
La neuroarchitecture : intégrer les neurosciences pour des lieux plus inclusifs
“Complètement par hasard”. Quand Hajet Atti, architecte et doctorante à l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod (ISC-MJ) découvre le terme de neuroarchitecture en 2011, c’est de manière fortuite alors qu’elle est en pleine recherche de son sujet de fin d’études pour le diplôme d'architecte. “Je me suis intéressée à l'autisme et les différentes approches architecturales qui s'y appliquent, explique-t-elle. Il y avait beaucoup de contradictions et je ne trouvais pas la bonne approche à adopter, le bon cadre de réflexion pour répondre aux problématiques soulevées par la notion de spectre autistique. En creusant un peu plus, je suis tombée sur un nouveau courant, la neuroarchitecture qui m’a passionnée car il s’agit d’intégrer les connaissances en neurosciences dans la conception de bâtiments pour rendre les espaces plus inclusifs.”
Après quelques années à exercer en tant qu’architecte, Hajer Atti reprend la recherche et se lance dans une thèse. Objectif : comprendre comment la neuroarchitecture peut proposer des solutions adaptées aux personnes atteintes de trouble autistique.“L'architecture impacte le quotidien des personnes autistes à 90% voire 95% en termes de mal-être”, précise l’architecte. Les recherches dans cette discipline adoptent une méthodologie qui prend en référence des personnes dites neurotypiques pour démontrer les impacts du bâti sur les émotions et les comportements. Les résultats de ses recherches viennent confirmer des études sur l’importance de la lumière naturelle et de la nature.“La hauteur sous-plafond, l’acoustique et l’éclairage naturel, direct ou indirect déjà très étudié en neurosciences sont à prendre en compte ou encore la présence de la nature qui a fait ses preuves et dont les études révèlent qu’elle peut réduire le temps de convalescence dans les hôpitaux et les cliniques, et améliorer l'état de santé de personnes bipolaires par exemple.”
“La hauteur sous-plafond, l’acoustique et l’éclairage naturel, direct ou indirect déjà très étudié en neurosciences sont à prendre en compte ou encore la présence de la nature qui a fait ses preuves et dont les études révèlent qu’elle peut réduire le temps de convalescence dans les hôpitaux et les cliniques, et améliorer l'état de santé de personnes bipolaires par exemple.” Hajer Atti
La discipline voit officiellement le jour au début du XXIe siècle. En juin 2003, une conférence inaugurale sur l’architecture et les neurosciences a acté la reconnaissance officielle de l’Académie de Neurosciences pour l’Architecture (ANFA). Créée pour explorer les relations entre la recherche en neuroscience et la pratique architecturale, elle regroupe aujourd'hui près de 400 membres venus de différents pays dans le monde. L’architecte américain John P. Eberhard, président-fondateur de l’ANFA, soulignait dans un article datant de 2009* que “nous passons plus de 90 % de notre temps dans des édifices. Il serait donc judicieux de faire un effort particulier pour inciter doctorants et post-doctorants en neuroscience à entreprendre des recherches en lien avec les hypothèses dégagées par les études que l’ANFA a menées sur les expériences architecturales.” A l’origine de ce mouvement, le médecin Jonas Salk. Dans les années 1950, il travaille à mettre au point un vaccin contre la poliomyélite mais ses recherches n’avancent pas. Il décide alors de partir en voyage en Italie. Selon lui, c’est la visite du monastère d’Assise qui lui aurait permis de trouver la solution. Convaincu dès lors de l’impact de l'architecture sur notre cerveau, le médecin, avec l’architecte Louis Kahn, ambitionne de reproduire à grande échelle l’expérience avec la construction d’un bâtiment à San Diego, en Californie. Il fonde l'Institut Salk pour les études biologiques à l’architecture brutaliste.
Prendre en compte la variabilité du spectre autistique nécessite de privilégier des espaces modulables qui peuvent s'adapter à des émotions très différentes, voire opposées. “La solution architecturale pour les personnes hypersensibles, dérangées par le bruit et la lumière sera de réduire au maximum les nuisances sonores ou lumineuses”, explique Hajer Atti. “Toutefois, si on enlève ces éléments pour les personnes hyposensibles qui ont besoin de stimulations, les études montrent que les conséquences et les réactions sont les mêmes, c'est-à-dire des crises, de l'automutilation, des cris, etc.”
