La ville à l’heure du changement.
Stock : une exposition sur l'architecture de la survie et de la transmission

Organisée par le Pavillon de l'Arsenal hors les murs, l'exposition Stock investit La Poste Rodier à Paris jusqu'au 28 juin. En cours de reconversion, cet ancien centre de tri postal vacant est le lieu idéal pour accueillir cette proposition dédiée aux espaces de stockage.

Conçue par Paul Landauer, architecte, enseignant et commissaire de l'exposition, Stock part d'un paradoxe : nos sociétés n'ont jamais autant stocké, des données ou des marchandises, et pourtant l'architecture du stock a disparu du champ de la réflexion urbaine. L'objectif de ce temps fort : lui redonner une place et susciter l'intérêt des acteurs de la fabrique urbaine pour mieux faire face, dans un monde instable, aux risques d’approvisionnements à venir.

Le stockage : un angle mort des villes

La première partie dresse un état des lieux des espaces de stockage actuels, en croissance exponentielle. Cartes et chiffres clés révèlent l'empreinte invisible du stock sur les zones urbaines et périurbaines : data centers, entrepôts logistiques, sites de self-stockage... Une installation vidéo dévoile l'envers de ces espaces froids et hermétiques, vides de toute présence humaine, relégués aux marges des villes. "Ces nouveaux lieux du stock sont caractérisés par une architecture banale, standardisée, voire sans architecture", explique Paul Landauer. "Le stock est devenu un véritable angle mort des villes, alors qu'il est historiquement un champ noble et central d'organisation des sociétés, riche d'une histoire millénaire depuis le Néolithique."

L'art des greniers à travers les siècles

C’est ensuite l'histoire de ces architectures du stock qui est donnée à voir : greniers, citernes, dépôts, lieux de protection ou de sociabilité, parfois sacrés, souvent bioclimatiques. Un voyage à travers les siècles et les continents, de l'Indonésie au nord de la Suède, mais aussi à Paris, des Magasins Généraux de Pantin aux silos à ciment du 13e arrondissement, du Château d'eau de Saclay signé Auguste Perret à la Bibliothèque nationale de France de Dominique Perrault. Pour rendre compte de cette diversité, 18 types d'architectures historiques ont été maquettés à l'échelle 1/50e. L’ensemble est enrichi de plans, photos et archives.

Pourquoi les architectes se sont-ils détournés de ces programmes ? Paul Landauer identifie deux raisons principales : 

  • des impératifs économiques de flux tendu qui visent à éliminer le stock
  • des raisons esthétiques : les formes architecturales modernes valorisent la transparence et la lumière, quand ces lieux sont fermés, clos et opaques.

Repenser le stock en ville aujourd'hui

L’exposition offre en épilogue une mise en lumière des projets contemporains qui replacent le stock au cœur des enjeux urbains. Des architectes se réapproprient le sujet, en questionnant le réemploi, l'habitat social ou la logistique urbaine. Parmi eux, le projet Les Amarres (Encore Heureux Architectes), hôtel logistique et social mêlant accueil de personnes réfugiées et activités logistiques bas carbone. L'exposition s'intéresse également aux dispositifs de casiers sécurisés pour personnes sans domicile fixe ou en situation de migration, en faveur de ce que Paul Landauer appelle le "droit au rangement". L’exposition, nécessaire, invite ainsi à replacer ces infrastructures dans le débat public.

Infos pratiques

Stock : architectures de survie et de transmission

Une exposition organisée par le Pavillon de l'Arsenal

Jusqu'au 28 juin

La Poste Rodier, Paris 9e.

https://www.pavillon-arsenal.com/fr/expositions/13305-stock.html

2026-04-28
Malmö : une reconversion durable

Troisième ville de Suède, Malmö est sortie de la crise industrielle grâce au développement durable. Dans les écoquartiers de Bo01 à Vasträ Hamnen et Augustenborg, la ville conjugue prouesse architecturale, participation locale et respect de l'environnement...

2009-01-04
Écrit par
midi:onze
Vorarlberg : du bois dont on fait les architectes

Situé l'ouest de l’Autriche, le Vorarlberg est un modèle dans le domaine de la construction durable et passive. L'architecte Hermann Kaufmann nous explique les raisons de ce particularisme.

