La ville à l’heure du changement.
matali crasset : “Je ne cherche pas à donner des formes, mais à proposer des potentiels et des scénarios de vie”

Designeuse industrielle de formation reconnue au niveau international, matali crasset travaille aux côtés de Philippe Starck avant de créer sa propre structure. La prolifique designer qui a réalisé plus d’une centaine d’objets en design, architecture, art et scénographie, vient de publier une monographie intitulée “autrement” (Editions La Martinière, 2025). Envisagé sous l’angle du design comme une pratique sociale, écologique et anthropologique, son ”livre-manifeste” affirme la singularité de la créatrice : une volonté forte de s’ancrer dans les territoires et de créer du commun. A rebours d’une approche de l'esthétique dite française, elle s’inscrit davantage dans la “pensée française” et propose des espaces et dispositifs ouverts, modulables et flexibles, en réponse à un monde en perpétuel changement et en proie à l'éco-anxiété. Entretien.

Quelle étape marque cette nouvelle publication, treize ans après votre première monographie en 2012 ? Quelle page tourne-t-elle et ouvre-t-elle ?

Cette publication a été difficile pour moi car je n’avais pas regardé ce que j'avais pu faire jusqu'alors. J’étais toujours tournée vers l’avant et vers de nouveaux projets. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts, puis j’y ai progressivement pris goût. L’idée était davantage de révéler la singularité des projets, en mettant en avant le travail sur les espaces et les scénarios de vie, plutôt que sur les objets. J’ai donc décidé de montrer principalement des espaces, organisés par thématiques, afin de proposer une nouvelle manière d’appréhender mon travail. Quelques objets apparaissent néanmoins dans un cabinet de curiosités en fin d’ouvrage.

Comment définissez-vous le style matali crasset ?

Je dirais que je n’ai pas de style. Je ne cherche pas à donner des formes, mais à proposer des potentiels et des scénarios de vie. La forme ou l’espace viennent ensuite. Je ne suis pas dans une continuité esthétique ni dans une recherche de sophistication formelle, que l’on pourrait appeler française, mais dans l’intention première de ce que l’espace ou l’objet peut permettre.

Extension imaginée comme une grange en bois, et création de cabanes pour l’aménagement intérieur. Bois issu de la filière tarnaise et panneaux photovoltaïques privilégiés. Atelier Missègle, Burlats, 2023. Crédit photographique : Philippe Piron

Y a-t-il un projet “signature” qui incarne votre approche ?

J’ai du mal à répondre à cette question, car je n’ai pas de projet préféré. Chaque projet est porté par des personnes et des relations sur le long terme. Choisir un projet reviendrait à en privilégier un par rapport à un autre. Certains travaux, notamment autour de l’hospitalité, menés avec des collaborateurs avec lesquels j’ai partagé des parcours durables, illustrent cependant cette démarche d’expérimentation et de singularité.

Comment avez-vous choisi les 80 projets sélectionnés pour composer cette monographie ?  

J’ai souhaité révélé la diversité des projets, tout en laissant au lecteur le soin d’en faire la synthèse. Chaque contexte et chaque commanditaire étant distincts, je ne voulais pas imposer une lecture unique. Je pense néanmoins qu’un état d’esprit et une approche se dégagent. Ce que je voulais montrer, ce sont des prises de position affirmées et la possibilité de faire fonctionner ensemble le social et l’artistique.

La notion d’« habiter le monde » structure l’ouvrage : habiter un espace, un territoire, un collectif, un écosystème, dans une approche réflexive et prospective. Dans quelle mesure le design peut-il réellement impacter et transformer le monde, et qu’est-ce qui lui échappe ?

Il y a beaucoup de choses qui lui échappent, et tant mieux, parce que le design n'est pas là pour réglementer mais au contraire, pour libérer les choses. Je considère le design comme une pratique agile, capable de s’adapter aux enjeux sociaux et écologiques. Le livre est aussi une manière de préparer une autre façon de voir les choses, en se concentrant sur la création de conditions favorables pour être ensemble, faire communauté et s’engager collectivement.

