Gratte-ciel : toujours plus haut, toujours plus vert ?

Écrit par
Nicolas Buchoud
2011-06-16

Si la crise immobilière mondiale a ralenti de nombreux projets de construction de gratte-ciel, le vent semble de nouveau tourner dans le sens des cabinets d’architectes depuis quelques mois. Mais si ces derniers intègrent aujourd’hui la problématique environnementale dans la construction de leur tour, il est encore difficile de distinguer les projets faussement écolos des véritables buildings verts.
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"Ils sont absurdes par ce qu’ils cherchent, ils sont grands par ce qu’ils trouvent" disait Paul Valéry. Aujourd’hui, les cabinets d’architectes mettent en œuvre les idées "absurdes" qu’ils trouvaient il y a quelques années. Ces projets présentés au début des années 2000 alors que l’écologie devenait progressivement une préoccupation internationale sont aujourd’hui passés de l’écran d’ordinateur au chantier de construction. Et chacun intègre désormais une dimension écologique de plus ou moins grande valeur. Peut-on pour autant parler d’architecture durable pour ces tours de plusieurs centaines de mètres de haut ? Difficile de donner une réponse définitive tant le concept même d’architecture durable est compliqué à définir.

Pas d’éco-building sans éoliennes sur le toit

"L’architecture durable, c’est avant tout une qualité d’usage. Il faut respecter le site dans lequel s’inscrit le projet et choisir des matériaux durables" nous expliquait récemment l’architecte Edouard François. Si ces principes peuvent aisément s’appliquer à des structures de taille standard, ils sont plus difficiles à respecter quand l’équilibre visuel d’une ville est cassé par l’apparition d’une tour surdimensionnée. Dans une mégalopole comme New York, de nombreux buildings sont en passe d’être centenaires. Ces superstructures énergétivores sont un fardeau quand il s’agit de les mettre aux normes environnementales actuelles. Le demi-milliard de dollars investi dans l’Empire State Building pour en faire un gratte-ciel un peu plus vert en est la preuve évidente. Dès lors, il faut compter sur les tours actuellement en construction pour éviter de faire de ces buildings de simples phallus se dressant dans le ciel.

En la matière, les projets ne manquent pas et l’actualité architecturale est plutôt chargée ces derniers mois. Hier, l'Etablissement public d'aménagement de la Défense Seine-Arche (Epadesa) a annoncé qu'il approuvait la promesse de vente pour la construction de la tour Phare (300 m, 69 niveaux de bureaux) qui deviendra en 2016 la plus haute de France. Imaginée par l'architecte américain Thom Mayne, celle-ci comportera des éoliennes à son sommet, qui participeront à la fourniture en électricité des bureaux. La façade de la tour sera conçue de manière à assurer une ventilation naturelle, avec à la clé d'importantes économies d'énergie. Problème, aucun chiffre n’est avancé pour le moment quant à l’économie réalisée. La production d’électricité générée par les éoliennes reste également un mystère. La présentation officielle du projet se contente d’évoquer "un jardin métaphorique dans le ciel"…

Les projets les plus aboutis à Dubaï et… en Chine

De nombreux architectes choisissent aujourd’hui de placer des éoliennes sur les tours pour présenter ensuite le projet comme écologiquement responsable. C’est notamment le cas du cabinet JDS Architects, qui a imaginé une tour de 1111 mètres de haut pour la ville chinoise de Shenzhen. Des éoliennes (leur nombre n’est pas précisé) et un système de récupération de l’eau de pluie (idée développée à son paroxysme par des étudiants polonais ici) devant suffire à rendre la structure autonome sur le plan énergétique. Difficile à croire si l’on compare ce projet à la tour Strata à Londres. Là aussi, les architectes ont placé des éoliennes au sommet du bâtiment haut de 148 mètres. Résultat ? Les trois turbines de cinq pâles chacune produisent environ 50 MWh par an. Soit une production qui fournit 8 % seulement de l’énergie consommée par la tour. L’autonomie énergétique est donc loin d’être assurée.

