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La pollution de l'air intérieur, un enjeu sanitaire

Le débat sur l'habitat de demain ne peut s'envisager sans prise en compte de la pollution de l'air intérieur. En effet, alors même que nous passons 80 % de notre temps dans des espaces clos, les moisissures, l'humidité et les émanations de produits chimiques sont présentes dans l’immense majorité des bâtiments. Le point sur cet enjeu écologique et de santé publique.

 

Selon certaines études, l'air intérieur serait plus nocif que la pollution extérieure. Peintures, solvants, cloisons, revêtements des sols, produits d'entretien, de bricolage… : les émanations toxiques proviennent aussi bien des matériaux de constructions, des meubles que de toutes sortes de produits utilisés pour les entretenir. De plus en plus, la question de la pollution intérieure s'installe dans le débat public. Au banc des accusés, ont trouve d’abord les COV (composés organiques volatiles), molécules chimiques issues de la famille des pétroles qui se présentent sous toutes les formes, vapeurs ou gaz parmi lesquels le méthane, le benzène, les dioxines, reconnaissables à leur odeur de neuf sur tous types d'objets et particulièrement mauvaises pour la santé. On pointe aussi du doigt l’humidité et les moisissures, dont la présence dans un logement augmenterait de 52% le risque de développer une maladie respiratoire. Autre conséquence de la pollution intérieure sur la santé : les allergies.

Une priorité affichée du Grenelle de l'Environnement

Parmi les sources de pollution intérieure, on trouve bien sûr les matériaux de construction. C'est à ce titre que la Fédération Française des Tuiles et des Briques (FFTB) a remis un livre blanc le 17 février dernier à l’Assemblée Nationale, afin d’alerter les pouvoirs publics sur les enjeux de la qualité de l’air intérieur. Comme l'a souligné Françoise Bas, de l'UNAF (Union Nationale des Associations familiales) dans ce même rapport : « les lois Grenelle 1 et 2 ont permis de mettre en œuvre bon nombre de mesures dans une volonté affichée de rupture, mais des marges de progrès demeurent, au regard particulièrement du volet social qui reste à renforcer. La prise en compte notamment des liens entre santé-environnement et habitat a été insuffisante ».

Pour autant, la lutte contre la pollution intérieure figure dans le Grenelle de l’environnement. Le 2e Plan national santé environnement (PNSE2) 2010-2014 en a fait l’une de ses priorités. Il prévoit un ensemble de mesures destinées à mieux connaître les sources de pollution à l’intérieur des bâtiments et à les limiter. À cet effet, l’Inéris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) et le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) ont signé une convention de collaboration. Parmi les 12 mesures phares, la mise en place à partir de 2012 d’un étiquetage obligatoire des produits de construction et de décoration, la réduction de l’exposition aux substances préoccupantes dans les bâtiments accueillant des enfants, l’intervention de conseillers « habitat santé », etc. En 2011, une campagne de suivie de 20 000 enfants pour comprendre l'impact de l'environnement sur la santé et le développement devrait ainsi être lancée.

Évaluer la qualité de l'air : le nouvel enjeu

Des mesures somme tout tardives dans un contexte où « depuis les années 70, la politique d'économie d'énergie mise en œuvre a entraîné un confinement des bâtiments », selon les propos de Bertrand Delcambre , président du Centre scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) dans le livre blanc. Cette « bunkerisation » de l'habitat est toujours de mise, à en juger les projets actuels qui priorisent la réduction de la consommation énergétique et le renforcement de l'isolation. Toutefois, l'ambition de développement durable dans l'habitat se doit de dépasser les seuls critères énergétiques pour relever le défi de la santé. Autre enjeu : la mise en place d'un cadre d'évaluation pour mesurer concrètement les résultats. Comme le souligne Anne-Sophie Perrissin-Fabert, présidente de l'association HQE, «  la loi sur l'étiquetage ne dit rien du résultat. Il faut aller plus loin. Certes le Grenelle 2 prévoit d'effectuer des contrôles dans les établissements publics dès 2012 mais il faut globaliser cette démarche. C'est pourquoi nous réalisons actuellement une proposition de mesures pour les bâtiments neufs (label HQE Performance) pour cette même échéance. Deux problèmes toutefois : l'absence d'une filière d'évaluation de la qualité de l'air intérieur et le coût de cette montée en compétences. On est au tout début du processus ».

