse de “vivre-ensemble”

Comme le souligne le sous-titre de l’exposition, elles sont pourtant une “aventure collective” et recèlent bien des promesses de sociabilité et de partage. “Les parties communes des immeubles d’habitation constituent l’un des réseaux sociaux les plus incontournables de nos vies, notent dans l’introduction du catalogue les commissaires de l’exposition, l’architecte Aldric Beckmann et le journaliste et critique d’architecture Jean-Philippe Hugron. Elles incarnent même ce que d’aucuns désignent comme le “vivre-ensemble”.    

Englobées dans une sociologie de l’habitat qui ne les repère pas en tant que telles, elles ont rarement fait l’objet de recherches en soi. D’où l’intérêt du travail mené par Aldric Beckmann et Jean-Philippe Hugron. Dans Parties communes, ils  approchent leur sujet en trois volets diffractés dans l’espace d’exposition grâce à une scénographie ouverte, qui déborde jusque dans les jardins de l’ancien hôpital. 

Le catalogue de l'exposition Parties communes. Crédit : Midionze.com

De l’inventaire aux usages

Les deux commissaires font d’abord l’inventaire d’une typologie spatiale qui va du hall au toit terrasse. Ils procèdent aussi l’étude de cas de vingt immeubles à Paris et sa proche banlieue, du XIXe siècle à nos jours. Axonométries et diagrammes viennent alors souligner la part plus ou moins généreuse qu’occupent les parties communes dans l’espace bâti. 

Enfin, un travail d’enquête auprès des usagers, mais aussi des acteurs de l’immobilier et de l’architecture leur permet d’approcher les usages de ces espaces, et d’en cerner les enjeux réglementaires et économiques. Une documentation, sous forme de photographies, de films, de livres, mais aussi d’une collecte de petits mots laissés à l’attention dans les halls d’immeubles pour annoncer une fête ou un anniversaire, suggèrent que les parties communes sont aussi un fait social : lieu d’apparat où s’exprime le statut social des habitants, mais aussi espace de rencontre, dialogue et de négociation. 

Infos pratiques

L’expo

Parties communes, une aventure collective

Hôpital La Rochefoucauld

15 avenue du général Leclerc

75014 Paris 14, France

Mercredi-Vendredi: 12h-17h

Samedi-Dimanche: 12h-19h

Le catalogue 

Parties communes, une aventure collective, éditions Pavillon de l’Arsenal, 2025, 296 pages, 35 €