Je considère le design comme une pratique agile, capable de s’adapter aux enjeux sociaux et écologiques.
Au cœur de la Meuse, en Lorraine, réalisation de quatre maisons sylvestres pour Le Vent des Forêts. Le Nichoir, Vent des Forêts, Meuse, 2012. Crédit photographique : Camille Gresset

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans la conception d’espaces collectifs ?

Je crois que l’on est plus fort ensemble et que l’on s’enrichit collectivement. Dans un contexte d’éco-anxiété, être ensemble permet de se rassurer et de croire à la possibilité de changer les choses. Je travaille sur des scénarios ouverts, des systèmes et des plateformes évolutives qui permettent l’émergence de possibles, y compris imprévus.

Comment vous assurez-vous qu’un projet est “réussi” ? Par exemple, qu'observez-vous chez les usagers qui vous confirment qu’un lieu ou un dispositif fonctionne ?

Je ne travaille jamais seule. Les projets sont conçus avec les commanditaires, des personnes engagées qui habitent les lieux. Des projets expérimentaux qui ne sont pas portés par les usagers ne m’intéressent pas. Il s’agit d’observer ce qui existe déjà dans les relations et les usages, même de manière latente, et de le révéler par un espace, un outil ou un système.

La Maison design pour tous, un projet de maison innovante fabriquée hors site, en bois, accessible, créée pour le bailleur social Vilogia, Watterlos, 2019-2024. Crédit photographique : Maxime Dufour

Dans le champ de l’écologie, comment articulez-vous attention au vivant et aux écosystèmes et contraintes de production ou d’usage ? Pensez-vous que le design peut contribuer à changer nos comportements au quotidien ?

Pour moi, l’écologie n’est pas un dogme mais une prise de conscience. Le design peut aider à sensibiliser, mais surtout à agir. Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire comme avant, et les designers peuvent être une force pour orienter autrement les projets. Cette démarche s’inscrit dans une façon de travailler « autrement », que j’ai toujours adoptée, celle qui se rapproche d'un design frugal qui invite à être créatif et actif, loin des approches axées sur le confort. Depuis le départ, j'ai toujours regardé les situations avec un autre regard. Aujourd'hui, ce pas de côté me permet de proposer cet “autrement” et d'entrevoir une vie commune plus sereine.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire comme avant, et les designers peuvent être une force pour orienter autrement les projets.

Quelle place accordez-vous aux matériaux ?

La question des matériaux intervient plutôt à la fin. Le changement doit être d’abord philosophique et systémique. Ce n’est pas seulement en changeant les matériaux que l’on transforme les choses. Il s’agit de repenser des systèmes complets, et non d’apporter des réponses ponctuelles. Marc Augé dit que le design, c'est l'anthropologie appliquée, et je trouve que c'est très juste. Un anthropologue va trouver un terrain, s'ancrer dans un endroit, regarder comment cela fonctionne et puis trouver. On peut faire une espèce d'analogie avec le travail du designer en arrêtant de faire du design seul pour faire du design en rapport avec un contexte, en rapport avec quelque chose qui se joue et là on est beaucoup plus fort.

Vous envisagez le design comme un moyen de produire des alternatives réelles, sociales et prospectives, face au monde actuel. Vous déclarez dans l’entretien introductif: "Le véritable enjeu, c’est d‘aider à aimer à nouveau notre monde abîmé”. Comment réalisez-vous cette ambition ? En quoi vos projets sont-ils des utopies concrètes ?

Ils cherchent à redonner envie d’être actif, de faire communauté et de restaurer la confiance à des échelles où elle est possible. Les utopies et écotopies nourrissent ma réflexion. L’écriture et les récits me permettent aussi de retrouver une direction et de continuer à avancer dans des périodes de doute. A un moment donné, j'ai même posé le crayon, je me suis dit “je ne dessine plus ni l'objet ni l'espace”. Et là j'ai commencé à écrire et cela m'a réparée. Quand le réel est vraiment difficile à appréhender, l'imaginaire peut nous éclairer et nous redonner l’optimisme dont on a besoin pour avancer et pour continuer à faire des projets.