2011-04-06
Etat des lieux de la mode éthique

Derrière le terme d'éthique s’amasse pléthore de notions : commerce équitable, utilisation de coton biologique, recyclage des matières premières, fabrication éco-responsable. Une valse d'appellations qui peut brouiller le message pour les consommateurs...

Au travers de ces concepts, l'idée est de mettre à l'honneur savoir-faire traditionnel, éditions limitées et proximité avec des producteurs locaux. De plus en plus de griffes utilisent l'argument éthique, des labels apparaissent, des salons s'organisent mais ce nouveau marché réussit-il à s'imposer alors que près de 80% des vêtements sont confectionnés en Asie ? Le point sur la mode éthique.

Qu'est ce que la mode éthique ?

Dans sa boutique parisienne, Tamara Tung, créatrice de By Mutation réalise des collections de mode féminine en série limitée à partir des surplus de productions des griffes de luxe comme Agnès B ou Vuitton qu'elle récupère, dans un esprit très « Upcycling ». Aussi, elle fait confectionner ses vêtements à Paris, l'atelier de fabrication étant à quelques minutes de sa boutique. Du recyclage, une empreinte carbone quasi nulle... Sa démarche s'affiche résolument « écologique »: « Je ne voulais pas fabriquer plus en sachant qu'on peut valoriser des tissus de grande qualité destinés à être perdus. Personnellement, je n'aime pas le terme de mode éthique qui regroupe des notions assez différentes, entre l'utilisation de coton bio ou le fait de respecter les règles du commerce équitable. On s'y perd. Ma marque se positionne comme une griffe engagée, qui défend le Made in France», explique Tamara.

Alors, existe-il une définition claire de la mode éthique ? Si l'on en croit les critères mis en place pour sélectionner les créateurs lors de l'Ethical Fashion Show, premier salon international de la mode éthique, les pièces se doivent d'être produites dans des conditions respectueuses de l'homme (Respect des conditions des travailleurs conformément aux conventions de l'Organisation Internationale du Travail, ect), de minimiser l'impact environnemental des filières de fabrication et enfin de pérenniser les savoir-faire locaux. Depuis quelques années, les marques de mode éthique se multiplient : Baskets Veja, robes Les fées du Bengale ou Ekyog. Et le phénomène semble prendre de l'ampleur : l'Ehical Fashion show rassemblait 20 marques à ses débuts en 2004 pour arriver à près de 90 en 2010.  

Un secteur qui pâtit de plusieurs préjugés

Cependant, même si le nombre de créateurs mettant en place des critères sociaux et environnementaux augmente, les habitudes de consommation semblent avoir la dent dure en matière de mode. En effet, selon une étude de l'Institut Français de la Mode, seuls 28% des français déclarent avoir déjà acheté un vêtement bio ou équitable (soit 7% de plus qu'en 2007) et 37% la connaissant mais ne l'achètent pas (Source étude IFM 2009 « Mode et consommation responsable, regards des consommateurs»).

Pour Isabelle Quéhé, fondatrice du salon de la mode éthique, cela s'explique notamment par le réseau de distribution : « Même s'ils se développent, les points de vente sont encore parfois difficiles à trouver et ne sont pas toujours très “tendance”. La mode éthique pâtit encore trop de cette image “babacool” qui lui a été collée dans les années 1980. » Pourtant, de nombreux créateurs essaient d 'offrir des lignes plus en vogue à l'instar de Tamara, créatrice de By Mutation : « Je ne me reconnaissais pas dans les lignes de la mode éthique qu'on trouvait à l'époque, un peu limitée au niveau des coupes, des coloris et des imprimés ».

Autre frein : les tarifs. Pour autant, le prix d'une jupe chez Ekyog se situe dans la même fourchette que chez Sandro ou Le Comptoir des Cotonniers.

L'empreinte carbone, un coup de main pour le secteur?

L'arrivée de l’empreinte carbone des produits de grande consommation sur les étiquettes pourrait-elle modifier le comportement des consommateurs en matière de mode ? Dans le cadre du Grenelle 2, l’article 228 de la Loi indique qu’à partir du 1er juillet 2011, une expérimentation sera menée, pour une durée minimale d'une année, « afin d'informer progressivement le consommateur par tout procédé approprié du contenu en équivalent carbone des produits et de leur emballage, ainsi que de la consommation de ressources naturelles ou de l'impact sur les milieux naturels ».