Pourtant, certains gratte-ciel en cours de construction ou déjà érigés méritent amplement le label d’éco-building. Il en existe actuellement une dizaine dans le monde. C’est le cas d’une tour à Dubaï imaginée par l’architecte italien David Fischer et dont nous vous parlions l’année dernière. Contrairement aux projets évoqués précédemment, celle-ci intègre des turbines éoliennes en fibre de carbone dans sa structure. Elles sont en effet installées horizontalement entre les étages et suffisent à produire toute l’énergie dont la tour a besoin. Toujours à Dubaï, La Burj al-Taqa (Tour de l'Énergie) profite d’un nouveau vitrage (60% de chaleur en moins absorbée par le bâtiment), d’ouvertures latérales sur la façade pour une meilleure circulation de l’air et de 15 000 m2 de panneaux solaires disposés sur le toit pour assurer sa production énergétique. La Burj al-Taqa n’aura pas besoin de se raccorder à un réseau électrique extérieur et l’excédent d’énergie produit sera même utilisé afin d'obtenir par électrolyse, de l’hydrogène de l’eau de mer. L’hydrogène, stocké pendant le jour, sera ensuite utilisé pour alimenter le circuit électrique aux heures de nuit.

Enfin en Chine, la Pearl River Tower dominera dès cette année la ville de Guangzhou (Chine). Imaginée par le cabinet d’architecture américain SOM (Skidmore, Owings & Merrill), cette tour haute de 310 mètres est équipée de turbines éoliennes disposées dans les renfoncements de sa structure. Sa façade aérodynamique est orientée en direction des vents dominants et a été conçue pour les accélérer de 50% afin d’améliorer le rendement des éoliennes. La façade du building est recouverte de panneaux photovoltaïques tandis qu’un système innovant de refroidissement assure l’aération et la ventilation des 71 étages de bureaux.  

Le bâtiment vert, pas si cher que ça…

Aujourd’hui, les gratte-ciel entièrement autonomes sur le plan énergétique sont rares mais un élan s’est crée ces dernières années. La plupart des cabinets d’architectes intègrent désormais cette problématique dans leur cahier des charges. Reste à convaincre les professionnels du secteur de la construction. Ces derniers surestiment souvent les coûts liés à la construction de bâtiments respectueux de l’environnement. Ainsi, selon une étude publiée par le Conseil Mondial des Entreprises pour le Développement Durable (WBCSD), les professionnels du bâtiment évaluent à 17 % les coûts supplémentaires d'un bâtiment vert par rapport à une construction classique, soit plus de trois fois le surcoût réel estimé par WBCSD à 5 %. Un travail sur les mentalités reste donc à effectuer pour que les projets rêvés d’éco-buildings deviennent réalité dans quelques années et confirment à nouveau la maxime de Paul Valéry.

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Pierre Mangematin et Aude Robert : « Nous voulons montrer que la mutualisation est possible à l'échelle de l'îlot. »

Dans une ville dense, transformer le bâti existant et l’adapter aux enjeux climatiques suppose de composer avec de nombreux acteurs publics et privés. Lauréats de FAIRE 2022, les auteurs de « La ville à plusieurs » ont exploré la mutualisation entre immeubles. Interview de Pierre Mangematin et Aude Robert, architectes et urbanistes au sein de l’agence Anyoji Beltrando, qui ont réalisé cette étude à paraître le 22 octobre avec Cheuvreux Notaires et l'ANGC pour le compte du Pavillon de l'Arsenal. 

Comment est née cette recherche et comment avez-vous choisi vos partenaires ?

Nous avons participé à la rédaction du plan local d’urbanisme bioclimatique de la Ville de Paris. Cette rédaction a soulevé de nombreuses questions, notamment celle de la limite de propriété, un sujet assez peu étudié à notre connaissance. L’appel à projets nous a permis d’aller plus loin : comment dépasser cette limite pour mutualiser services, besoins ou travaux à l’échelle de plusieurs parcelles, dans un contexte de prise de conscience lié aux crises successives ?

La Ville de Paris nous interrogeait sur la manière d’intervenir sur les parcelles privées, qui représentent une grande part de l’espace parisien : la collectivité peut encadrer, mais pas forcer. C’est un terrain où l’on peut explorer à la fois l’opérationnel et le droit. Nous nous sommes donc associés à l’étude notariale Cheuvreux et à l’association nationale des gestionnaires de copropriété. Notre métier d’urbanistes nous conduit à reconfigurer des sites et des quartiers, souvent dans des bâtiments existants où usages, locataires, propriétaires, volumes et limites sont déjà en place. C’est le défi de l’étude.

Cartographie de l'évolution du stationnement et des nouveaux usages de l'espace public à Paris, in La ville à plusieurs.

Quels étaient vos postulats de départ ?

Nous pensions la démarche juridiquement assez compliquée. En réalité, l’arsenal existe déjà : la loi de 1965, qui encadre la copropriété, et l'ordonnance de 2004 relative aux syndicats de copropriétaires prévoient des outils, mais ils ne sont pas connus et peu utilisés. Ils l’ont beaucoup été après-guerre et jusque dans les années 1980 (ASL, quartiers sur dalle, grands ensembles), toujours pensés lors de la conception des projets, rarement a posteriori. L’étude vise à montrer leur intérêt dans le cadre de projets de mutualisation (services, besoins ou travaux) afin d'apporter des gains financiers, calendaires, de confort et d'adaptation climatique. 

Cette méconnaissance tient en partie au cloisonnement des compétences entre syndic, notaire, architecte et organismes d’accompagnement. Les acteurs de l’immeuble collectif sont souvent dans une posture de réparation plutôt que de projet. Or l’existant occupe une place croissante : il faut aborder la mutualisation comme un projet d’amélioration.

Quels outils juridiques avez-vous testés ?

Trois outils existants, dont deux prévus par la loi de 1965 et l'ordonnance de 2004.

L’ASL (association syndicale libre) regroupe plusieurs copropriétés autour de biens communs, avec un cadre défini pour le commun. La constitution d'une ASL nécessite l'unanimité des copropriétaires : elle est bien utilisée pour les projets neufs, mais irréaliste a posteriori.

L’union syndicale, plus légère, peut associer plusieurs copropriétés, voire un bailleur social. Elle se crée plus facilement dans l’existant, pour des questions de majorité, et elle est flexible : on peut restreindre son objet et en sortir plus aisément. C’est un levier de réussite : des copropriétaires à qui l’on propose un engagement de longue durée n’iront pas ; un outil simple, que l’on peut tester et quitter, a plus de chances de les convaincre.

Ces deux outils servent la gestion et le partage (jardin, voiture, local vélo) dans le temps long. La convention ponctuelle, troisième outil, concerne les travaux : deux copropriétés s’associent pour la seule durée du chantier, sans régime ni cadre de gestion commun.

Comment avez-vous travaillé sur les cas d’étude ?

Nous avons mené six cas d’étude. Pour chacun, nous avons testé avec le notaire l’outil le plus adapté, la durée, les avantages, notamment financier, pour chaque copropriétaire et les frais éventuels.

La rénovation énergétique. À Paris, des immeubles mitoyens construits en même temps partagent les mêmes caractéristiques, comme les habitations à bon marché (HBM) en briques des années 1930 ou les immeubles de faubourg en pans de bois. L’évolution des obligations de performance énergétique rend les travaux nécessaires. Nous avons étudié deux immeubles de faubourg de 20 à 30 logements, relevant de deux copropriétés : trop petits pour intéresser les entreprises, ils peinent à lancer leurs travaux. Des entreprises connaissant bien le cadre parisien ont chiffré une rénovation par l’extérieur (menuiseries, isolation) réalisée par chaque immeuble seul, puis par les deux ensemble. La mutualisation attire davantage les entreprises, procure un gain financier de l’ordre de 15 à 20 % et réduit la durée de présence du chantier. Cette pratique existe déjà chez les bailleurs sociaux : des immeubles de faubourg voisins se regroupent parfois à trois pour les marchés de maîtrise d’œuvre et de travaux. L’outil serait la convention ponctuelle.

Le partage de cours. Beaucoup d’immeubles parisiens ont une petite cour de 15 à 30 m², peu végétalisée, avec un usage résiduel (vélos, poubelles...). Sur un cas haussmannien anonymisé, deux cours réunies font 90 m², de quoi accueillir un petit local vélo ; quatre font près de 200 m² (jardin, grand local vélo, espace commun, désimperméabilisation) ; toutes celles de l’îlot atteignent 400 m². L’investissement est faible, puisqu’il s’agit principalement d'abattre des murs et de réaliser des aménagements légers ; le plus complexe est la structure de gestion (charges, assurance, entretien). L’union syndicale convient, car son objet peut se limiter à la cour, sans les décisions communes permanentes d’une ASL.

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Le partage des cours entre différentes copropriétés, in La ville à plusieurs

Nous avons aussi cherché à articuler ce cas avec les aides existantes. L’Agence parisienne du climat gère par exemple pour la Ville la subvention Coaproasis, qui finance la végétalisation des cours. Aujourd’hui, mutualiser oblige à déposer deux dossiers, alors que le regroupement accélérerait l’adaptation du bâti pour un coût moindre. Nous en avons notamment discuté avec la Direction du Logement et de l’Habitat et l’Agence parisienne du climat. Environ 75 % du bâti parisien date d’avant 1935, et une grande partie présente ces petites cours.

Les locaux vélos. Dans le bâti ancien, les rez-de-chaussée sont  trop petits ou occupés par des logements. À l’inverse, les parkings des immeubles des années 1950 à 1980, notamment sociaux, sont la plupart du temps vides au tiers ou à moitié. Une réflexion à l’échelle du quartier s’impose. Côté juridique, un bailleur social ou une foncière privée louerait simplement des places à des locataires extérieurs : un contrat de location suffit, sans structure.

Le réseau de chaleur. Paris dispose d’un réseau de chaleur depuis le début du XXe siècle, qui chauffe notamment de nombreux hôpitaux parisiens et de nombreuses écoles. Il est classé : tout immeuble situé à moins de 60 mètres qui change de système énergétique doit s’y raccorder. Le principal obstacle réside dans les travaux de voirie. Avec la Compagnie parisienne de chauffage urbain, nous avons étudié deux immeubles appartenant à des bailleurs sociaux souhaitant se raccorder dans la même rue : en mutualisant leurs demandes, l’économie est considérable et la rue n’est bloquée qu’une fois. Ce cas concerne les immeubles à chauffage collectif, non ceux à chauffage individuel.

Extension du réseau de chaleur urbain à Paris, in La ville à plusieurs

Quels sont les objectifs de l’étude ?

Donner envie, montrer que la mutualisation est possible et en faire valoir les gains. L’ouvrage se veut un petit guide qui explique simplement l’intérêt de la démarche. Elle vaut pour Paris comme pour toute grande ville française, chacune avec ses spécificités.

Trouver des exemples existants, assez précis pour être chiffrés et reproductibles, a été difficile. Nous avons toutefois constaté des envies communes entre copropriétés voisines : se raccorder ensemble au réseau de chaleur, partager une toiture ou une cour. Dans les projets urbains de l’agence, nous sommes de plus en plus interrogés sur la façon de faire évoluer plus rapidement les copropriétés dans le tissu existant. Des projets récents, à Marseille ou à Saint-Ouen, intègrent spécifiquement ces questions de réhabilitation et de mutualisation, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. Avec le zéro artificialisation nette, l'enjeu d'agir sur l'existant est désormais plus affirmé.

Quels sont les principaux avantages de la mutualisation ?

Quatre volets : le financier, par les économies d’échelle ; le calendaire, par l'effet de volume qui permet de réaliser des projets qui n’auraient pas lieu autrement ; les services, avec de meilleurs services ou des services devenus impossibles seuls, comme le service d’un gardien; le confort et l’adaptation de l’habitat (locaux vélos, cours, jardins), au cœur de notre métier, surtout en milieu dense où les logements sont plus petits. Un gardien n'est pas envisageable sur le plan économique pour 30 logements, mais deux immeubles voisins peuvent le partager, comme le font déjà les bailleurs sociaux et certaines copropriétés. Habitants et collectivités y trouvent leur intérêt, car la mutualisation accélère l’adaptation.

étude des coûts et faisabilité pour la végétalisation d'une cour en coeur d'îlot, in La ville à plusieurs

Quels en sont les freins ?

La crainte de la complexité : nuisances, conflits de voisinage, création d’une structure de gestion, etc. Nous avons cherché à l’infirmer : c’est possible, assez simple, et les gains sont réels. Il faut aussi un acteur porteur et volontaire, à l’image du « leader énergétique » que les chercheurs identifient au sein des copropriétés. La puissance publique doit, de son côté, adapter et simplifier les outils et faire de la pédagogie. La Ville cherche à rafraîchir Paris, ce qui passe par la désimperméabilisation des espaces privés : 400 m² d’un seul tenant ont plus d’intérêt que 11 m² dispersés.

Y a-t-il un écart entre vos intuitions de départ et le travail de terrain ?

Nous partions d’intuitions sur les locaux vélos et les cours. Nous avons découvert d’autres opportunités, comme les réseaux de chaleur ou le service de gardiens, puis d’autres encore (réseaux de fraîcheur, solaire). Nous avions envisagé que l’espace public accueille des équipements de réseaux mutualisés, mais nous sommes restés sur du privé-privé. 

Quelle est la bonne échelle d’intervention, et quelle est votre cible ?

Par rapport à notre thématique, la bonne échelle d’intervention est l’îlot, voire plus fine : un quartier pour les vélos, deux ou trois immeubles proches pour d’autres cas. Tous les Parisiens sont concernés par au moins un cas : manque de local vélos, petite cour, rénovation énergétique, absence de gardien ou chaudière à changer. Les cours concernent surtout le bâti haussmannien et de faubourg ; la rénovation énergétique, les immeubles anciens et modernes ; les vélos, plutôt les immeubles anciens, les récents étant soumis à des obligations de locaux vélos. La cible est majoritairement les copropriétés privées, mais aussi les bailleurs sociaux, indispensables à certains cas comme les locaux vélos.

En savoir plus :

Le lien vers le projet, c'est ICI !

📆 Agenda 

Le Pavillon de l’Arsenal organise le jeudi 22 octobre une conférence pour la sortie des publications issues du programme de recherche FAIRE : “Points noirs. Anomalies récurrentes de propreté" (réédition) par Milena Charbit et 127af  et "La ville à plusieurs. Transformer les immeubles parisiens par la mutualisation" par Anyoji Beltrando Architectes Urbanistes, Cheuvreux Notaires et l’Association Notariale des Gestionnaires de Copropriété. 

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midi:onze lance son podcast pour explorer la ville à travers les cinq sens !

Le 30 juin, midi:onze lance la première saison du podcast “Villes sensibles”. Son ambition ? Explorer la part sensorielle, vivante et incarnée de l’espace urbain en l’approchant par les sens. La première saison, dédiée à l’ouïe, compte trois épisodes à découvrir sur toutes les plateformes. 

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Un nouveau format pour explorer les usages de la ville

Depuis sa création en 2009, midi:onze a toujours été attentif aux usages de la ville. Notre média en ligne est même né de la conviction que l’espace urbain n’est pas seulement fait de bâtiments, d’aménagements, d’infrastructures…, mais se tisse aussi d’une multitude de pratiques, de routines, de relations, et même d’émotions. C’est cette part sensible et vécue que nous scutons au quotidien grâce à une série d’enquêtes, de reportages, de visites ou de portraits d’acteurs de la fabrique urbaine. 

Pour la première fois depuis sa création, midi:onze se lance aussi dans l’aventure du podcast ! Sur une proposition de Déborah Antoinat, collaboratrice de longue date de notre média, “Villes sensibles” propose une approche originale et encore peu défrichée de l’espace urbain : par les cinq sens. En cinq saisons, nous y donnons la parole à des architectes, artistes, experts, acteurs de terrain ou encore habitants qui remodèlent la ville au gré d’une approche créative et incarnée.  

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Une première saison dédiée à l’ouïe ! 

En cohérence avec le médium choisi, la première saison de Villes sensibles portera sur l’ouïe ! Tous les quinze jours à partir du mardi 30 juin, vous y découvrirez en trois épisodes comment les approches contemporaines du son en ville, loin de se cantonner à la lutte contre la pollution sonore, peuvent transformer nos manières de nous déplacer, d’habiter et de mieux connaître les lieux qui nous entourent :

  • Dans le premier épisode, Michel Redolfi, compositeur et designer sonore, nous raconte comment il a créé un son “silencieux” pour véhicules électriques et des “sonals” pour guider les usagers du tramway à Besançon ou à Nice. 
  • Dans le 2e épisode, Gaëtan Gromer, compositeur, artiste sonore et réalisateur, et Michel Risse, multi-instrumentiste, électroacousticien, compositeur et directeur artistique de Décor sonore, nous décrivent les promenades sonores qu'ils créent pour faire découvrir les villes autrement. 
  • Dans le 3e et dernier épisode, Cécile Regnault, architecte et conceptrice sonore, revient sur la notion de paysage sonore théorisée dans les années 1070 par R. Murray Schafer et évoque l’apport dans l’architecture et l’aménagement paysager d’une approche globale et positive de l’acoustique.   

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Ce podcast vous intérresse ? Alors rendez-vous le mardi 30 juin sur toutes les plateformes d’écoute ! 

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Crédit photo : studio_ iris

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Fiona Meadows & Antonella Tufano : “ La cabane, c'est la question de l'abri, la première architecture”

Pour la 10e édition de Mini Maousse, concours de microarchitecture lancé en 2003, la Cité de l'architecture et du patrimoine invite étudiants, architectes et enfants à repenser le geste le plus fondamental qui soit : construire un abri. Autour de la cabane ーpremière architecture, objet psychanalytique, laboratoire du durable ー la commissaire Fiona Meadows, architecte, responsable de programme à la Cité de l'architecture et du patrimoine, et la commissaire associée Antonella Tufano, professeure de design, Paris 1 Panthéon Sorbonne ont imaginé une exposition mêlant projets étudiants, sélection de références contemporaines et dessins de l'artiste Roland Shön. Rencontre. 

Mini Maousse existe depuis 2003. Que représente cette dixième édition ? Qu'est-ce qui a changé depuis le début ?

Fiona Meadows (F.M.) : Mini Maousse met en regard depuis l'origine la petite architecture et une question de société. La première édition était à sujet libre et s'appelait "L’éloge du petit" et il y avait déjà des cabanes. Cette édition met à l’honneur ce thème fondamental en architecture car il pose la question de l'origine de l'abri.

Pourquoi avoir mis l'accent sur la cabane en particulier ?

F.M. : La cabane, c'est vraiment la question de l'abri, c'est la première architecture, c'est un thème très important pour un architecte.  Je voulais qu'il y ait un apport théorique, d'où l'association avec Antonella. 

Antonella Tufano (A.T.) : C'est un thème à la fois classique — l'origine de l'architecture — et très actuel. La cabane est un lieu symbolique : celui de l'intimité retrouvée, mais aussi de ce qu'on peut fabriquer soi-même, sans intermédiaire. Au fil du travail, on s'est rendu compte qu'elle est devenue un laboratoire pour les architectes et designers : expérimenter le durable, “l'écotecture”, l'alter-construction, les matériaux de récupération, les nouvelles technologies au service de l'écologie. La cabane, c'était parfait.

UMA Architects, Moss Hut, Grödinge, Suède, 2023

Vous mentionnez les nouvelles technologies. N'est-ce pas antinomique avec la démarche ?

A.T. : Il y a deux exemples dans la partie "expérimental" : la fabrication 3D avec des matériaux récupérés ou de la terre, qui conjugue technologie et matériaux naturels ; et l'usage des technologies pour réguler les conditions climatiques. La cabane est vraiment la photo instantanée de ce qui se fait aujourd'hui, du plus vernaculaire au plus technologique.

Vous avez demandé aux étudiants trois productions : un conte, un jeu et un projet de cabane. Pourquoi ce format à trois entrées ?

F.M. : Une cabane dans une cour d'école nécessite des outils pédagogiques. Le jeu et le conte étaient les plus simples et les plus directs. Et pour des étudiants en architecture, c’est assez déstabilisant d’écrire une narration pour des enfants, d’imaginer un jeu : ça leur demande de sortir de leur zone de confort. Le résultat est là, ils nous ont proposé des choses assez malignes.

A.T. : Les livrets permettaient de transmettre une conscience écologique que l'architecture seule ne raconte pas toujours. On a été surprises : dans tous les contes, sans que le mot soit prononcé, c'est la question de l'anthropocène qui ressort, les limites, les consommations, le monde dans lequel on habite. Ce sujet est très visible chez les jeunes.

Studio North, Birdhut, Windermere, Canada, 20217

Qu’ont en commun les quatre projets lauréats ?

F.M. : Les questions d'écologie, de matériaux recyclés, et un sens de la protection, pour soi, pour la planète, pour les autres. C'est lié au fil du “care”, du prendre soin qui était également demandé dans le cahier des charges. Pour vous les présenter brièvement : 

  • La Cabane aux saisons colorées est une une cabane construite avec des rubans qui suivent l'ombre d'un arbre selon les saisons. Très poétique.
  • Cratère est le coup de cœur du jury. Il s’agit d’une non-cabane :  ils ont creusé un trou dans la cour d'école pour découvrir le sol. L'idée ici, c'est d'enlever le bitume. 
  • Entre deux mondes est un tapis-marelle qui se plie comme un origami géant, dans lequel l'enfant peut se glisser. Un lieu de protection, pensé aussi pour les enfants hypersensibles.
  • L'Abrique, ce sont des briques en forme d'ailes que les enfants assemblent eux-mêmes, à l'échelle qu'ils veulent.

Revenir au geste de construire soi-même. Pourquoi est-ce essentiel ?

F.M. : A l'ère du numérique, les enfants passent beaucoup de temps devant leurs écrans, et on sait que c'est problématique pour le développement. Construire ensemble, ce sont des moments de partage essentiels. Et puis, on a tous rêvé de fabriquer une cabane, c'est une notion universelle. Tout être vivanta besoin de cette fabrique pour grandir.

A.T. : Il y a aussi le point de vue architectural. Construire des structures minimalistes qui respectent la nature, il n'y a rien de plus difficile. Cette petite échelle oblige à se poser des questions fondamentales. C'est difficile de se défaire de tout ce qu'on sait faire, des habitudes. C'est un vrai chantier pour les architectes : comment comprendre l'autre paradigme de la construction, celui qui va devenir obligatoire ? 

Paradigma Ariadné, Photomaton Pantheon, Vigantpetend, Hongrie, 2019

Ces projets ont-ils été concrètement testés dans des écoles ?

F.M. : On a demandé aux étudiants de tester leurs projets. Certains ont juste passé quelques heures dans une école, d'autres ont vraiment réalisé leur cabane sur place. Sur la trentaine de projets sélectionnés parmi les 150 reçus, ils ont tous expérimenté leur projet avec des enfants.

Pourquoi avoir choisi d’exposer des dessins de Roland Shön ?

F.M. : Roland Shön est un personnage incroyable : metteur en scène, psychiatre, dessinateur. Je lui ai commandé une série autour de la cabane. Ce sont des dessins magnifiques, mais pas des dessins de bonheur — ils montrent un peu la fin du monde.

A.T. : La cabane est une image archétypale en psychanalyse. D'où la présence de Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, présidente du jury, mais aussi de Claire Brunet, psychanalyste, qui est intervenue. Les dessins ont cette double nature : quelque chose de très révélateur par rapport à l'inconscient, et en même temps des formes très belles, très colorées, un peu oniriques. Ça colle très bien avec la duplicité de la cabane, à la fois très simple et très matérielle, et en même temps très complexe et psychanalytique. 

Le commissariat a été réalisé à trois. Comment ces trois regards se sont-ils articulés ? 

A.T. : Fiona, c'est Mini Maousse depuis 20 ans. Elle m'a associée pour le volet scientifique. Cynthia Fleury nous a validé le sujet, notamment pour aborder la notion du “care”. Elle a apporté la dimension psychanalytique de la cabane. Et Marielle Macé, historienne de la littérature et essayiste française, dont le texte est dans le catalogue, a ajouté une couche très politique : une interprétation de la cabane sur le vivant.

Arquimaña, Bordak, Au bord du Rio Agauntza, 2020

Infos pratiques 

Super Cabane ! Concours Mini Maousse #10

A la Cité de l'architecture et du patrimoine du 6 au 29 mai 2026

L'exposition s'accompagne d'un catalogue publié aux éditions Alternatives :

Collectif, sous la direction de Fiona Meadows et Antonella Tufano, Super cabane ! - Eloges d'une autre façon d'habiter, Paris : Alternatives, 2026, 256 pages, 25 €

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