Dans le cadre de la 13ème Biennale Internationale de Design de Saint-Etienne, “Ressource(s) - Présager demain”, exposition “Nos pieds d'argile, à la recherche d'une habitabilité pragmatique”. La Maison de la restitution, site Le Corbusier, église Saint-Pierre, Firminy, 2025

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous met “en mouvement” dans votre pratique ?

C’est la conviction que nous avons encore une capacité de penser et de nous reconfigurer collectivement. Face aux déséquilibres liés aux outils, notamment l’IA, il s’agit de prendre conscience, de protéger et de réfléchir en profondeur plutôt que de chercher à tout arrêter.

Je privilégie les petites échelles, car ce sont celles où l’on comprend ce qui se joue. Il ne s’agit pas nécessairement de produire de nouveaux objets, mais de questionner leur légitimité. Le design est aujourd’hui à réinventer, tant dans ses pratiques que dans ses terrains d’intervention.

Quels sont les défis pour les designers au regard des enjeux sociaux et environnementaux actuels ?

Je ne crois pas à un modèle unique. La richesse du design réside dans la diversité des sensibilités et des approches. Chaque designer doit approfondir sa propre démarche afin de proposer des réponses adaptées et respectueuses du monde et de ses habitants.

Quels sont vos projets à venir ? Auriez-vous envie d’explorer de nouveaux domaines ou de nouvelles échelles de projets ?

Je privilégie les petites échelles, car ce sont celles où l’on comprend ce qui se joue. Il ne s’agit pas nécessairement de produire de nouveaux objets, mais de questionner leur légitimité. Le design est aujourd’hui à réinventer, tant dans ses pratiques que dans ses terrains d’intervention.

Couverture de autrement, ouvrage publié en novembre 2025 aux éditions La Martinière

Pour aller plus loin

matali crasset, autrement, textes de Geneviève Gallot, Paris, éditions La Martinière, nov. 2025, 112 pages, 32,50 €

Présentation de l'ouvrage sur le site de la maison d'édition ICI

2026-02-04
Trois questions à Laurence Baudoin, architecte

Cofondatrice avec Hélène Bergeron de l'agence Baudoin-Bergeron, Laurence Baudoin a conçu ce qui sera le premier immeuble à énergie positive parisien. Les Ecofaubourgs l'ont interrogée sur ce projet ambitieux...

Quelles énergies renouvelables avez-vous favorisées ? Dans quelles proportions ?

LB. La production d'énergie est assurée par 187 m² de panneaux solaires photovoltaïques inclinés à 10%. Cette installation produit dans l’année 54 675 kWh ep / an, soit une production un peu supérieure à l'énergie dépensée sous le toit. La surface de toiture étant relativement faible et l'ensoleillement peu intense en région parisienne, nous avons privilégié une enveloppe du bâtiment particulièrement performante. La façade bois, l'isolant, le triple vitrage ont été mis en place dans ce but. Le bâtiment est très compact avec des saillies non habitées, et cette compacité maximale évite toute déperdition. Par ce biais, l'énergie primaire (chauffage et électricité) est assurée par les panneaux et la chaudière bois à condensation (eau chaude solaire en complément de la chaudière gaz). La ventilation est en simple flux.

Quel est le pourcentage du surcoût de ce type de bâtiment par rapport à un bâtiment plus « traditionnel » ? Selon vous, quels autres freins existent aujourd'hui au développement des bâtiments à énergie positive ?

LB. Le surcoût est d'environ 20% par rapport à une opération plus "standard". Ce pourcentage ne peut être très précis car il dépend des prescriptions techniques retenues. Je pense qu'aujourd'hui le coût financier reste l'obstacle principal au développement de ce type de bâtiment, notamment en région parisienne où la forte densité du tissu urbain reste assez contraignante. Les investisseurs rentrent par la suite dans leurs frais grâce aux économies d'énergie mais cela demande du temps.

Quelles étaient les conditions préalables posées par ce concours ? Selon vous, pourquoi et comment avez-vous fait la différence par rapport aux 6 équipes pré-sélectionnées ?