Avec 18 entreprises pour le secteur textile et quelques dizaines de produits, ce geste pourrai faire figure de goutte d'eau dans l'océan. Le CLCV ( Consommation, Logement, Cadre de Vie), association de consommateurs a par ailleurs souligné «  le recul des députés qui ont repoussé au 1er juillet 20 11 le début de l’affichage du « contenu carbone » des produits de grande consommation et de leur impact sur les milieux naturels, et seulement à titre expérimental sur un nombre limité de produits. ». De plus, ne sont évoqués ici que les seuls aspects environnementaux. Comme le souligne la fondatrice de l'Ethical Fashion Show : « une fois de plus, on parle “environnement ». Le côté humain n’est pas mis en avant. Un produit peut avoir une empreinte carbone relativement basse, mais qu’en sera-t-il des conditions de travail sur la chaîne de fabrication? C’est bien sûr un aspect difficile à “étiqueter”, et pourtant, c’est tout aussi important. »

Du chemin reste donc à parcourir pour que les critères de la mode éthique deviennent les standards de la mode dans ce secteur. La mode durable est-elle une oxymore au regard du rythme des collections et des tendances qui s'enchainent?

2011-03-28
La nouvelle éthique des étiquettes

Que ce soit pour nous inciter à mieux maîtriser nos consommations d’énergie ou pour nous alerter sur les impacts environnementaux et sanitaires de ce que nous achetons, la réglementation mise de plus en plus sur l’information du public via l’étiquetage obligatoire. De l’étiquette énergie au diagnostic de performance énergétique, zoom sur un dispositif encore tâtonnant.

Comment mieux informer les consommateurs sur les impacts sanitaires et environnementaux de ce qu'ils achètent, tout en incitant les fabricants à mettre sur le marché des produits moins polluants ? Pour les pouvoirs publics, la solution à ce double défi réside dans l'étiquetage obligatoire. Inauguré avec l'étiquette énergie en 1995, le dispositif devrait s'étendre bientôt à presque tous les secteurs de l'économie... 

Coup de neuf sur l’étiquette énergie

Créée dans le but d’informer les consommateurs sur les performances énergétiques des appareils électroménagers et certaines de leurs caractéristiques (consommation d’eau, niveau sonore…), l’étiquette énergie va bientôt faire peau neuve.

A partir du 20 décembre 2011, elle sera remplacée par une version européenne – censée plus lisible dans la mesure où elle fait la part belle aux pictogrammes - et fera son apparition sur les téléviseurs, épargnés jusqu'alors.

Cette évolution est aussi destinée à rendre compte des performances énergétiques toujours plus grandes des appareils électroménagers : les classes les plus consommatrices (E, F et G) n’étant plus commercialisables, elles ont en effet cédé la place à une myriade de classes économes, de sorte que la nouvelle étiquette comportera pas moins de 4 A (de A+++ à A !). À se demander si le nouveau dispositif a été conçu pour informer le public ou pour l’inciter à la consommation…

Les aléas du diagnostic de performance énergétique (DPE)

Depuis le 1er janvier 2011, les agences immobilières en sont couvertes : le DPE est désormais obligatoire pour toute mise en vente ou location de logements. Cette estimation des consommations d’énergie d’un bien est d’autant plus déterminante dans les transactions immobilières que le montant du PTZ+ est évalué en fonction de cet indicateur.

Mais si l’enjeu du dispositif est bien de faire de la performance énergétique un argument de vente et un outil de valorisation patrimoniale, le mode d’évaluation des diagnostics soulève quelques doutes… Ainsi, une enquête de l’UFC Que choisir dénonçait en février dernier le caractère aléatoire des classifications effectuées par les diagnostiqueurs : « Sur 4 maisons visitées par 16 diagnostiqueurs : deux maisons ont été classées dans pas moins de 3 classes énergétiques différentes, une a été classée dans 2 étiquettes différentes, une seule s’étant vue attribuer la même étiquette énergétique par tous ces "professionnels". »