“La solution architecturale pour les personnes hypersensibles, dérangées par le bruit et la lumière sera de réduire au maximum les nuisances sonores ou lumineuses”, explique Hajer Atti. “Toutefois, si on enlève ces éléments pour les personnes hyposensibles qui ont besoin de stimulations, les études montrent que les conséquences et les réactions sont les mêmes, c'est-à-dire des crises, de l'automutilation, des cris, etc.” Hajer Atti
Cette approche entre en résonance avec le projet réalisé au sein de l'hôpital du Vinatier à Lyon. La question d' adaptabilité du bâti y a été intégrée de façon à répondre aux forts contrastes entre les besoins des résidents. Inaugurée en novembre 2024, cette unité dédiée à des patients souffrant de troubles cognitifs se veut expérimentale. Elle a été pensée par l’architecte Lionel Thabaret dont l’agence est spécialisée dans des projets dans le domaine de la santé, le médico-social, la détente et le bien-être, pour éviter de stimuler les sens de patients atteints de troubles autistiques sévères. “ Nous avions carte blanche pour ce projet. Nous sommes partis du postulat que nous n’avons aucune connaissance de la perception de la troisième dimension des personnes ayant des troubles cognitifs, énonce l’architecte à la tête de l’agence Cent 7. On s’est inspiré de nos réalisations dans le domaine du bien-être pour proposer une architecture dont l’ambition est d’apaiser et de s’adapter. Notre réponse a constitué en un bâtiment composé d’espaces de vie avec des alcôves variées, conçues pour proposer des lieux d’isolement tout en permettant de rester connecté aux autres. Certaines alcôves intègrent des jeux de lumière personnalisables, un ciel étoilé, ou des dispositifs inspirés des besoins sensoriels des personnes autistes. Les chambres proposent de grandes fenêtres basses adaptées aux personnes vivant souvent près du sol et ouvertes sur l'extérieur et le jardin privatif pour rester connecté à la nature ”.

Le site étant très végétalisé, l’équipe a choisi de préserver les arbres existants pour maintenir la continuité paysagère et renforcer le lien entre les résidents et le parc public. “Pour fluidifier le lien avec l’extérieur et éviter les ruptures visuelles, nous avons opté pour une façade d’entrée vitrée et une clôture transparente, indique Lionel Thabaret. Pour accueillir les familles des résidents dans les meilleures conditions, un auvent monumental à l’entrée fait figure de refuge convivial. Sans se revendiquer de la neuroarchitecture, Lionel Thabaret parle davantage “d'une architecture sensorielle”. Pour réaliser ce projet, il a travaillé conjointement avec les équipes soignantes qui ont pu apporter leurs connaissances. Il a aussi recueilli l’avis de personnes autistes.
Mouvement architectural peu connu, la neuroarchitecture pourrait apporter des solutions pertinentes pour offrir des espaces de vie plus inclusifs pour d’autres typologies de publics. Pour la chercheuse Hajer Atti, les perspectives de cette discipline sont très prometteuses : “ De nombreuses études en neurosciences ont montré les effets du bâti sur différentes populations comme les personnes âgées ou ayant des problèmes de santé ; toutefois c’est une discipline qui n’est pas apprise en écoles d’architecture, dotée d’un langage peu accessible, mais dont les impacts me paraissent considérables”. Quant à l’agence Cent 7, à laquelle le projet du Vinatier a apporté une forte visibilité et attiré des visiteurs du monde entier, elle se penche actuellement sur une unité fermée dans un Ehpad pour des personnes atteintes de troubles cognitifs. Son ambition : proposer un habitat où l’on se sent chez soi, sans soin médicalisé mais qui répond aux besoins de personnes désorientées. Et Lionel Thabaret de confirmer : “Les défis sont énormes ! La prochaine étape serait de créer des espaces pour permettre à des personnes ayant des troubles cognitifs d’assister à un match sportif ou à un concert”.

« Applying Neuroscience to Architecture » (Juin 2009), un article (en anglais) de John P. Eberhard, président-fondateur.
"Comment soulager les personnes touchées par l'autisme grâce à la neuro-architecture" (mai 2025), un article d’Hajer Atti.
L’homme s’est fait une place de choix dans le milieu de l’architecture durable jusqu’à se faire appeler le « géant vert ». Une caricature dont Edouard François essaye de s’affranchir en se concentrant sur ce qu’il envisage comme le cœur de son métier : l’inscription dans le contexte architectural, l’humain et les usages. Rencontre.