LB. L'objectif principal était d'atteindre un bilan d'énergie positive pour un ensemble d'une vingtaine de logements sur 1500 m2 avec un budget de 3,3 millions d'euros. La sélection s'est opérée sur plusieurs critères. Tout d'abord par le choix architectural que nous avons proposé. L'insertion urbaine, la qualité du fonctionnement, la qualité spatiale intérieure (les grands logements sont traversants avec des terrasses à l'ouest) ont plu aux jurés. Les parties communes sont agréables, l'escalier est éclairé afin que les habitants n'aient plus envie de prendre l'ascenseur. De plus, les choix techniques ont été appréciés car nous avons privilégié des matériaux simples (chaudière à gaz, un système de ventilation en simple flux). C'était rassurant pour le maître d'ouvrage qui n'était pas inquiété par une technologie trop poussée qui aurait demandé un entretien complexe. L'objectif était très ambitieux, le thermicien, BET Thermique, a joué un rôle très important. Ce fut un vrai travail d'équipe.

2009-07-29
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midi:onze
Les maires urbains plébiscitent le développement durable

Selon un sondage CSA-Dexia, les maires des communes urbaines citent le développement durable comme l'un des enjeux forts de leur mandature.

A la question : "Parmi les politiques municipales suivantes, quelles sont celles que vous définissez comme prioritaires dans le cadre de votre nouveau mandat ?", les maires interrogés donnent les réponses suivantes :

  • 50% citent en premier lieu le développement économique de leur commune et l'emploi
  • 39% définissent l'accès au logement comme prioritaire
  • 37 % veulent améliorer la qualité de l'environnement urbain, notamment via la création de nouveaux espaces verts
  • 25% souhaitent s'engager dans une politique énergétique économe et mettre en oeuvre le développement durable dans leur commune

Avec un tel programme, il ne fait aucun doute que les Ecofaubourgs sont promis à un bel avenir...

2008-07-06
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midi:onze
AMAP : du champ à l'assiette

La scène se répète chaque mardi dans cette petite rue du centre parisien.

De 18h à 21h, des citadins et citadines de tous âges se succèdent à la porte du syndicat d'initiative. Ayant adhéré à l'AMAP la plus proche (association pour le maintien de l'agriculture paysanne), ils viennent y chercher leur panier hebdomadaire de fruits et légumes.

Le producteur (ce jour-là, une productrice) supervise la distribution d'un oeil bienveillant. Fidèles à l'obligation de participer au fonctionnement de l'association, deux bénévoles renseignent consommateurs et curieux.

La bonne humeur règne sur ce marché de fortune, d'où chacun repart avec un panier plein de tomates, pommes de terre, carottes, courgettes, tomates cerises, poivrons, aubergines, salades et légumes de saison obtenus contre 15 € payés d'avance. Moyennant une obole supplémentaire, les gourmands peuvent compléter leur panier d'un pot de miel, d'oeufs ou de fromage. Le tout produit dans une ferme située à moins de 100 km de Paris, aux environs de Beauvais.

Né au Japon dans les années 60 et débarqué en France il y a moins de 10 ans, le système des AMAP séduit de plus en plus. Son principe est simple : un groupe de consommateurs passe un partenariat avec un agriculteur local, et s'engage à acheter l'ensemble de sa production ; quant au producteur, il fournit à ses clients des aliments bios et produits localement. Ce système a l'avantage de supprimer tous les intermédiaires. Pour le plus grand plaisir du client : « J'ai fait le calcul, nous confie Stéphanie, une adhérente, et je dois dire que c'est rentable. Mais chut ! Sinon, tout le monde voudra s'inscrire et il n'y en aura pas assez de place. »

De fait, les AMAP peinent à satisfaire les demandes d'adhésion. Si les citadins plébicitent un mode de distribution privilégiant proximité et convivialité, les agriculteurs, eux, n'ont pas toujours les moyens de rompre avec la logique productiviste. C'est d'ailleurs l'une des limites de l'association. « La demande est de très loin supérieure à l'offre, nous confirme Charlotte, jeune agricultrice chargée de superviser la distribution. Les exploitants manquent de terres, et sans terre, rien n'est possible. » Responsables de cette pénurie, l'étalement urbain, les subventions accordées à la mise en jachère ou la concurrence des grandes exploitations, qui sont autant de freins au développement des AMAP. Au grand dam des consommateurs firands d'alternatives.

2008-08-26
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midi:onze
Pour les utilisateurs de l'autopartage, la voiture est un simple moyen de transport

Souvent confondu avec le co-voiturage, l’autopartage offre une alternative séduisante à la voiture individuelle. Son principe : permettre à des abonnés de partager l’usage d’une flotte de voitures. Une manière efficace de gagner de l’espace public et de limiter les rejets de gaz à effet de serre.

Daniel Faudry, directeur de Alpes autopartage, nous parle de ce service en plein développement

Depuis quand vous intéressez-vous à l’autopartage, et pour quelles raisons?

DF. J'ai découvert l'autopartage en 1996, à l'occasion d'une étude que je faisais alors que j'étais chercheur au CNRS. A l’époque, personne en France ne savait exactement ce qu'était le concept. En même temps que la publication de mon rapport, a paru dans le journal d'une association de protection de l'environnement un article de Loïc Mignotte, qui a fondé Caisse Commune à Paris, premier service d'autopartage en France. Nous sommes donc les co-découvreurs du concept.

Comment l’autopartage fonctionne-t-il concrètement ?

DF. Il faut d’abord s’abonner pour se voir remettre une carte d’accès, après quoi on réserve par téléphone ou sur Internet le véhicule que l’on souhaite utiliser, en précisant la durée envisagée. L’abonné n’a plus qu’à ouvrir la voiture avec sa carte d’accès, puis à la ramener à son point de départ une fois le trajet effectué. Le calculateur de bord enregistre les informations relatives à chaque déplacement (km et durée) et les transmet au centre de gestion de la flotte. Chaque mois, l’abonné reçoit une facture correspondant à sa consommation réelle.

En quoi l’autopartage modifie-t-il le rapport que les automobilistes entretiennent avec leur voiture ?

DF. Pour les utilisateurs de l'autopartage, la voiture est un simple moyen de transport et ils ne manifestent que peu d'exigences sur les modèles, choisissant en fonction de la taille selon le trajet à faire, le nombre de personnes etc.

Il est vrai que nous proposons des modèles très populaires (Peugeot 206, 107, Kangoo etc.) mais quand nous interrogeons nos abonnés sur le type de voiture qu'ils souhaiteraient que nous achetions, nous avons beaucoup de peine à obtenir une réponse précise.

L’autopartage a-t-il une incidence sur le budget voiture de ceux qui le pratiquent ?

DF. L'incidence dépend évidemment du kilométrage parcouru. Pour quelqu'un qui ne fait que 5 000 km/an, l'économie atteint 1 500 euros, par rapport à l'utilisation d'une voiture personnelle.

Pour les entreprises et professionnels, le recours à l'autopartage équivaut à la mise en pool de flottes de voitures de services, ce qui permet d'avoir une très grande modularité dans leur budget déplacements ; il n'y a pratiquement pas de frais fixes.

Comment voyez-vous évoluer l’autopartage dans les années qui viennent ?

DF. Les premiers services ont été lancés par des pionniers, principalement sous forme associative ou coopérative et toujours avec des aides publiques. Apparaît maintenant une offre purement marchande, qui émane notamment des loueurs classiques, dont un seul affiche une ambition nationale. Il n'y a pas encore de concurrence sur une même ville, sauf à Paris. La concurrence se joue dans l'ouverture du service dans de nouvelles villes et les pionniers disposent de moindres capacités financières que les nouveaux venus, appuyés sur de grands groupes. La plupart de ces pionniers sont regroupés dans France Autopartage qui permet aux abonnés de chacun des 10 services adhérents, donc de 10 villes, d'accéder au service dans toutes ces villes. L'avenir va dépendre de la capacité de FAP à développer son offre et de la stratégie des nouveaux. Dans un premier temps, il va y avoir un partage du territoire qui peut durer un certain temps car l'autopartage est un service de proximité et le marché est encore étroit. Mais à terme, la logique est celle d'un ou deux services couvrant tout le territoire.

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2008-11-11
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Du tri au recyclage : vers l'objectif zéro déchet

Réduire, réutiliser et recycler : l'objectif zéro déchet est d'une simplicité désarmante. Voici comment faire.

Réduire, réutiliser et recycler : l'objectif zéro déchet est d'une simplicité désarmante. L'ordre de ces « trois R » est important. Il s'agit en effet de tendre en premier lieu à l'élimination des déchets à la source, de bannir ensuite le jetable au profit du durable, et enfin de valoriser au mieux les déchets subsistants.

Le fonctionnement se veut proche de celui des écosystèmes : une logique cyclique, plutôt que linéaire, dans laquelle les déchets des uns constituent une ressource pour les autres. L'objectif zéro déchet vise donc plus précisément à réduire au minimum possible les déchets résiduels qui subsistent à la fin de la chaîne de traitement.

En France, c'est 80 % des déchets ménagers qui étaient encore mis en décharge ou incinérés en 2004, contre 13% triés pour recyclage et 6% subissant un traitement biologique (compostage ou méthanisation).La mise en décharge est pourtant limitée depuis le 1er juillet 2002 aux seuls déchets ultimes, c'est-à-dire ceux dont on ne peut plus réduire le caractère polluant ou dangereux « dans les conditions techniques et économiques du moment ». Si ces limites techniques et économiques existent en effet, force est de constater que l'objectif zéro déchet n'est pas un simple leurre.

Et si nos ordures étaient la principale ressource de demain ?

La valorisation matière (recyclage, compost) ou énergétique (récupération de chaleur, production de biogaz) permet à nos déchets d'être à nouveau utilisés comme matière première.

Les politiques zéro déchets font intervenir une palette de techniques, qui, combinées, permettent de maximiser la valorisation. Parmi les initiatives les plus souvent retenues : mise en place du tri sélectif permettant un recyclage plus efficace, distribution de composteurs individuels et mise en place de plateformes de compostage collectif.

Mais la démarche ne se réduit pas au recyclage ou à la valorisation. Les politiques zéro déchet visent à encourager la production propre et l'éco-conception des produits, pour réduire à la source la quantité de déchets produite, et surtout limiter l'utilisation de matériaux polluants ou qui ne pourraient être traités.

Jusqu'à 80% de déchets valorisés en Nouvelle-Zélande

De nombreuses collectivités dans le monde ont d'ores et déjà mis en place leur plan zéro déchet.

La Nouvelle-Zélande est l'un des pays précurseurs, le gouvernement ayant dès 1997 créé une fondation vouée à la promotion de cette politique. La Zero Waste New Zealand Trust accompagne ainsi plus de la moitié des collectivités locales du pays. Dans certaines d'entre elles, jusqu'à 80% des déchets sont détournés de la mise en décharge.

Certaines communes françaises sont également engagées depuis plusieurs années dans une démarche de réduction active des déchets. Dans la Communauté de Communes de la Porte d'Alsace, où l'on a distribué des composteurs à partir de 1994 et mis en oeuvre la pesée-embarquée dès 2001, 70% des déchets collectés sont désormais destinés à la valorisation matière.

Chiffres : ADEME (France), Zero Waste NZ Trust, Communauté de Communes de la Porte d'Alsace.

2008-12-09
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midi:onze
Les fonds éthiques : un marché en bonne santé ?

Depuis le début des années 2000 et plus particulièrement à partir de 2003/2004, les marchés financiers ont suivi la tendance du « tout-écolo » et on a assisté à un relatif «boom des actions vertes».

Les fonds éthiques sont une notion assez large qui a d'abord englobé une dimension historique et principalement morale, visant à exclure les investissements des entreprises liées à la vente d'alcool, de tabac ou d'armement. Cette notion s'est progressivement affinée vers la notion d'ISR (Investissement Socialement Responsable). La prise de conscience de l'importance du développement durable par l'ensemble des acteurs et la remise en question d'un système financier illisible lors de la crise financière semblent réserver de beaux jours aux ISR.

Un nombre de fonds en constante augmentation

L'ISR représente un mode de financement qui privilégie des critères de nature sociale et environnementale aux critères financiers classiques dans la sélection des valeurs investies. Les critères financiers (rentabilité/ risque) ne sont pas pour autant occultés. L'ISR est à distinguer des fonds de partage qui consistent à effectuer des placements dont les revenus sont versés directement aux associations humanitaires ou caritatives. En 2008, on a dépassé les 220 fonds ISR. Un nombre important au regard de ces quelques chiffres clés : en 1997, il y avait 6 fonds distribués en France, 20 en 1999 et 40 en 2001, selon les chiffres Novethic, filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) spécialisée dans la diffusion d'informations et d'expertises sur les fonds ISR et le développement durable.

Des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance

En France, les fonds éthiques sont notés par des agences spécialisées comme Vigéo ou Sarasin qui mesurent la performance des entreprises en fonction des objectifs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). A titre d'exemple, chez Vigéo, six domaines d'analyse sont pris en compte: le droit humain ( travail forcé, travail des enfants), les ressources humaines (santé et sécurité, conditions de travail...), l' environnement ( protection de l'environnement dans la fabrication, la distribution, l'utilisation et l'élimination du produit), le comportement des marchés (prévention de la corruption, respect des règles concurrentielles), le gouvernement d'entreprise ( droit des actionnaires, rémunération des dirigeants) et enfin l'engagement sociétal (contribution au développement économique et social...).

« Le plus souvent, les fonds sont constitués par des entreprises de différents secteurs mais qui sont les meilleurs dans leurs domaines, c'est à dire qu'un fond peut-être constitué par une entreprise de pétrole mais aussi par une société qui propose de l'éolien. On les appelle les « Best in class », ceux qui ont les meilleurs résultats ESG.»

Explique Dominique Blanc, responsable de la recherche ISR chez Novethic, ajoutant que :

«De plus en plus, on constate l'essor de fonds investis dans des entreprises dont l'activité est directement tournée vers le développement durable. En 2007, on en a comptabilisé 80 nouveaux fonds en Europe».

Un marché tenu par des Institutionnels et qui se porte bien

Les fonds ISR restent une niche réservée à des professionnelles de l'investissement (banques, mutuelles et assurances, caisses de retraite, fonds de pension, fondations...) puisqu'ils représentent encore les 2/3. Pour Dominique Blanc, « le problème n'est pas lié à l'offre mais tient plutôt au fait que les fonds ISR sont mal distribués dans les grandes banques et mal expliqués aux particuliers. On peut cependant espérer qu'avec la crise, les grandes institutions financières en profitent pour redorer leur image en adoptant une attitude « responsable». On constate à ce sujet des signes plutôt encourageants». Même si les chiffres 2008 pour mesurer précisément l'impact de la crise sur ces fonds ne sont pas encore disponibles, les témoignages des sociétés de gestion semblent indiquer que les fonds ISR se sont mieux comportés que les autres en terme de performance mais aussi en terme de collecte/ recollecte. «L'avantage de l'ISR est qu'il concerne pour plus de 90% des investissements intelligibles, ce qui est très rassurant. 2009 devrait être une année relativement positive, il faut espérer que les acteurs de l'ISR jouent leur rôle de communication et de pédagogie », conclue Dominique Blanc.

2009-01-19
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midi:onze
Exposition « Habiter écologique » : Rétrospective de l'habitat durable
« Aujourd'hui, l'homme habite technologiquement cette Terre, incontestablement...mais est-ce encore habiter? »

S'interroge Michel Puech en 2008 dans son livre Homo sapiens Technologicus. On retrouve cette citation sur le tableau synoptique qui ouvre l'exposition « Habiter écologique » de la Cité de l'architecture & du patrimoine.  Une exposition riche et documentée qui tente d'éclairer sur les architectures possibles pour une ville durable . L'approche se veut « holistique » c'est à dire globale et pluridisciplinaire, fondée sur de multiples critères tissant des liens entre l'écologie, l'économie, le social et la culture.

Constat et précurseurs : Une prise de conscience progressive

L'exposition débute sur un état des lieux au niveau mondial : un tableau synoptique replace les réalisations architecturales majeures dans leur contexte politique et économique. Les réflexions sur ces questions sont présentées, du mouvement Arts & Craft en Écosse en 1900 à nos jours, et une carte du monde rappelle quelques-uns des grands enjeux écologiques à surmonter : surpopulation,  déforestation, désertification. On découvre ensuite l'apport des précurseurs de l'habitat éco-responsable. Franck Lloyd Wright aux Etats-Unis ou Alvar Aalto en Finlande sont les chefs de file de ce mouvement. Le projet de l'italo-américain Paolo Soleri donne le ton des premières applications : « Arcosanti », « Ville du future » construite en 1962 dans L'Arizona avec des matériaux minéraux, est l’un des premiers modèles d'alliance entre architecture et écologie, et ce dans un milieu désertique.

Panorama international des pratiques actuelles : des enjeux multiples

Les efforts pour lutter contre la crise énergétique et écologique touchent toutes les sociétés, quel que soit leur niveau de développement. Cependant, chaque pays tente de répondre à ces enjeux selon ses moyens et ses priorités, à l’heure où les pays dits « émergents » souhaitent arriver au même stade de développement que les pays « développés ». De nombreux projets ont vu le jour à travers le monde, du Chili à la Finlande. En Amérique latine, le défi est de maîtriser l'expansion des mégalopoles et de corriger les inégalités. Alejandro Aravena, architecte chilien, au travers de son concept « Elemental », mis en place en 2000, en donne un exemple intéressant. S'appuyant sur des avancées techniques, il a réhabilité des favelas en proposant des bâtiments extensibles. Des réalisations à moindre coût où seuls les murs, sols, toits sont réalisés, les finitions étant à la charge de l'habitant, qui peut ainsi créer sa maison telle qu’il la veut.

Approche française : de la minorité au mouvement de fond

Depuis une dizaine d'années, chaque nouvelle étude ou réalisation est pensée en prenant en compte la dimension environnementale. Chez les précurseurs, on trouve entre autres le GEA (groupement d'études architecturales) qui a réalisé des maisons de vacances dans le sud de la Corse, à Ciapili. Les bâtiments en bois se fondent complètement dans l'environnement. Douze projets d'habitat éco-responsables illustrent les pratiques actuelles qui sont autant de manières différentes de « faire l'architecture » dans une demande conciliant recherche formelle et respect de l'environnement. Jean-Luc Peirolo et Jean-Claude Legrand dont le bois est le matériau de prédilection ont ainsi réalisé quatre maisons de ville bioclimatiques à Saint-Cloud (2007). Graam Architectes et leurs programmes de logements à Montreuil s/ bois (2006/2007)  ou le travail de Dakob et MacFarlane et leurs 100 logements sociaux bioclimatiques dans 19ème arrondissement de Paris (2008) sont autant d'illustrations de ces pratiques. 

Pistes de recherche pour une note positive et encourageante

La Cité a lancé des appels à projets dont les résultats sont exposés, et tracent autant de voies vers une architecture plus durable. Sont aussi rappelés les résultats du concours européen Gaudi 2007. Enfin, l'espace « passage à l'acte » présente des réalisations de logements et d'équipements qui témoignent de la dynamique écologique dans la conception des villes. Les différentes démarches rendent compte des impulsions prometteuses en cours. Pour n'en citer que quelques uns : Lipa et Serge Goldstein et leur école élémentaire à Limeil-Brévannes (94), BNR avec leur 20 logements Rue des Orteaux dans le 20e à Paris ou encore Projectiles, avec un projet de logements sociaux basse consommation prévus à Paris pour 2010.

Infos pratiques

  • Cité de l'architecture  & du patrimoine-Palais de Chaillot
  • 1 place du Trocadéro-75116 Paris (M°Trocadéro)
  • Ouverture tous les jours de 11h à 19 h - Nocturne le jeudi jusqu'à 21 heures - Fermeture le mardi
  • Plein tarif: 8 euros- Tarif réduit:  5 euros Plus d'infos : citechaillot.fr
2009-07-01
Écrit par
midi:onze