A défaut d’un mode de calcul plus rigoureux, le DPE risque fort de s’assimiler à une sorte de loterie… C’est pourquoi l’UFC demande l’adoption de mesures techniques pour fiabiliser les DPE et la possibilité de le rendre opposable entre l’acheteur et le vendeur. Suite à cet appel, la réaction de Nathalie Kosciusko-Morizet et Benoist Apparu ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué, la ministre de l’Ecologie et le secrétaire d’état au logement se sont engagés à organiser durant tout le mois de mars des réunions de consultation avec les fédérations de diagnostiqueurs ainsi que des acteurs concernés, afin de produire un premier bilan des travaux réalisés dès avril prochain…  

Une étiquette sur la qualité de l’air intérieur

Longtemps resté le parent pauvre de la réglementation française, la qualité de l’air intérieur s’impose peu à peu comme un enjeu sanitaire. Pour réduire à la source les émissions polluantes de COV et autres, l’article 40 de la loi Grenelle prévoyait ainsi de « soumettre les produits de construction et d’ameublement ainsi que les revêtements muraux et de sol, les peintures et vernis et l’ensemble des produits ayant pour objet ou pour effet d’émettre des substances dans l’air ambiant à un étiquetage obligatoire à partir du 1er janvier 2012. »

Encadré par un décret et un arrêté ministériel en cours de signature, ce projet d’étiquetage devrait être applicable en janvier 2012 pour tout nouveau produit, avant d’être généralisé un an plus tard à l’ensemble des produits de construction et de revêtement, mais aussi des peintures et vernis disponibles sur le marché.

S’il s’agit là aussi d’inciter les industriels à de meilleures pratiques, on peut s’interroger sur la classification retenue – de A+ (pour les produits peu émissifs) à C (fortes émissions). Le consommateur, habitué à considérer C comme une valeur moyenne, saura-t-il interpréter les informations données sur l’étiquette ? A suivre...  

Demain, vers une étiquette alimentaire ?

En réponse à une exigence de traçabilité toujours plus grande, l’article 228 de la loi Grenelle II envisageait de conduire sur un an une expérimentation « afin d'informer progressivement le consommateur par tout procédé approprié du contenu en équivalent carbone des produits et de leur emballage, ainsi que de la consommation de ressources naturelles ou de l'impact sur les milieux naturels qui sont imputables à ces produits au cours de leur cycle de vie. »

Dans le sillage du texte, plus de 230 entreprises se sont portées candidates pour expérimenter la nouvelle étiquette. 168 d’entre elles ont été retenues, dont 1/3 dans l’agro-alimentaire. A partir de juillet prochain, elles pourront ainsi tester la façon dont les consommateurs perçoivent le dispositif d’information, et mesurer la pertinence des différents supports de communication, leur format et leur lisibilité. Résultats espérés, selon NKM : « Nous attendons de cette expérimentation un engagement plus fort du consommateur. Car un consommateur bien informé peut s’engager, choisir ses produits autrement. D’autre part, cette expérimentation va renforcer le pôle de compétitivité du site France: l’entreprise qui se soucie de produire à proximité et qui travaille sur le cycle de vie du produit, travaille sur la compétitivité.»

2011-03-09
Écrit par
midi:onze
Xynthia : comment faire face ensemble aux risques climatiques ?

Il y a tout juste un an, dans la nuit du 27 au 28 février 2010, la tempête Xynthia ravageait le littoral atlantique, faisant 47 morts.

Très rapidement après la catastrophe, la presse et l’opinion publique ont désigné les coupables : les élus, dont les règles d’urbanisme avaient permis de lotir des terrains inondables, situés en dessous du niveau de la mer. Plusieurs plaintes ont ainsi été déposées par les sinistrés et leurs familles, soit pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » et « homicide involontaire », soit pour « prise illégale d’intérêt ».

Des catastrophes en cascade

Il ne nous appartient évidemment pas d’établir quelles sont les responsabilités des uns et des autres dans ce drame. Nous constatons simplement que Xynthia inaugure une année record en matière de catastrophes naturelles, une année qui a vu notamment la Russie flamber et l’Australie ou le Pakistan prendre l’eau… S’il est difficile d’affirmer avec certitude que ces événements sont liés au changement climatique, leur fréquence et leur intensité donnent en tous cas un avant-goût de ce que pourrait être notre monde d’ici quelques années : un monde voué aux caprices du climat, et sommé d’y faire face.