2009-04-07
Écrit par
midi:onze
Porosités urbaines, une piste pour le renouvellement urbain

Murs pignons, toits d’immeubles, ponts, porte-à-faux, etc. : face à la saturation du bâti, investir les porosités urbaines s'affiche désormais comme un levier pour certains architectes soucieux de renouvellement urbain.

C’est le prototype de logement « Parasite Prefab » de Lara Calder qui suggère de prendre possession des piles d’un pont, la Rucksack House de Stefan Eberstadt (Maison sac à dos), l'installation « Quartiers d'été » du collectif Cabanon Vertical, qui propose des extensions sur les façades, ou encore le projet « Ermitage » du collectif polonais "Centrala",qui vise à aménager une résidence d’artiste dans une dent creuse large de… 122 cms.

Selon l’architecte Stéphane Malka, ces espaces portent en eux une véritable identité : « Les porosités ne sont pas des non lieux mais de vrais espaces dépourvus de fonctionnalités. Il faut transcender l'âme du lieu en leur trouvant un nouvel usage ». Ses études sur les porosités urbaines vont de la galerie Bunker (2009) qu'il greffe sous la station du métro Barbès à des échafaudages en guise de jardins (Bio-Box, 2006) ou au projet manifeste « Auto-Défense (2009) », qui propose d'installer des modules d'habitations dans l'Arche dans un esprit de « guérilla architecturale ».

"Les porosités ne sont pas des non lieux mais de vrais espaces dépourvus de fonctionnalités. Il faut transcender l'âme du lieu en leur trouvant un nouvel usage." Stéphane Malka, architecte

Des racines utopistes et artistiques

Investir ces lieux « alternatifs » n'est pas une excentricité de l'architecture contemporaine. Déjà en 1965, quelques architectes soulignaient le danger de l'explosion démographique et imaginaient un volet de solutions, dont la plupart sont restées au stade de l'utopie. Parmi eux, Yona Friedman, membre du GIPA (Groupe international d'architecture prospective) : construite en suspension à partir de modules attachés à une ossature surélevée de plusieurs mètres, sa Ville Spatiale propose rien moins que de superposer une ville à la ville. A la même époque, les utopistes d’Archigram ont également alimenté la réflexion sur la densité urbaine avec le projet « Instant City », qui mettait en avant l'idée d'une ville nomade et aérienne dans laquelle des structures gonflages créent une architecture de l'instantané. Favoriser la prothèse plutôt que la transformation radicale a aussi nourri l'architecte prospectif jean-Louis Chanéac qui a imaginé des cellules parasites à poser sur les façades des grands ensembles pour agrandir les appartements, reflet de ses convictions sur la modularité et l'accès à l'habitat pour le plus grand nombre.

"Le fait de reconstruire sur la ville déjà existante tempère les prix et permet surtout d'augmenter l'offre." Stéphane Malka

Le monde de l'Art n'est pas en reste. L'artiste japonais Tadashi Kawamata, dont les cabanes réalisées à partir de matériaux de récupération ont orné la façade du Centre Pompidou en 2010, s'intéresse à ces zones intermédiaires qui subsistent dans l’espace urbain. C’est aussi le cas d’Alain Bublex : reprenant les idées d'Archigram, le plasticien français imagine « Plug-in City », soit des unités mobiles d'habitations à poser sur des structures déjà existantes.

Créer des surprises architecturales

Pour Stéphane Malka, les délaissés urbains comportent de nombreux avantages. Premier d’entre eux : contourner un prix du foncier particulièrement élevé dans les grandes métropoles. « Le fait de reconstruire sur la ville déjà existante tempère les prix et permet surtout d'augmenter l'offre. De plus, cela permet de créer des surprises et génère de la spontanéité », estime l’architecte, ajoutant que « cela permet de faire des économies liées aux destructions et au recyclage des déchets de chantier ». Pourtant, un tel positionnement se heurte encore aux réticences de ceux qui veulent préserver le patrimoine en l'état. «  Les seules limites aujourd'hui sont les règlementations, qui restent rigides. C’est le cas de mon projet « Bio-Box » (installer des terrasses en façades) qui n’a pas reçu aujourd'hui d’ autorisation, alors qu’il permettrait au Parisiens de disposer d'une terrasse pour quelques centaines d'euros » .

2011-09-01
Écrit par
Pierre Monsegur
Un logement social parisien : l'Astrolabe

Nicolas Ziesel, de KOZ architectes, nous présente l'une des réalisations phares de son agence : l'Astrolarbre. Soit un ensemble de 12 logements sociaux parisiens en bois dont l'originalité tient aussi bien à la qualité environnementale du bâti qu'aux solutions imaginées pour permettre aux habitants de mieux vivre ensemble...

2010-06-29
Écrit par
midi:onze
Produire en milieu urbain : la tour vivante de SOA

Créé en 2005 par le cabinet d'architecture SOA, le concept de la Tour vivante propose de produire des denrées agricoles en milieu urbain. Une solution possible aux problèmes d'approvisionnement posés par l'explosion urbaine...

2011-01-04
Écrit par
midi:onze
Reconquérir les rues avec Nicolas Soulier - Chapitre 1

Nicolas Soulier est l'auteur aux éditions ULMER de Reconquérir les rues, ouvrage indispensable pour refertiliser les espaces publics. Troisième et dernier volet de notre entretien vidéo avec l'urbaniste.

Pour en savoir plus :

Nicolas Soulier, Reconquérir les rues. Exemples à travers le monde, éditions ULMER, 2012, 288 pages.

2012-12-05
Le gaspillage alimentaire, enjeu économique et moral

Effet rebond d’une société de l’hyperconsommation, le gaspillage alimentaire est devenu un sujet d’études depuis quelques années et arrive progressivement dans le débat public. A l’occasion de la 4ème édition de la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets (SERD du 17 au 25 novembre), midi : onze s’intéresse à la question.

Véritable enjeu économique, écologique, social mais aussi éthique, le gaspillage alimentaire n’a pas aujourd’hui de définition officielle et peut englober des approches assez variables en fonction des organismes. Le plus généralement, les « pertes et gaspillages alimentaires » renvoient à la quantité de nourriture qui aurait pu être mangée par l’homme et qui est finalement jetée. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, le gaspillage alimentaire représente un coût de 400 euros pour une famille de quatre personnes et un volume annuel, par habitant, de 20 à 30 kg de nourriture jetée. La FAO (Food and agriculture organisation) donne aussi quelques chiffres : selon elle, un tiers de la production alimentaire mondiale est perdu ou jeté, soit l’équivalent de 1, 3 milliards de tonnes chaque année, alors même qu’un milliard de personnes sont considérées comme mal nourries au niveau mondial.

Selon la FAO, un tiers de la production alimentaire mondiale est perdu ou jeté, soit l’équivalent de 1, 3 milliards de tonnes chaque année, alors même qu’un milliard de personnes sont considérées comme mal nourries au niveau mondial.

Du gaspillage à tous les niveaux de la chaîne alimentaire

« La France ne fait pas figure d’exception : ses commerces alimentaires regorgent de 180 % de la quantité de nourriture dont sa population a vraiment besoin. On pourrait économiser 33% des aliments produits dans le monde, soit assez pour répondre aux besoins nutritionnels de 3 milliards d’humains supplémentaires », annonce Tristran Stuart, leader d’opinion anglais engagé dans le gaspillage alimentaire et qui signe la préface du livre de Bruno Lhoste La grande (sur-)bouffe. Pour en finir avec le gaspillage alimentaire, publié en 2012 aux éditions Rue de l’Echiquier. Dans son livre, l’auteur met en avant les pertes et gaspillages qui se déroulent à tous les stades de la chaine alimentaire : production, transport, stockage, transformation, distribution et consommation. « Le rôle de la grande distribution se déroule en amont et aval : elle a un impact très fort en tant qu’acheteur (en reportant les surplux sur les fournisseurs) et en tant que prescripteur à travers la publicité et les offres promotionnelles qui permettent de liquider les surstocks… sans parler des critères esthétiques pour les fruits et les légumes qui éliminent une grande partie de la production », explique Bruno Lhoste. Et la suppression en 2009 de normes européennes pour mettre fin au calibrage des fruits et des légumes n’a pas vraiment changé la donne.

Un cadre institutionnel qui se met en place

Chapeautée par l’ADEME, la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets (SERD) organise cette année 2 888 actions partout en France. L’ambition affichée de cet événement est de sensibiliser le plus grand nombre à « la nécessité de réduire la quantité de déchets produite en France et de donner des clés pour agir au quotidien ». Au programme : collectes, animations, mises à disposition de bac à compost, stands d’informations et de documentations au niveau des collectivités, entreprises, écoles…L’Europe commence également à s’impliquer. Le Parlement européen a adopté une résolution le 19 janvier 2012 afin de réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025 et 2014 sera « l’Année Européenne de la lutte contre le gaspillage alimentaire. »

"Le rôle de la grande distribution se déroule en amont et aval : elle a un impact très fort en tant qu’acheteur (en reportant les surplux sur les fournisseurs) et en tant que prescripteur à travers la publicité et les offres promotionnelles qui permettent de liquider les surstocks… sans parler des critères esthétiques pour les fruits et les légumes qui éliminent une grande partie de la production." Bruno Hhoste, auteur de La grande (sur-)bouffe (éditions Rue de l'échiquier)

En France, le Grenelle de l’Environnement a abouti à une mesure réglementaire en vigueur depuis le 1er janvier 2012 (l'article 204 de la loi Grenelle II). Désormais les "gros producteurs" (Industries agro-alimentaires, commerce et grande distribution, restauration, marchés,…) de biodéchets sont tenus de les faire traiter en vue de permettre la valorisation de la matière de manière à limiter les émissions de gaz à effet de serre et à favoriser le retour au sol.Pour participer à l’objectif de réduire de moitié le volume des déchets alimentaires d’ici à 2025, le ministère de l'Agriculture a relancé le sujet à travers « un pacte national contre le gaspillage » d'ici à juin 2013. En pratique, le programme annoncé se traduit par deux mesures principales : collecter les invendus au profit des plus démunis en généralisant aux 22 marchés d’intérêt national (Min) d’ici 2013 les premiers accords avec des associations caritatives et lancer cinq opérations pilotes en janvier (dans des collèges en Dordogne et un restaurant d’entreprises en Mayenne) pour réduire la part des déchets dans la restauration collective. Le ministre dédié à l’agroalimentaire Guillaume Garot souhaite également favoriser la vente à l’unité dans les rayons de la grande distribution. « Il s’agit pour le moment d’un effet d’annonce, on attend le plan. L’heure n’est plus à l’expérimentation et à quelques sites pilotes. L’enjeu est tel qu’il nécessite un véritable changement d’échelle. Il manque une politique territoriale alimentaire en France », estime pour sa part l’auteur de La grande (sur)bouffe.Reste que le gâchis alimentaire ne pourra jamais être réduit à zéro. Tristran Stuart estime qu’il est acceptable de prévoir 130% de surplus dans la production pour éviter les impondérables (mauvaises récoltes, problèmes d’approvisionnements). De plus, une part inévitable de déchets est produite, de l’ordre de 50% selon une étude réalisée par la FNE : il s’agit ici des déchets non comestibles comme les carcasses ou les coquilles… Toutefois, un potentiel de réduction existe. Il passe notamment par ces trois leviers : un objectif central de « réduction » des déchets, de «réutilisation » notamment à travers des banques alimentaires et de « recyclage » avec entre autres l’alimentation animale, le compost, la méthanisation (méthode qui permet également de produire du gaz) pour tout ce qui ne peut pas être consommé…

" Il y a eu une perte du fil de l’origine de la nourriture. On a oublié que ce n’était pas n’importe quel produit manufacturé, et ce, surtout en milieu urbain." Bruno Lhoste

Le gaspillage alimentaire, un phénomène culturel

A travers les 6 R (Réduire, redistribuer, recycler mais aussi reconnaître, reconnecter et Réapprendre), Bruno Lhoste propose une lecture plus large du problème et dégage une explication davantage culturelle : « Il y a eu une perte du fil de l’origine de la nourriture. On a oublié que ce n’était pas n’importe quel produit manufacturé, et ce, surtout en milieu urbain. De plus, il n’y a plus le savoir-faire traditionnel que l’on apprenait auparavant dans la famille ou le milieu scolaire de la cuisine des restes. Il y a une composante culturelle énorme dans le gaspillage alimentaire ». Les Amap, l’engouement croissant pour les circuits courts qui mettent directement en lien le producteur et le consommateur (comme la Ruche qui dit Oui !) ouvrent la voie vers une relocalisation de l’économie et offrent la possibilité de reprendre contact avec un système de production alimentaire plus « durable » et moins standardisé. En toile de fond se dessine une problématique plus globale à l’échelle du territoire : Alors même que 75% de la population mondiale vivra en ville en 2050, la question de l’autonomie alimentaire et de l’approvisionnement des denrées devient cruciale et devrait inciter les différents acteurs à donner à la question alimentaire une dimension plus humaine.

2012-11-20