Qu’il travaille sur une tour dans le quartier Massena, un lotissement de logements sociaux dans le 20e arrondissement de Paris ou sur la façade de l’hôtel Fouquet’s Barrière sur les Champs Elysées, le travail d’Edouard François part toujours du contexte et propose une architecture qui respecte les paysages, quels qu’ils soient. « Je travaille principalement sur des problématiques contextuelles, explique l’architecte. Par exemple, j’ai travaillé sur le projet Eden Bio en même temps que le Fouquet’s et on peut voir deux positions extrêmes. D’un côté, c’est une position sur une façade d’un quartier chic et d’un autre, il s’agit d’une position sur une intériorité, un cadre de vie. Faire du durable pour moi, c’est proposer un projet spécifique à un site donné. On ne peut pas coller la même tour ici et là. » Cette manière d’approcher l’architecture « durable » est un peu la marque de fabrique d’Edouard François, sa signature.
Mûrie peu à peu depuis 1998, année où il crée sa propre agence d’architecture après s’être associé à François Roche de 1990 à 1993 et à Duncan Lewis de 1994 à 1997, elle se pose en préalable à chaque projet, et constitue sa façon d’aborder l’environnement « sans le confondre avec des problématiques techniques qui n’ont pas grand intérêt, que tout le monde sait faire et que tout le monde est obligé de faire. »
Autre marotte de l’architecte : l’utilisation du végétal. En témoignent la façade végétale des Gîtes Ruraux, à Jupilles ; l’Immeuble qui pousse à Montpellier, Tower Flower ou l’immeuble aux bambous. Pourtant, à mesure que s’est généralisé l’engouement pour les murs végétaux et autres manières de « verdir » à bon compte un bâtiment, Edouard François est devenu sur ce point plus parcimonieux : « Le vert comme « nature » va devenir emblématique du développement durable et cet emblème commence à être utilisé à tort et à travers. J’ai commencé cette approche de façon contextuelle, je trouvais intéressant d’opposer à un parc une façade végétale car cela apporte du sens. Pour le Fouquet’s, on m’a demandé une façade végétale, j’ai dit non, car cela n’avait pas de raison d’être. Le végétal, c’est une réponse à des problématiques contextuelles mais aussi de densification, de saisonnalité ».
Ainsi, pour ne pas être prisonnier de son étiquette de « géant vert », l’homme qui affirme « avoir inventé le genre arbre dans l’architecture », essaie de ne pas prendre le végétal pour point de départ de son travail et de le convoquer seulement si nécessaire, comme avec le projet de tour dans le quartier Massena à Paris :
« Je reviens dans ce projet sur l’idée de végétal, positionné en hauteur, pour donner l’effet d’une touche verte comme un gros arbre ou le Mont Valérien. Cela ne déforme pas la ville ».
Construction de 18 logements sociaux HQE à Louviers en Normandie, 30 logements sociaux avec Eden Bio dans le 20e à Paris et actuellement un projet de 114 logements à Champigny sur Seine : l’architecte participe à de nombreux projets en logement social. Condition de sa participation à ce type de projet : « quand on pose une question un peu pointue sur cette question ». Et Edouard François de citer l’une de ses réalisations, en cours à Champigny : « ce projet se situe dans une zone qu’on appelle « déshéritée ». Mon ambition, c’est de réconcilier cette zone. J’aurai gagné si je réussis à en faire un centre ville». Pour ce défi, l’architecte a eu l’idée de rassembler dans un même bâtiment les trois « vocabulaires » architecturaux du site : maisons de ville, pavillons et barres.
Les projets de logements sociaux lui permettent ainsi une créativité architecturale intéressante. Pour le projet Skin Wall à Grenoble (Construction de 68 logements sociaux locatifs et en accession à la propriété financée par l’Union Européenne), il a préféré mettre l’accent sur les problématiques d’hyper isolation et environnementales pour tendre vers des bâtiments à énergie positive. Sa réponse : une enveloppe pensée comme une peau qui enrobe le bâtiment et permet d’éviter les ponts thermiques, doublée d’un travail sur la notion de « mou » et de « dur » en architecture. Pour synthétiser sa position, Edouard François explique :
« Entre deux solutions, je choisis la plus économique et celle qui a le plus d’usage, cela se fait finalement indépendamment de la beauté qui m’intéresse assez peu. ».
C'est notamment le cas des villas concept qui viennent de présenter à la presse leur vitrine, le bateau Ivre. Le point sur les forces et les faiblesses de ce projet.
Imaginée par l’architecte Jacques Patingre pour un couple avec trois enfants, le « Bateau Ivre » propose des performances énergétiques de 38 KW/h/m² an, soit moins que les exigences de la future RT 2012 (50 KW/h/m²). Construite dans le Vaucluse (84), c’est le premier bâtiment à bénéficier d’un cahier des charges “Villasconcept.com”, nouvelle marque de maison « contemporaine à hautes performances énergétiques » lancée par le constructeur Villas La Provençale. Une réalisation qui a reçu pas moins de six récompenses.
Ses principales caractéristiques ? Des panneaux solaires (en prévision) qui devraient assurer 80% de la consommation d'eau chaude sanitaire, une isolation thermique performante, un système de récupération des eaux de pluie et une volonté d'offrir de grands volumes, le tout dans une architecture contemporaine. « Il s'agit d'une alternative à la maison traditionnelle, dans les mêmes fourchettes de prix », explique Jacques Patingre, architecte du projet et directeur associé de Villasconcept.com. Le constructeur propose ainsi plusieurs gammes de maisons « allant de 150.000 à 250.000 euros pour un maximum de 2400euros du m² ». Le coût de la maison le Bateau Ivre se chiffre ainsi à environ 500.000 euros. Tout de même.
Outre son coût assez prohibitif, cette réalisation n'est pas transposable sur tout le territoire. « On construit environ 250 maisons par an dans le Sud-Est de la France et on souhaiterait que cette gamme représente de 20 à 30% de notre offre», précise Jacques Patingre. De sorte que la possibilité de dupliquer ce modèle de maisons est finalement assez faible : « Nous ne pourrions pas proposer exactement la même chose dans le Nord de la France, ajoute-t-il. C'est un modèle qui convient dans une zone climatique favorable où l'ensoleillement est important et les températures douces. »
De plus, il s'agit d'un projet de maison individuelle située dans un quartier pavillonnaire très peu équipé en transports en commun... ce qui implique forcément des déplacements en voiture et donc une mobilité à forte consommation de CO2. A l’heure où la préservation de l’environnement concourt à l’essor des maisons basse consommation, on est en droit de se demander dans quelle mesure la question de l'habitat durable ne se situe pas a minima à l'échelle du quartier ?
A l’heure où les projets d’écoquartiers et d’habitat durable se multiplient en Europe, le besoin d’architectes formés à ce type de constructions ne cesse de croître. Reste à déterminer si l’enseignement du développement durable en école d’architecture et à l’Université permet aux professionnels de s’engager dans cette voie…
En France, à partir des années 1980, de multiples programmes de recherche sont apparus avec les laboratoires spécialisés de Toulouse (Le Laboratoire d’architecture bioclimatique à Toulouse), Marseille ou encore Paris La Villette qui, dès sa création en 1969, avait donné le ton en proposant un module dédié à l’architecture bioclimatique. Malgré ces initiatives, il semblerait que le développement durable reste le parent pauvre des enseignements prodigués en école d’architecture et à l’université. Ainsi, selon l’architecte espagnol Jaime Lopez de Asiain, celles-ci « ont évolué de façon perverse au cours des dernières décennies, en donnant libre cours à des départements indépendants les uns des autres, dans le domaine des spécialisations, des départements mêmes, des matières ou encore dans les programmes de chaque professeur. »*. Autrement dit, si le développement durable est bel et bien abordé dans les écoles, il l’est de façon morcelée, sectorielle, à rebours de la transversalité que nécessite la conduite de tout projet vraiment durable.
Le pôle « Architecture Environnement et Développement Durable » (AEDD) créé en 1998 à La Villette donne un bon aperçu du problème. Comme l’expliquent le journaliste Pierre Lefèvre et l’architecte urbaniste Anne d’Orazio, « la position majoritaire des enseignants est schizophrénique : D’un côté il est jugé inutile de renforcer le pôle «Architecture Environnement Développement Durable ». Certains vont jusqu’à penser qu’il vaudrait mieux le supprimer puisque « tout le monde en fait » ; mais, par contre, la demande est unanime en faveur d’un enseignement théorique à créer dans les deux cycles de licence et de master. Paradoxalement le caractère transversal du développement durable contribue à sa marginalisation : puisque toutes les composantes de l’enseignement sont sensées devoir intégrer le développement durable, inutile de créer un département ou un pôle spécifique. »*
Jusqu’à présent, en France, on a privilégié l’approche technique de la construction durable. Ainsi, pour Jean Gautier, Directeur, Adjoint au Directeur Général des Patrimoines, chargé de l’Architecture, la double compétence en architecture et ingénierie est une bonne manière d’aborder la question : « je crois pouvoir dire que les architectes français sont bons ou excellents. Il convient, cependant, que leur formation leur donne les instruments pour exercer pleinement leur rôle de mandataires vis à vis des Bureaux d’Etudes Techniques (BET) dans les projets de construction. Pour cela j’ai souhaité renforcer l’enseignement de la construction et développer, sans perdre la spécificité de la formation d’architecte, les double cursus d’architecte- ingénieur. (École de Paris La Villette avec l’ESTPEIVP, Ecole Spéciale des Travaux Publics et École des Ingénieurs de la Ville de Paris, l’Ecole de Strasbourg avec l’INSA, etc.…). Dans certains cas, ces doubles cursus peuvent conduire à l'attribution de doubles diplômes.* »
Pour d’autres, l’enseignement du développement durable nécessite de réorganiser totalement les contenus. Dans la préface d’Enseignement de l'architecture en France : la place du développement durable dans le cursus (juin2010), rapport écrit dans le cadre du projet européen EDUCATE (voir interview), l’architecte et critique Dominique Gauzin-Müller estime que « la mise en place d'un nouveau cursus intégrant une approche éco-responsable commence par des questionnements sur certains enseignements tombés en désuétude, sur le fond comme sur la forme, et déconnectés des réalités actuelles. » Elle ajoute : « La suppression de ces cours désormais superflus dégagera du temps pour l'acquisition, entre autres, de compétences devenues indispensables sur les principes thermodynamiques, le génie climatique et énergétique, la mise en œuvre de matériaux locaux bio-sourcés (bois, terre crue, paille, etc.). Ces enseignements devront être le plus près possible de la pratique du terrain et régulièrement actualisés afin de suivre les rapides évolutions. »
Mais à trop privilégier les compétences d’ordre technique, ne perd-on pas de vue les volets social et économique du développement durable ? Pour André de Herde, qui dirige le département Architecture et Climat de l'Université catholique de Louvain au sein du projet européen EDUCATE, « il ne faut pas réduire la développement durable à la simple technique. Le volet social est primordial pour le réussite des projets ». Cette transversalité est justement au cœur du projet EDUCATE. Initié conjointement par la faculté de Nottingham, l’Architectural Association Inc. à Londres et l’université catholique de Louvain, ce programme expérimental a pour ambition de combler les lacunes dans l’enseignement du développement durable, et propose une démarche et des contenus plus adaptés à ces nouveaux enjeux. Au menu : analyse du contexte, prise en compte de problématiques encore peu explorées, telles que la gestion de l’eau ou la mobilité mais aussi la qualité de l'air, la qualité de vie, le confort... S’il se généralise après 2012, comme le prévoient certains, EDUCATE devrait donner le ton de l'enseignement de l'architecture de demain.
* Source : Le Carré Bleu, feuille internationale d'architecture, « La formation à l'architecture durable ». ( 3 / 4, 2010). www.lecarrebleu.eu
L’objectif principal de ce projet fondée par l’Agence de l'Énergie pour la compétitivité et l’innovation (EACI) de la Commission Européenne est de débloquer les barrières pédagogiques à l'intégration des principes du développement durable dans l'architecture. André de Herde du département Architecture et Climat de l'Université catholique de Louvain qui participe au programme répond à nos questions.
Ce projet est apparu à l'initiative de la faculté de Nottingham, de la Association Architectural School de Londres et de la Faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme de l'Université catholique de Louvain. D'autres ont ensuite rejoint le programme : Université de Munich, le département ITACA de l'Université de Rome La Sapienza, le Séminaire Architecture et Environnement de Séville et l'Université de Technologie et d'Économie de Budapest. Ce projet tente de répondre au constat posé : le manque flagrant de l'enseignement du développement durable dans les écoles d'architecture européennes. Après la phase d'analyse, des contenus ont été suggérés pour améliorer l'enseignement et sont actuellement testés dans les écoles citées précédemment. On a audité de nombreuses écoles dont près de 35 en France. Le programme s'échelonne jusqu'en 2012 où il devrait ensuite être généralisé.
Fournir de la matière pour développer le développement durable et proposer du contenu pour tout ce qui manque. Un exemple : la problématique de l'eau avec la question de la récupération de l'eau de pluie et l'infiltration de l'eau de pluie dans le terrain.
Le constat est globalement le même : le niveau est faible avec une sensibilisation plus grande de la part des pays scandinaves.
La première phase consiste à analyser le quartier et d'en comprendre les besoins. L'important quand on intervient sur un terrain, c'est d'apporter quelque chose en plus (crèche, bureau, école primaire). Ensuite, la localisation est importante, il faut se poser la question du lieu où l'on construit et de l'accessibilité aux transports en commun pour permettre un accès au centre ville, lieu de culture et de l'administration. Ces aspects doivent être préliminaires à la réflexion sur le bâtiment en soi.
Oui , le projet est meilleur quand autour de celui-ci existe un large consensus mais un problème réside dans le fait que certains acteurs n'aient pas de responsabilités contrairement aux collectivités locales par exemple. Il est important de bien identifier l'intérêt public et l'intérêt privé. C'est la difficulté de la démarche participative dans ce type de projets.
Mais une fois acquis sa ferme et son (coûteux) matériel agricole, Marcin Jakubowski a vite déchanté : saigné à blanc par l’achat d’un tracteur, il a découvert non seulement l’endettement, mais la piètre qualité des machines vendues sur le marché à un public captif. Alors, quand son tracteur est tombé en panne pour la énième fois, plutôt que d’emprunter toujours plus et de grever davantage encore la rentabilité de son exploitation, cet Américain trentenaire a misé sur le système-D : il a construit en 6 jours, et pour un budget plus que raisonnable, son propre tracteur.
Et parce qu’il était fier d’avoir accompli une telle prouesse, il a souhaité la partager, et mis en ligne des tutoriaux permettant à tout un chacun de faire aussi bien que lui. Puis, il y a deux ans, Marcin Jakubowski a fondé Open Source ecology, réseau de fermiers, d’ingénieurs et de bricoleurs, plus une plateforme dédiée à la fabrication de machines agricoles low-cost et open source : le Global village construction set. Depuis, le réseau planche sur 40 prototypes (trayeuses, bulldozers, fours à pain…), et a déjà publié les schémas de fabrication et devis estimatifs de 8 d’entre eux. Selon les membres du collectif, construire une machine agricole open source est à peu près aussi simple que d’assembler des legos, et coûte 8 fois moins cher que du matériel classique...
Marcin Jakubowski illustre bien les perspectives ouvertes à la société par le DIY (do-it-yourself). De fait, il se pourrait qu’une révolution industrielle soit en cours. Conduite par une poignée de bidouilleurs, elle est née dans le sillage d’Internet et du numérique. Sous le nom un peu compliqué d’open source hardware), elle mise sur l’innovation, l’intelligence collective, la collaboration et la diffusion libre via le web de chaque avancée technique. Dans leurs hacklabs, ou même leurs garages, ses zélateurs fabriquent à moindre coût des objets d’une complexité croissante : imprimantes 3D, systèmes d’arrosage « intelligents », et même voitures et avions. Leur modus operandi (ouvert, collaboratif) pourrait bien changer notre relation aux technologies, mais aussi nos usages des objets qui nous environnent. Jusqu’à présent, la technologie dressait dans l’esprit du tout venant l’image d’une firme industrielle déclinant en série sur des chaînes de montage des objets bardés de brevets. L’open source hardware propose de faire voler en éclat cette image : contre la spécialisation et l’obsolescence programmée des artefacts industriels, il imagine des objets aux coûts de fabrication allégés, à la diffusion la plus large possible, et que chacun peut fabriquer soi-même.
Cette « révolution DIY » (Do-it-yourself), au fond, n’est que le dernier volet d’une vieille bataille : celle qui n’en finit pas de se jouer entre industriels et tenants du « libre ». Dans les années 1980 et 1990, la ligne de front se situait autour du software (ie : le programme informatique). Pour schématiser, on avait d’un côté Microsoft, de l’autre les partisans du logiciel libre et de Linux. Quand les premiers fondaient leur empire sur la propriété intellectuelle et le copyright, les seconds n’ont cessé de défendre les 4 libertés de l’utilisateur de programmes (1. la liberté d'exécuter le programme 2. la liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter 3. la liberté de redistribuer des copies du programme 4. la liberté d'améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté). On connaît l’issue de la bataille : Richard Stallman est peut-être le gourou des geeks, mais Bill Gates est milliardaire. Pour autant, dire que le logiciel propriétaire a gagné la guerre serait un peu simplificateur. La culture du libre a semé dans les esprits une graine qui n’en finit pas de germer : le développement des wikis et des Creative commons, le succès de Firefox, l’âpre bataille menée autour du téléchargement sont ses rejetons les plus fameux.Surtout, depuis une petite dizaine d’années, la ligne de front s’est déplacée du software vers le hardware – le matériel, l’objet technologique. L’enjeu est aussi simple que lourd de conséquences : il s’agit rien moins que de s’approprier les moyens de production. Encore faut-il que l’open source hardware déborde le cadre étroit des initiés. C’est tout l’enjeu de cette petite révolution...
Logements collectifs labellisés H&E en Bretagne, aménagement de quartiers durables à Casablanca au Maroc, l'atelier philippemadec a réalisé de nombreux chantiers et reçu de nombreuses récompenses (dont la mention du Grand prix de l'Environnement pour le Centre de Loisirs Rouget-de-Lisle en 2000 et une nomination au Mies van der Rohe Award, pour la Maison de l'Environnement du Parc en 2009.) En mars dernier, Philippe Madec donnait une conférence sur la ville durable au Pavillon de l'Arsenal. À la suite de cette rencontre, midi:onze a voulu en savoir plus sur son approche de la ville de demain. Au programme : éco-région, agriculture urbaine, immobilité et culture.
L’éco-région est l’échelle pertinente pour aborder les enjeux de l’équité territoriale, c’est-à-dire pour commencer à se départir du territoire reçu en héritage, ce territoire des modernes qui est celui du zoning et de la séparation maximale, de la ségrégation. Il leur a suffi de moins d’un siècle pour distendre le territoire et tous les liens qu’il autorise. En accédant à l’éco-région, non pas selon une logique d’emboîtement des échelles (du bâtiment de qualité environnementale par l’éco-quartier, vers l’éco-cité puis l’éco-région) mais par la recherche des valeurs qui les traversent (écologie, déplacement, équité, bio-diversité, énergie, solidarité, etc.), on pense l’habitat non pas comme un objet en soi avec ses territoires propres, mais comme une partie d’un ensemble vivant, d’un métabolisme complexe qui prend en compte l’urbain, le rurbain et le rural.
La difficulté principale liée à cette échelle de projet tient à l’inadéquation de la gouvernance territoriale actuelle avec les logiques transcalaires induites par ces valeurs transversales. Les PLU (Plan Local d’Urbanisme) intercommunaux, les Inter-SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) sont des avancées, mais faut-il encore qu’ils soient relayés par des volontés locales sans lesquelles rien ne se réalise. En ce qui concerne le logement, les élus de communes décisives sur un territoire entendent mal ou sont souvent sourds à l’idée d’une politique de l’habitat élargie aux communes dans leurs aires d’influence. Il existe pourtant des PLH (Plan Local de l’Habitat) de grande qualité à l’échelle d’aire métropolitaine, comme à Rennes par exemple.
On assiste à un engouement au premier degré pour l’agriculture urbaine ou la nature en ville, parfois même confondues, ce qui est un comble. Je laisse le sujet de la nature en ville à une autre occasion. L’agriculture en ville ne dépend pas de la politique agricole commune, de la PAC, sauf parfois en lisière agro-urbaine quand un pâturage sert à l’entretien de terres inondables (ce que j’ai fait à Pacé [ndlr: un projet de logements collectifs]).
En ville, dans un circuit court, l’agriculture est une horticulture, de potager et de verger. Je ne parle pas de jardins familiaux, mais bien d’une production par une PME, coopérative, associative ou non, de fruits et de légumes nécessaires à l’alimentation et à la sécurité alimentaire de la ville alentour.Il ne s’agit pas d’un loisir privé, mais d’un travail pénible, pouvant servir à la réinsertion sociale, sur des terrains assez étendus, garantissant une production suffisante pour générer un revenu pertinent, dans une situation de sécurité de la production qui la met à l’abri du pillage banal (c’est ce que nous étudions pour les Mûrs à pêches à Montreuil, pour l’éco-village des Noés au Val-de-Reuil et bientôt pour l’éco-quartier de Montévrain à Marne-La-Vallée).
Il est indispensable de compléter l’actuelle doxa de la mobilité rayonnante par un propos sur l’immobilité, et d’associer la vitesse à la lenteur. Le territoire de la ségrégation dont nous avons hérité a été produit par un engouement sans doute légitime à l’époque pour la performance du déplacement et un désir d’équipement de la France. Il fallait qu’elle ait le même taux de motorisation des ménages qu’aux Etats-Unis.
Pour y parvenir dans un projet d’aménagement, il convient de concevoir à partir du logement et non pas des axes de circulation, de penser le projet d’aménagement en temps de parcours (distance-temps) et non pas seulement en longueur de parcours, de rechercher les dispositifs spatiaux qui installent de la proximité, de concevoir des aménagements ouverts à la porosité pour que le piéton et le cycliste n’aient pas à parcourir le même chemin que l’automobiliste, de ne pas occuper tous les espaces publics par les dispositifs techniques du déplacement, d’aimer les bancs, de regarder une personne âgée parcourir la ville, un enfant, etc.
Les réalisations qui illustrent cette manière d’aborder l’aménagement sont celles que j’ai pu achever ou largement engager, celles pour lesquelles j’ai eu le temps de la réalisation, c’est-à-dire le centre bourg de Plourin-Lès-Morlaix (29) de 1991 à 2004, et les quartiers Mondonin et Beausoleil à Pacé (35) en cours depuis 1998.
En tant que « figure historique cohérente»1, la culture permet, si elle est acceptée comme 4ème pilier du développement durable, de reconnaître la diversité et la spécificité de chaque situation, de faire le lien entre les trois autres piliers social, environnemental et économique, mais aussi de garantir la dimension sociale du développement durable et de permettre une bonne compréhension par tous des enjeux, des outils et des solutions du développement durable.
Les deux compères, tous les deux nés en 1977, se sont rencontrés sur les bancs de l'École d'architecture de Toulouse puis de nouveau à l'École de la Villette à Paris. Diplômés en 2002, ils ont ouvert leur agence à Paris, sans passer par la case salarié. « On s'est tout de suite constitués en collectif car on voulait faire des choses dans le réel. On a commencé par des installations artistiques éphémères car nous avions peu de moyens », raconte Julien Choppin. Deux projets fondateurs vont marquer leur identité : Herbes folles et Wagons-scènes. Le premier, une opération éphémère et sauvage réalisée en 2001 à Paris mettait en scène de fines bandes de tissu très léger accrochées aux grilles d'aération du métro, de manière à produire des « herbes urbaines ».
Le second est une étude (projet de fin de diplôme) qui ambitionne d'apporter une réponse à la pénurie d'équipements culturels à partir d'un train de cinq wagons qui métamorphose temporairement les espaces des gares de marchandises en lieux de spectacle (2005). Depuis, Encore Heureux s'est vu attribuer des récompenses, des prix, mais surtout des commandes : un musée à Suresnes, un cinéma à Auch ou encore le jardin de baignoires sur la terrasse de Petit-Bain qui a déjà été réalisé, en attendant l’arrivée prochaine du bâtiment flottant. Les 33 baignoires proviennent d’un immeuble voué à la destruction dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain et ont été gracieusement données par l’office public HLM de Romainville.
Une stratégie de réemploi qui séduit ces jeunes architectes. « Au-delà de l'idée de consommer moins de matière, la récupération et le détournement permettent une architecture narrative, plus inattendue et qu'on peut plus facilement s'approprier », estime Julien. Leur attirance pour ce type de réalisations avait amené Encore Heureux à plancher sur un projet de centre de ressources de récupération de matériaux issus des scénographies temporaires et à se rapprocher d'associations comme la Réserve des Arts. Un projet qui n'a pas vu le jour, les architectes avouant « ne pas pouvoir être opérateurs sur ce type de structures. C'est compliqué de généraliser l'incorporation de matériaux récupérés dans des projets d'architecture, notamment pour des bâtiments publics. La principale limite, c'est les contraintes normatives. »
Autre espace pour mettre en pratique leur vision de l'architecture : Ordos 100, un projet démesuré de 100 villas réalisées par 100 architectes différents dans le désert de Mongolie intérieure en Chine. « Les commissaires de ce programme, Herzog et De Meuron ont proposé notre nom et nous avons été retenus. C'est le type de projet que l'on ne peut pas refuser et en même temps cela nous pose un problème éthique. Il s'agit d'une collection de villas de luxe d'architectes réalisées à côté de la ville nouvelle d'Ordos, une sorte de représentation de la ville chinoise dans son expression la plus dure. » D'où la nécessité pour Encore Heureux de proposer (avec Studio G) une villa, le Gourbi Palace, dans une écologie low tech et artisanale, construite à partir d' « hyper murs» de forte épaisseur (1,50m) produisant une grande inertie thermique. « C'est une micro réponse, la bonne échelle devrait être au niveau de l'urbanisme et non au niveau de l'habitat ». Un projet dont la date de livraison est aujourd'hui inconnue alors même que les architectes n'ont aucune visibilité sur le chantier.
Au regard de l'hétérogénéité de leurs réalisations, le dénominateur commun d’Encore Heureux se veut « ni stylistique ni dans l'échelle des projets ou des budgets. Le liant, c'est souvent la question culturelle et le plaisir de travailler. C'est l'école de Patrick Bouchain. ». Une démarche qui les a amenés à construire pour cet été un « water kiosque » en Mongolie , un lieu financé par Action contre la faim qui combine notamment un distributeur d'eau et des douches publiques. « À part les déplacements, nous ne touchons pas d'honoraires sur ce projet car cela nous intéressait, on voulait le faire ». Pour ses 10 ans, Encore Heureux regarde en arrière et s'interroge sur le positif et le négatif et leurs « ambivalences ». Une chose est sûre, ils manifestent l'envie de conserver « cet échantillonnage de projets à plusieurs échelles, à plusieurs budgets car c'est ce qui [les] nourrit." Et Encore Heureux de conclure : « Ce qu'on ne retient pas pour les 10 ans à venir? C'est la grande question du moment ».