Une gestion dépassée

En ce domaine, les décisions prises dans le sillage de Xynthia laissent à penser. Dans la gestion des sinistrés, c’est l’urgence et le cas par cas qui ont prévalu – témoin l’établissement d’une « zone noire » à démolir, et dont les contours semblent pour le moins arbitraires. Côté assurances, l’indemnisation des sinistrés, si elle a été globalement traitée (à 80%, dit-on), elle a d’abord concerné les propriétaires, au détriment des locataires pourtant plus précaires. Sans parler des hausses tarifaires pratiquées par les assureurs pour faire face à l’augmentation du nombre de catastrophes : une hausse de l’ordre de 3,5 à 8% en 2011 pour l’habitation… En somme, ce sont d’ores et déjà les populations les plus fragiles qui payent le plus lourd tribut aux caprices de la météo.

Se préparer au futur

D’où ces simples questions : si le changement climatique devait favoriser la multiplication des épisodes extrêmes, ne faudrait-il pas définir un nouveau pacte social ? Doit-on laisser aux seules assurances le soin d’indemniser les victimes ? La situation n’impose-t-elle pas plutôt d’imaginer de nouveaux mécanismes de solidarité pour faire face à des catastrophes vouées à devenir plus fréquentes et plus dangereuses ? Ne faut-il pas créer un nouveau statut de sinistré climatique ?

C’est en répondant à ces questions que nous relèverons les nouveaux défis climatiques sans mettre en péril notre modèle sociétal…

2011-03-02
Écrit par
midi:onze
Une réserve des arts pour promouvoir le recyclage dans le secteur culturel

Récupérer et valoriser des matériaux pour le secteur culturel en Ile de France, c'est le projet que se sont lancées Sylvie Bétard et Jeanne Granger en 2008 avec La Réserve des Arts. L'enjeu de l'association ? Faire que les déchets inexploitables des entreprises deviennent la matière première des professionnels de la création. Rencontre avec les deux fondatrices.

Depuis maintenant le début de l'année, Sylvie Bétard et Jeanne Granger ont investi un local du 20ème arrondissement de Paris pour entreposer les « déchets »  inexploitables qu'elles récupèrent auprès d'entreprises dans le but de les mettre à disposition des professionnels du secteur culturel. Par déchets, entendez : ce dont on veut se séparer. En effet, les matériaux récupérés par ces deux jeunes femmes sont très variés et peuvent être de grande qualité. « Papier japonais ou chutes de cuir, on collecte parfois des productions de très bonne facture d'artisans qui, pour diverses raisons cessent leurs activités. Certains stocks morts ont une très haute valeur ajoutée », expliquent les deux fondatrices du projet. Difficile dans ce cadre de donner une valeur à ces produits voués à être jetés mais à fort potentiel. « Notre premier engagement est de proposer des tarifs qui restent accessibles soit environ 50% moins cher que les prix du marché. Puis, on détermine la valeur en fonction de la rareté mais aussi du volume du stock. On vend au poids, au mètre ou à l'unité ».

Actuellement, ce sont près de 120 références qui sont présentes dans la boutique. On trouve de tout ou presque. Quelques exemples : cadres en bois, fils et bobines, rouleaux de tissus, luminaires de spectacles sont entreposés pour être ensuite revalorisés par des « créatifs ». Près de 150 membres font partie de l'association qui représente environ une trentaine de corps de métiers différents : graphisme, stylisme, photographie, design, architecture, etc...Pour adhérer à l'association et ainsi prendre connaissance de l'offre de matériaux, sans cesse renouvelée, une seule condition : être un professionnel du secteur. Étudiants, intermittents, associations ou entreprises culturelles peuvent venir s'approvisionner dans cette caverne d'Ali Baba pour artistes. Pour les responsables du projet, le secteur culturel est intéressant à plusieurs titres : « Il s'agit d'un milieu très contrasté avec peu de moyens financiers mais qui a pour dénominateur commun, un besoin de matériaux très large. L'idée, c'est de rendre l'écologie pragmatique, concrète et de soutenir un secteur qui a toujours su détourner et réemployer dans son processus créatif », soutient Jeanne.

La philosophie du « Cradle to cradle »

En arrière-plan de ce concept, il y a bel et bien l'ambition d'optimiser le traitement des déchets et de valoriser des matériaux considérés comme bons à jeter aux ordures alors qu'ils peuvent devenir la matière première pour créatifs inspirés. Complétement dans l'esprit Upcycling très en vogue actuellement. « On est des adeptes du mouvement Cradle to Cradle » (ndlr : Anglicisme signifiant « du berceau au berceau ». