
Voitures : peut-on s'en passer dans les zones rurales et périurbaines ? Dans les zones rurales et périurbaines, plus de huit déplacements sur dix se font encore en voiture, et près de sept Français sur dix s’en servent pour aller travailler. Faut-il y voir de la dépendance ? Les travaux de recherche mettent en cause l'aménagement du territoire, le manque d’infrastructures et l’absence de solutions alternatives. Le sociologue Yoann Demoli le rappelle dans une tribune publiée en septembre 2026 dans le Monde : « La voiture n’est pas une préférence, c’est une dépendance. » [...] Plus la voiture est utilisée, plus on développe ses infrastructures, plus on diversifie l’offre de véhicules et plus les services qui lui sont associés se renforcent. Les ménages, les entreprises et les collectivités organisent leurs choix de localisation en supposant que chacun dispose d’une voiture, tandis que les alternatives deviennent relativement moins efficaces.”
Comme le souligne la Fondation Jean Jaurès dans une publication sur la voiture et l’écologie : “ Sa décarbonation constitue un sujet politique brûlant, marqué par les attaques contre ce que les populistes et une partie de la droite appellent l’« écologie punitive ». Depuis la crise des “gilets jaunes”, le Rassemblement national flatte son électorat, qui vit majoritairement dans les territoires éloignés des métropoles, et se montre sensible à ce narratif. Les représentants de ce parti critiquent notamment les Zones à Faibles Émissions (ZFE), la transition vers les véhicules électriques, les limitations de vitesse, décrits comme liberticides et même anti-patriotiques, et affirment qu’une politique pro-bagnole thermique permettrait de résister au géant chinois.
Plus la voiture est utilisée, plus on développe ses infrastructures, plus on diversifie l’offre de véhicules et plus les services qui lui sont associés se renforcent. Les ménages, les entreprises et les collectivités organisent leurs choix de localisation en supposant que chacun dispose d’une voiture, tandis que les alternatives deviennent relativement moins efficaces.
Le journaliste Clément Guillou rappelle qu'avant d’être politique ou parlementaire, le soutien du RN au « peuple de la route », décrit par le politologue Jérôme Fourquet, est d’abord symbolique. Comme le Front national de Jean-Marie Le Pen exaltait le souvenir d’une France coloniale, industrielle et blanche, le RN de sa fille chérit la « France pavillonnaire » et ses deux voitures indispensables, nostalgie du dernier quart du XXe siècle, lorsque la France allait encore « bien » – l’industrie automobile étant, à l’époque, une source de fierté.”
L'enjeu est aussi social et environnemental. “Les dépenses moyennes associées à l’utilisation d’une voiture s’élèvent à 3380 euros par an, dont 1520 euros pour le carburant, un fardeau particulièrement lourd pour les ménages modestes. D’autant qu’il est souvent inévitable : près de la moitié (45%) des Français ne disposent en effet d’aucune alternative crédible à la voiture. La voiture thermique est également en grande partie responsable de la pollution de l’air, un problème de santé publique majeur, responsable de 30 000 à 40 000 décès prématurés chaque année ”, précise la Fondation Jean Jaurès qui propose des éléments argumentés pour contrer le discours du RN.

La question économique est aussi mise en avant pour justifier la création de nouveaux parkings. Sans places de stationnement, les consommateurs déserteraient les centres villes et les boutiques des commerçants. Le dogme du « no parking, no business » est pourtant contredit par plusieurs études. Le Cerema rappelle que les commerçants surestiment la part des clients venant en voiture, et sous-estiment ceux qui viennent à pied ou à vélo. L’enquête menée en 2024 à Rouen, Béziers, Vienne et Fronton montre que les commerçants concernés par des aménagements en faveur des modes actifs leur étaient plutôt favorables, d’autant qu’ils permettent des retombées économiques. C’est ce que rappelle dans un article de référence paru dans The Conversation en mai 2024, Mathieu Chassignet, ingénieur en mobilité durable, en évoquant de nombreuses études.
Il souligne que la clientèle des centres-villes vient surtout de la ville elle-même : “L’idée selon laquelle les clients se rendraient massivement en centre-ville pour y consommer, depuis la périphérie, est mise à mal par les études existantes : dans les grandes villes, 84 % des habitants de la ville-centre achètent majoritairement dans cette même ville-centre, alors que très peu de résidents de la périphérie viennent pour leurs emplettes.”
L'idée selon laquelle les clients se rendraient massivement en centre-ville pour y consommer, depuis la périphérie, est mise à mal par les études existantes : dans les grandes villes, 84 % des habitants de la ville-centre achètent majoritairement dans cette même ville-centre, alors que très peu de résidents de la périphérie viennent pour leurs emplettes.
Alors que la 4ème édition du Baromètre des Mobilités du Quotidien publiée par l'association Wimoov en septembre 2026 révèle que 17 millions de Français sont en situation de précarité de mobilité (soit le fait d'être contraint ou limité dans ses déplacements quotidiens pour accéder à l'emploi, à la formation, à la santé, à l'éducation ou aux services essentiels), quelles solutions existent ? Plusieurs expériences donnent des pistes prometteuses.
Dans la Drôme, l’association Dromolib créée en 2014, promeut l’écomobilité en territoire rural : marche, vélo, covoiturage, autopartage, autostop, transports en commun, télétravail. Parmi les solutions : Dromobus, un bus transformé en atelier de réparation et en école de vélo, parti du constat qu’un trajet sur deux fait 3 à 5 km ; Libelul, un programme d’autopartage mené depuis janvier 2023 avec trois projets pilotes en milieu rural ou encore un accompagnement de citoyens qui se regroupent pour de l'autopartage entre particuliers. Depuis 2024, dans la Drôme, plus de 70 véhicules partagés entre particuliers et 250 participants ont été comptabilisés. Dernier projet en date : une carte numérique lancée en septembre 2026 qui recense transports collectifs, véhicules partagés, services vélo et structures d’accompagnement. En Normandie, la commune nouvelle de Tinchebray-Bocage, 5 300 habitants, a elle aussi développé l’autopartage. Dans cette commune de l’Orne, reliée à la ville la plus proche par un seul bus par jour, un service de voitures électriques partagées existe depuis 2014 avec des usages variés : trajets professionnels, covoiturage ponctuel, personnes ayant renoncé à leur véhicule individuel.
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En Occitanie, le transport à la demande séduit les collectivités locales avec 65 communautés de communes ayant contractualisé le dispositif TAD avec la Région en 2024. Plus de 900 services circulent chaque semaine et desservent 2 075 communes, pour un potentiel de plus d’un million d’habitants. Le trajet est plafonné à 2€, voire moins selon les intercommunalités.
Enfin, dans le Tarn-et-Garonne, l’initiative d’autostop Rezo Pouce est née en octobre 2010, à l’initiative de huit collectivités du Tarn-et-Garonne et d’une de Haute-Garonne en partant d’un constat : 15 % des ménages ruraux n’ont pas de voiture et 50 % n’en ont qu’une, ce qui immobilise les autres membres du foyer. Le service est gratuit pour les usagers, et ce sont les collectivités qui paient un abonnement. Elles étaient plus de 2000 en 2019.
Le passage à l'électrique ne fera que donner un répit temporaire : des tensions existent déjà sur les terres rares et les matériaux critiques nécessaires à la construction automobile, une demande encore renforcée par l'essor de l'IA. Une voiture conçue comme un simple clone électrique du modèle thermique ne sera donc pas tenable. Il faudra aller vers plus d’intermodalité et de solutions de mobilité partagée.
Réanalyser la dépendance automobile en milieu périurbain et rural est l’ambition du projet de recherche pluridisciplinaire UpdatePerriurb lancé en décembre 2024, qui associe économistes du Cerema et de l’INRAE, spécialistes des politiques publiques et chercheurs en sciences humaines et sociales des universités de Clermont-Ferrand et d’Angers. Nathalie Ortar, directrice de recherche en anthropologie à l’ENTPE et coordinatrice du projet, travaille depuis longtemps sur la question de « qu'est-ce qu'habiter ? » mais aussi de l’énergie et la mobilité. Selon elle, si ces territoires ont longtemps été délaissés, c’est par « un très fort prisme sur l’urbain et l’idée reçue que rien ne serait possible en milieu rural. La question n’a réémergé que depuis 4 à 5 ans, avec un mouvement amorcé après les Gilets jaunes ». S’interroger sur comment dépasser la question de la dépendance automobile est désormais une nécessité : « On n’aura pas vraiment le choix, très honnêtement, c’est avant tout du pragmatisme. Le passage à l'électrique ne fera que donner un répit temporaire : des tensions existent déjà sur les terres rares et les matériaux critiques nécessaires à la construction automobile, une demande encore renforcée par l'essor de l'IA. Une voiture conçue comme un simple clone électrique du modèle thermique ne sera donc pas tenable. Il faudra aller vers plus d’intermodalité et de solutions de mobilité partagée. »
Les premiers résultats chiffrés, tirés des enquêtes ménages-déplacements et des recensements post-Covid, dessinent un état des lieux contrasté : « la mobilité évolue partout, sauf dans le périurbain lointain et le rural, même si les bourgs ruraux, eux, connaissent quelques changements. Le problème, selon elle, n’est pas l’absence d’initiatives : « Beaucoup de choses se passent en réalité, mais le problème est la mise en cohérence et le manque de retours d’expérience partagés. » Les moyens restent concentrés sur les métropoles et peu de territoires ruraux disposent de chargés de mission mobilité dédiés. Reste la question des ménages qui n’ont pas le choix. La suite de l’enquête va cibler à la fois ceux qui ont changé de pratiques volontairement et ceux qui sont très contraints, mais ces derniers sont les plus difficiles à atteindre.
Beaucoup de choses se passent en réalité, mais le problème est la mise en cohérence et le manque de retours d’expérience partagés.
Des entretiens seront alors menés en lien avec les centres sociaux pour estimer également la part des personnes qui renoncent à se déplacer mais aussi aux arrêts de bus ruraux, « où l’on rencontre surtout des personnes qui n’ont pas d’autre choix ». Les hypothèses de départ de ce projet se sont appuyées sur une longue expérience de terrain, qui permet de percevoir les tensions et contrastes entre régions et départements. C'est ce qui a motivé le choix de deux territoires très différents : “ Tout en étant des territoires ruraux, ils ont deux profils économiques différents. La région Clermontoise est plus contrastée et rencontre plus de difficultés qu'autour d'Angers. Au moment de formuler ces hypothèses, nous anticipions une hausse du prix de l'essence, mais sans imaginer que le sujet deviendrait autant d'actualité. Cette flambée a dépassé toutes les attentes, révélant à la fois des résistances au changement et, potentiellement, un effet de seuil qu'il reste à observer. D'où l'intérêt de comparer deux territoires aux dynamiques contrastées, avec des attentes différentes de la population et des élus.”
Pour limiter la dépendance de la voiture dans les espaces périurbains et ruraux, la solution viendra d’un ensemble d’outils à développer et structurer : autopartage, transport à la demande, autostop organisé, véhicules intermédiaires, aménagements pour les modes actifs. Le vrai défi, selon la chercheuse, est de rendre ces solutions visibles, accessibles et cohérentes, et d’en partager les retours d’expérience.

Le CEREMA a publié un compte-rendu sur les premiers résultats du projet de recherche Updateperriurb, qui a pour objectif de réanalyser la place de la voiture dans les mobilités des ménages en particulier dans les espaces périurbains et ruraux. A lire ICI !
Le forum Vies mobiles vient de publier un ouvrage dédié aux transitions mobilitaires : Déviation. Plus d’informations ICI !
Mais une fois acquis sa ferme et son (coûteux) matériel agricole, Marcin Jakubowski a vite déchanté : saigné à blanc par l’achat d’un tracteur, il a découvert non seulement l’endettement, mais la piètre qualité des machines vendues sur le marché à un public captif. Alors, quand son tracteur est tombé en panne pour la énième fois, plutôt que d’emprunter toujours plus et de grever davantage encore la rentabilité de son exploitation, cet Américain trentenaire a misé sur le système-D : il a construit en 6 jours, et pour un budget plus que raisonnable, son propre tracteur.
Et parce qu’il était fier d’avoir accompli une telle prouesse, il a souhaité la partager, et mis en ligne des tutoriaux permettant à tout un chacun de faire aussi bien que lui. Puis, il y a deux ans, Marcin Jakubowski a fondé Open Source ecology, réseau de fermiers, d’ingénieurs et de bricoleurs, plus une plateforme dédiée à la fabrication de machines agricoles low-cost et open source : le Global village construction set. Depuis, le réseau planche sur 40 prototypes (trayeuses, bulldozers, fours à pain…), et a déjà publié les schémas de fabrication et devis estimatifs de 8 d’entre eux. Selon les membres du collectif, construire une machine agricole open source est à peu près aussi simple que d’assembler des legos, et coûte 8 fois moins cher que du matériel classique...
Marcin Jakubowski illustre bien les perspectives ouvertes à la société par le DIY (do-it-yourself). De fait, il se pourrait qu’une révolution industrielle soit en cours. Conduite par une poignée de bidouilleurs, elle est née dans le sillage d’Internet et du numérique. Sous le nom un peu compliqué d’open source hardware), elle mise sur l’innovation, l’intelligence collective, la collaboration et la diffusion libre via le web de chaque avancée technique. Dans leurs hacklabs, ou même leurs garages, ses zélateurs fabriquent à moindre coût des objets d’une complexité croissante : imprimantes 3D, systèmes d’arrosage « intelligents », et même voitures et avions. Leur modus operandi (ouvert, collaboratif) pourrait bien changer notre relation aux technologies, mais aussi nos usages des objets qui nous environnent. Jusqu’à présent, la technologie dressait dans l’esprit du tout venant l’image d’une firme industrielle déclinant en série sur des chaînes de montage des objets bardés de brevets. L’open source hardware propose de faire voler en éclat cette image : contre la spécialisation et l’obsolescence programmée des artefacts industriels, il imagine des objets aux coûts de fabrication allégés, à la diffusion la plus large possible, et que chacun peut fabriquer soi-même.
Cette « révolution DIY » (Do-it-yourself), au fond, n’est que le dernier volet d’une vieille bataille : celle qui n’en finit pas de se jouer entre industriels et tenants du « libre ». Dans les années 1980 et 1990, la ligne de front se situait autour du software (ie : le programme informatique). Pour schématiser, on avait d’un côté Microsoft, de l’autre les partisans du logiciel libre et de Linux. Quand les premiers fondaient leur empire sur la propriété intellectuelle et le copyright, les seconds n’ont cessé de défendre les 4 libertés de l’utilisateur de programmes (1. la liberté d'exécuter le programme 2. la liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter 3. la liberté de redistribuer des copies du programme 4. la liberté d'améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté). On connaît l’issue de la bataille : Richard Stallman est peut-être le gourou des geeks, mais Bill Gates est milliardaire. Pour autant, dire que le logiciel propriétaire a gagné la guerre serait un peu simplificateur. La culture du libre a semé dans les esprits une graine qui n’en finit pas de germer : le développement des wikis et des Creative commons, le succès de Firefox, l’âpre bataille menée autour du téléchargement sont ses rejetons les plus fameux.Surtout, depuis une petite dizaine d’années, la ligne de front s’est déplacée du software vers le hardware – le matériel, l’objet technologique. L’enjeu est aussi simple que lourd de conséquences : il s’agit rien moins que de s’approprier les moyens de production. Encore faut-il que l’open source hardware déborde le cadre étroit des initiés. C’est tout l’enjeu de cette petite révolution...
Logements collectifs labellisés H&E en Bretagne, aménagement de quartiers durables à Casablanca au Maroc, l'atelier philippemadec a réalisé de nombreux chantiers et reçu de nombreuses récompenses (dont la mention du Grand prix de l'Environnement pour le Centre de Loisirs Rouget-de-Lisle en 2000 et une nomination au Mies van der Rohe Award, pour la Maison de l'Environnement du Parc en 2009.) En mars dernier, Philippe Madec donnait une conférence sur la ville durable au Pavillon de l'Arsenal. À la suite de cette rencontre, midi:onze a voulu en savoir plus sur son approche de la ville de demain. Au programme : éco-région, agriculture urbaine, immobilité et culture.
L’éco-région est l’échelle pertinente pour aborder les enjeux de l’équité territoriale, c’est-à-dire pour commencer à se départir du territoire reçu en héritage, ce territoire des modernes qui est celui du zoning et de la séparation maximale, de la ségrégation. Il leur a suffi de moins d’un siècle pour distendre le territoire et tous les liens qu’il autorise. En accédant à l’éco-région, non pas selon une logique d’emboîtement des échelles (du bâtiment de qualité environnementale par l’éco-quartier, vers l’éco-cité puis l’éco-région) mais par la recherche des valeurs qui les traversent (écologie, déplacement, équité, bio-diversité, énergie, solidarité, etc.), on pense l’habitat non pas comme un objet en soi avec ses territoires propres, mais comme une partie d’un ensemble vivant, d’un métabolisme complexe qui prend en compte l’urbain, le rurbain et le rural.
La difficulté principale liée à cette échelle de projet tient à l’inadéquation de la gouvernance territoriale actuelle avec les logiques transcalaires induites par ces valeurs transversales. Les PLU (Plan Local d’Urbanisme) intercommunaux, les Inter-SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) sont des avancées, mais faut-il encore qu’ils soient relayés par des volontés locales sans lesquelles rien ne se réalise. En ce qui concerne le logement, les élus de communes décisives sur un territoire entendent mal ou sont souvent sourds à l’idée d’une politique de l’habitat élargie aux communes dans leurs aires d’influence. Il existe pourtant des PLH (Plan Local de l’Habitat) de grande qualité à l’échelle d’aire métropolitaine, comme à Rennes par exemple.
On assiste à un engouement au premier degré pour l’agriculture urbaine ou la nature en ville, parfois même confondues, ce qui est un comble. Je laisse le sujet de la nature en ville à une autre occasion. L’agriculture en ville ne dépend pas de la politique agricole commune, de la PAC, sauf parfois en lisière agro-urbaine quand un pâturage sert à l’entretien de terres inondables (ce que j’ai fait à Pacé [ndlr: un projet de logements collectifs]).
En ville, dans un circuit court, l’agriculture est une horticulture, de potager et de verger. Je ne parle pas de jardins familiaux, mais bien d’une production par une PME, coopérative, associative ou non, de fruits et de légumes nécessaires à l’alimentation et à la sécurité alimentaire de la ville alentour.Il ne s’agit pas d’un loisir privé, mais d’un travail pénible, pouvant servir à la réinsertion sociale, sur des terrains assez étendus, garantissant une production suffisante pour générer un revenu pertinent, dans une situation de sécurité de la production qui la met à l’abri du pillage banal (c’est ce que nous étudions pour les Mûrs à pêches à Montreuil, pour l’éco-village des Noés au Val-de-Reuil et bientôt pour l’éco-quartier de Montévrain à Marne-La-Vallée).
Il est indispensable de compléter l’actuelle doxa de la mobilité rayonnante par un propos sur l’immobilité, et d’associer la vitesse à la lenteur. Le territoire de la ségrégation dont nous avons hérité a été produit par un engouement sans doute légitime à l’époque pour la performance du déplacement et un désir d’équipement de la France. Il fallait qu’elle ait le même taux de motorisation des ménages qu’aux Etats-Unis.
Pour y parvenir dans un projet d’aménagement, il convient de concevoir à partir du logement et non pas des axes de circulation, de penser le projet d’aménagement en temps de parcours (distance-temps) et non pas seulement en longueur de parcours, de rechercher les dispositifs spatiaux qui installent de la proximité, de concevoir des aménagements ouverts à la porosité pour que le piéton et le cycliste n’aient pas à parcourir le même chemin que l’automobiliste, de ne pas occuper tous les espaces publics par les dispositifs techniques du déplacement, d’aimer les bancs, de regarder une personne âgée parcourir la ville, un enfant, etc.
Les réalisations qui illustrent cette manière d’aborder l’aménagement sont celles que j’ai pu achever ou largement engager, celles pour lesquelles j’ai eu le temps de la réalisation, c’est-à-dire le centre bourg de Plourin-Lès-Morlaix (29) de 1991 à 2004, et les quartiers Mondonin et Beausoleil à Pacé (35) en cours depuis 1998.
En tant que « figure historique cohérente»1, la culture permet, si elle est acceptée comme 4ème pilier du développement durable, de reconnaître la diversité et la spécificité de chaque situation, de faire le lien entre les trois autres piliers social, environnemental et économique, mais aussi de garantir la dimension sociale du développement durable et de permettre une bonne compréhension par tous des enjeux, des outils et des solutions du développement durable.
Les deux compères, tous les deux nés en 1977, se sont rencontrés sur les bancs de l'École d'architecture de Toulouse puis de nouveau à l'École de la Villette à Paris. Diplômés en 2002, ils ont ouvert leur agence à Paris, sans passer par la case salarié. « On s'est tout de suite constitués en collectif car on voulait faire des choses dans le réel. On a commencé par des installations artistiques éphémères car nous avions peu de moyens », raconte Julien Choppin. Deux projets fondateurs vont marquer leur identité : Herbes folles et Wagons-scènes. Le premier, une opération éphémère et sauvage réalisée en 2001 à Paris mettait en scène de fines bandes de tissu très léger accrochées aux grilles d'aération du métro, de manière à produire des « herbes urbaines ».
Le second est une étude (projet de fin de diplôme) qui ambitionne d'apporter une réponse à la pénurie d'équipements culturels à partir d'un train de cinq wagons qui métamorphose temporairement les espaces des gares de marchandises en lieux de spectacle (2005). Depuis, Encore Heureux s'est vu attribuer des récompenses, des prix, mais surtout des commandes : un musée à Suresnes, un cinéma à Auch ou encore le jardin de baignoires sur la terrasse de Petit-Bain qui a déjà été réalisé, en attendant l’arrivée prochaine du bâtiment flottant. Les 33 baignoires proviennent d’un immeuble voué à la destruction dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain et ont été gracieusement données par l’office public HLM de Romainville.
Une stratégie de réemploi qui séduit ces jeunes architectes. « Au-delà de l'idée de consommer moins de matière, la récupération et le détournement permettent une architecture narrative, plus inattendue et qu'on peut plus facilement s'approprier », estime Julien. Leur attirance pour ce type de réalisations avait amené Encore Heureux à plancher sur un projet de centre de ressources de récupération de matériaux issus des scénographies temporaires et à se rapprocher d'associations comme la Réserve des Arts. Un projet qui n'a pas vu le jour, les architectes avouant « ne pas pouvoir être opérateurs sur ce type de structures. C'est compliqué de généraliser l'incorporation de matériaux récupérés dans des projets d'architecture, notamment pour des bâtiments publics. La principale limite, c'est les contraintes normatives. »
Autre espace pour mettre en pratique leur vision de l'architecture : Ordos 100, un projet démesuré de 100 villas réalisées par 100 architectes différents dans le désert de Mongolie intérieure en Chine. « Les commissaires de ce programme, Herzog et De Meuron ont proposé notre nom et nous avons été retenus. C'est le type de projet que l'on ne peut pas refuser et en même temps cela nous pose un problème éthique. Il s'agit d'une collection de villas de luxe d'architectes réalisées à côté de la ville nouvelle d'Ordos, une sorte de représentation de la ville chinoise dans son expression la plus dure. » D'où la nécessité pour Encore Heureux de proposer (avec Studio G) une villa, le Gourbi Palace, dans une écologie low tech et artisanale, construite à partir d' « hyper murs» de forte épaisseur (1,50m) produisant une grande inertie thermique. « C'est une micro réponse, la bonne échelle devrait être au niveau de l'urbanisme et non au niveau de l'habitat ». Un projet dont la date de livraison est aujourd'hui inconnue alors même que les architectes n'ont aucune visibilité sur le chantier.
Au regard de l'hétérogénéité de leurs réalisations, le dénominateur commun d’Encore Heureux se veut « ni stylistique ni dans l'échelle des projets ou des budgets. Le liant, c'est souvent la question culturelle et le plaisir de travailler. C'est l'école de Patrick Bouchain. ». Une démarche qui les a amenés à construire pour cet été un « water kiosque » en Mongolie , un lieu financé par Action contre la faim qui combine notamment un distributeur d'eau et des douches publiques. « À part les déplacements, nous ne touchons pas d'honoraires sur ce projet car cela nous intéressait, on voulait le faire ». Pour ses 10 ans, Encore Heureux regarde en arrière et s'interroge sur le positif et le négatif et leurs « ambivalences ». Une chose est sûre, ils manifestent l'envie de conserver « cet échantillonnage de projets à plusieurs échelles, à plusieurs budgets car c'est ce qui [les] nourrit." Et Encore Heureux de conclure : « Ce qu'on ne retient pas pour les 10 ans à venir? C'est la grande question du moment ».
Selon certaines études, l'air intérieur serait plus nocif que la pollution extérieure. Peintures, solvants, cloisons, revêtements des sols, produits d'entretien, de bricolage… : les émanations toxiques proviennent aussi bien des matériaux de constructions, des meubles que de toutes sortes de produits utilisés pour les entretenir. De plus en plus, la question de la pollution intérieure s'installe dans le débat public. Au banc des accusés, ont trouve d’abord les COV (composés organiques volatiles), molécules chimiques issues de la famille des pétroles qui se présentent sous toutes les formes, vapeurs ou gaz parmi lesquels le méthane, le benzène, les dioxines, reconnaissables à leur odeur de neuf sur tous types d'objets et particulièrement mauvaises pour la santé. On pointe aussi du doigt l’humidité et les moisissures, dont la présence dans un logement augmenterait de 52% le risque de développer une maladie respiratoire. Autre conséquence de la pollution intérieure sur la santé : les allergies.
Parmi les sources de pollution intérieure, on trouve bien sûr les matériaux de construction. C'est à ce titre que la Fédération Française des Tuiles et des Briques (FFTB) a remis un livre blanc le 17 février dernier à l’Assemblée Nationale, afin d’alerter les pouvoirs publics sur les enjeux de la qualité de l’air intérieur. Comme l'a souligné Françoise Bas, de l'UNAF (Union Nationale des Associations familiales) dans ce même rapport : « les lois Grenelle 1 et 2 ont permis de mettre en œuvre bon nombre de mesures dans une volonté affichée de rupture, mais des marges de progrès demeurent, au regard particulièrement du volet social qui reste à renforcer. La prise en compte notamment des liens entre santé-environnement et habitat a été insuffisante ».
Pour autant, la lutte contre la pollution intérieure figure dans le Grenelle de l’environnement. Le 2e Plan national santé environnement (PNSE2) 2010-2014 en a fait l’une de ses priorités. Il prévoit un ensemble de mesures destinées à mieux connaître les sources de pollution à l’intérieur des bâtiments et à les limiter. À cet effet, l’Inéris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) et le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) ont signé une convention de collaboration. Parmi les 12 mesures phares, la mise en place à partir de 2012 d’un étiquetage obligatoire des produits de construction et de décoration, la réduction de l’exposition aux substances préoccupantes dans les bâtiments accueillant des enfants, l’intervention de conseillers « habitat santé », etc. En 2011, une campagne de suivie de 20 000 enfants pour comprendre l'impact de l'environnement sur la santé et le développement devrait ainsi être lancée.
Des mesures somme tout tardives dans un contexte où « depuis les années 70, la politique d'économie d'énergie mise en œuvre a entraîné un confinement des bâtiments », selon les propos de Bertrand Delcambre , président du Centre scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) dans le livre blanc. Cette « bunkerisation » de l'habitat est toujours de mise, à en juger les projets actuels qui priorisent la réduction de la consommation énergétique et le renforcement de l'isolation. Toutefois, l'ambition de développement durable dans l'habitat se doit de dépasser les seuls critères énergétiques pour relever le défi de la santé. Autre enjeu : la mise en place d'un cadre d'évaluation pour mesurer concrètement les résultats. Comme le souligne Anne-Sophie Perrissin-Fabert, présidente de l'association HQE, « la loi sur l'étiquetage ne dit rien du résultat. Il faut aller plus loin. Certes le Grenelle 2 prévoit d'effectuer des contrôles dans les établissements publics dès 2012 mais il faut globaliser cette démarche. C'est pourquoi nous réalisons actuellement une proposition de mesures pour les bâtiments neufs (label HQE Performance) pour cette même échéance. Deux problèmes toutefois : l'absence d'une filière d'évaluation de la qualité de l'air intérieur et le coût de cette montée en compétences. On est au tout début du processus ».
En septembre 2011, la génération 93 pourra choisir le premier cursus post bac intégrant la notion de développement durable dans son programme. Baptisé STI2D (Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable), ce bac technologique qui viendra remplacer la filière STI, aura quatre nouvelles matières à son programme : Système d’information et numérique (SIN), Energie et environnement (EE), Architecture et construction (AC) et Innovation technologique et éco-conception (ITEC). Cette filière, si elle ne donne aucun savoir-faire professionnel, permettra à ceux qui l’intègrent d’envisager un large éventail de formations jusqu’au niveau bac + 5, masters universitaires et diplômes d’ingénieur.
L'enjeu : sensibiliser certains élèves aux problématiques environnementales. Mais l’ensemble de cette génération de bacheliers aura-t-elle profité dans ses années de maternelle, d’école primaire, de collège et de lycée d’une éducation à l’environnement ? Pas vraiment car les réformes en la matière ont tardé à se mettre en place. Ainsi, si le ministère de l'Environnement propose dès le début des années 90 l'opération "Mille défis pour ma planète" aux enseignants, il s’agit d’une opération unique sur l’année et qui n’est pas imposée dans les programmes de l’Education nationale. A l’échelle locale, un projet de préservation de la nature est choisi par les enfants pendant les heures de cours et régulé ensuite par des adultes, qui se réunissent hors temps scolaire.
Dans les textes, une circulaire de 1977 définit pour la première fois les contenus et les méthodes de l’éducation à l’environnement. La dimension donnée est essentiellement écologique au sens scientifique du terme. Mais les aspects économiques ne sont pas absents. La notion de développement durable apparaît en filigrane. Concrètement, il faut attendre 2004 et une nouvelle circulaire qui remplace celle de 1977 et fait apparaître clairement la notion de développement durable. Elle préconise que "l’Éducation à l’Environnement pour un Développement Durable (EEDD) doit être une composante importante de la formation initiale des élèves, dès leur plus jeune âge et tout au long de leur scolarité, pour leur permettre d’acquérir des connaissances et des méthodes nécessaires pour se situer dans leur environnement et y agir de manière responsable. " Cette première phase définissait les conditions de généralisation de l’EDDD.
En 2007, un nouveau plan triennal (2007-2010) en faveur de l’éducation à l’environnement pour un développement durable (EDD) est annoncé. Cette deuxième phase vise trois objectifs : "inclure l’éducation au développement durable dans les programmes de toutes les disciplines à l’école, au collège et au lycée, multiplier les établissements en démarche de développement durable (EDDD) et former les professeurs à cet enseignement, quelle que soit leur discipline."
Si ces dispositions sont désormais obligatoires, le caractère interdisciplinaire de l’EDD rend difficile son application. Car l’EDD n’existe non pas sous forme d'une nouvelle discipline mais dans le cadre des disciplines existantes, à l’image de la biodiversité, enseignée en fil rouge tout au long du parcours scolaire. Difficilement contrôlable, l’enseignement du développement durable dans l’éducation est donc avant tout une question de volonté de la part des enseignants et de la direction des écoles. Certains cas prouvent pourtant qu’il est possible de placer l’EDD au cœur du programme éducatif. L’école du Colibri dans la Drôme s’applique ainsi à mettre en relation "les enfants avec le monde du vivant pour l’apprentissage d’un mode de vie respectueux aussi bien de la planète que des humains qui y séjournent, pour l’acquisition d’une responsabilité écologique et relationnelle." En Ardèche, "l'école de La Ferme des Enfants prend sa place au sein d'un écovillage à vocation pédagogique et intergénérationnelle : le Hameau des Buis." Enfin, si d’autres écoles ne jouissent pas d’un cadre naturel propice à cet apprentissage écologique, cela n’empêche pas certaines de valoriser la notion de développement durable dans leur programme à l’image de l’école Living School de Paris.
Sans aller aussi loin, des programmes ponctuels sont proposés aux écoles et aux enseignants. Plus faciles à mettre en place, ces derniers ont le mérite de faire plancher les élèves sur des situations concrètes. C’est par exemple le cas des Jeunes reporters pour l’Environnement (JRE). Ce programme d’éducation à l’environnement est destiné aux jeunes de 11 à 20 ans. Encadrés par leurs enseignants, les élèves mènent des enquêtes journalistiques sur des thématiques d’environnement local et communiquent leurs conclusions au grand public sur différents supports (écrit, audio, exposition, photo, vidéo, site internet…).
L’Eco-Ecole est quant à lui "un label décerné aux écoles élémentaires et secondaires qui s’engagent vers un fonctionnement éco-responsable et intègrent l’EDD dans les enseignements." Ici, les élèves, les enseignants, la direction et le personnel travaillent en partenariat avec les élus locaux, les associations locales et les parents d’élèves. Ensemble, ces partenaires locaux évaluent la situation environnementale de l’école lors d’un diagnostic relatif à l’eau, l’énergie, les déchets et l'alimentation. Au sein du comité de suivi, force d’impulsion du projet, ils définissent des actions pour améliorer la situation de départ puis ils évaluent la portée de ces actions.
Autre exemple avec le Stockholm junior water prize qui est un concours scientifique international pour les jeunes. Il vise à récompenser les initiatives d’amélioration de la qualité et de la gestion de l'eau ainsi que la protection des ressources en eau.
Enfin, les établissements d’enseignement peuvent aussi se lancer dans des actions éducatives d'impulsion ministérielle comme les classes de découverte ou les ateliers scientifiques et techniques. Certaines actions proposées aux écoles, collèges ou lycées sont également menées conjointement par le ministère de l'Éducation nationale et différents partenaires à l’image de celle de l’année dernière baptisée "L'eau, une ressource vitale". Un kit d'exposition et des documents pédagogiques sont fournis aux classes participantes.
Mais là encore, les textes indiquent que "les enseignants ont la possibilité de monter des projets". Aucune obligation n’est mentionnée, et il en va donc avant tout de la bonne volonté des enseignants et directeurs d’école. Charge à eux de former la génération verte de demain.
Ne dites pas à Patrick Nadeau qu'il est designer végétal. Pour lui, il est avant tout designer et architecte. C'est après une première association avec le designer Christian Ghion que l'homme souhaite voler de ses propres ailes et ouvrir son agence en solo. Très vite, il intègre le végétal qui l'attire avant tout pour ses propriétés plastiques. « Selon moi, le végétal répond à des problématiques architecturales, je regarde les plantes d'un point de vue formel et plastique. Ça m'agace un peu qu'on prenne les plantes pour des prestataires de services qui dépolluent, on les instrumentalise ».
Tout commence avec le projet réalisé en 1999 pour le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire, avec le soutien de la Maison Hermès. Il y présente un meuble-jardin en teck et en inox, posé sur quatre pieds à 90 cm au-dessus du sol avec un système modulable.
Ouvertes et mises à l’horizontale, les quatre faces de la boîte se transforment en tables de culture où les plantes poussent dans l’épaisseur des plateaux, puisant le liquide nutritif dans des gouttières techniques remplies de fibres de coco. « C'est un projet fondateur, c'est une superposition car c'est à la fois un objet design, une micro architecture et un jardin ».
S'ensuivent de nombreuses et prestigieuses réalisations toujours dans la même veine : Maison Hermès, Kenzo Parfums, Louis Vuitton, La Ville de Rennes, Les Salines Royales d’Arc et bien d'autres. « Ce qu'il y a intéressant a croiser ses disciplines, c'est que cela ouvre de nouvelles inventions formelles, plastiques et sensibles, c'est difficile de créer de nouvelles formes », raconte Patrick Nadeau.
En parallèle à l'ouverture de son agence, il commence l'enseignement en mettant en place un atelier de design végétal à l'Esad (École Supérieure d'Art et de Design) de Reims. « Si tout va bien, en 2012, ce cours devrait se structurer en troisième cycle avec des collaborations entre architectes , scientifiques, sociologues ». Comme une reconnaissance pour cette discipline hybride. Designer avant tout, il intègre le végétal quand cela est légitime, quand cela a du sens. « Parfois, le végétal peut être encombrant du fait des contraintes techniques et d'entretien. »
Selon lui, le rôle du designer est bel et bien d'apporter des nouvelles possibilités d'imbrication entre le bâti et le végétal plus subtiles et ce, jusqu'à l'intérieur des maisons. « Il faut faire attention à ne pas vouloir tout verdir, on a passé 3000 ans à domestiquer la nature et maintenant on veut la faire renter partout », s'amuse le designer dont les travaux de sa « maison-vague » à Reims, entièrement végétalisés viennent de démarrer. Cette bâtisse éco-conçue de 130m2 se niche sous l’ondulation d’une coque en bois et en béton et emprunte aux constructions industrielles des serres en utilisant une double peau en polycarbonate sur une façade en verre.
Toutefois, même si l'éco conception l'intéresse, il estime qu'elle doit rester au service de la création, être un levier pour la créativité. « Toutes ces normes et ces labels, cela ne doit pas amener à des bâtiments tous semblables ». Un premier projet qui devrait être compléter par un projet d'écoquartier à l'horizon 2013. Son approche de la place du végétal dans la ville? « En dehors des centres historiques un peu intouchables, je pense que les lieux à investir sont les régions périphériques sous des formes hybrides « mi-urbain mi-jardin », des espaces un peu ambiguës ». Une information encore au conditionnel mais Patrick Nadeau espère réaliser une exposition sur son travail pour l'année prochaine, associée à la sortie d'un livre.
Longtemps structurée autour de l’opposition ville/campagne, la production agricole se conçoit désormais comme un fait urbain – témoin l’essor des jardins partagés, fermes verticales et mouvements locavores. En 2008, ce désir de concilier vie en ville et production alimentaire donnait naissance à Re :farm the city .
On doit la genèse de ce projet, qui mêle art, agriculture et open source, à un graphiste portugais : Hernani Dias. Venu s’installé à Barcelone, le jeune homme décide un jour de faire pousser des légumes dans son appartement. Mais il part en vacances, et à son retour, tous les végétaux ont péri faute de soins. Hernani Dias décide alors de créer un système d’arrosage qui ne se déclenche pas automatiquement, mais lorsqu’il détecte, via un ensemble de capteurs, que la plante a besoin d’eau. Connecté à Internet, le système peut être contrôlé à distance.
Face au succès de son dispositif, Hernani Dias décide de créer un collectif informel au sein duquel se partageraient technologies et savoir-faire. Depuis, Re :farm the city a essaimé dans une petite dizaine de villes à travers le monde, dont Paris. Son ambition : proposer des outils software et hardware en open source à tous ceux qui souhaiteraient créer et gérer à distance de mini-fermes urbaines : systèmes d’arrosages, épouvantails, composts...
Bien sûr, la protection de l’environnement est l’un des piliers du projet, qui privilégie matériaux trouvés et recyclés, encourage à la production locale et à l’ensemencement de végétaux vernaculaires. Les fermiers de Re :Farm n’en investissent pas moins des modes de production résolument contemporains, tels que l’hydroponie. Surtout, ils sont friands de technologies récentes, et ont d’emblée ajouté aux outils traditionnels du jardinier l’Arduino, ce circuit imprimé distribué sous licence Creative Commons, dont raffole tout hacklab.
De fait, l’enjeu de Re :farm the city n’est pas tant de reverdir la ville que de bâtir de nouvelles communautés dont les valeurs et l’organisation doivent beaucoup à l’éthique « hacker » : collaboration et coopération, mise en commun des données, circulation libre des savoirs… C’est d’ailleurs pourquoi les fermiers qui nourrissent le projet se réclament du DIT (do-it-together) plutôt que du DIY (Do-it-yourself). A rebours de l’approche environnementaliste à quoi se résume souvent l’écologie, Re :farm the City conçoit d’abord celle-ci comme une autre façon de vivre ensemble et de partager les ressources. Bref, pour ces fermiers bidouilleurs, une ferme urbaine, c’est avant tout une expérience du partage et de l’en commun…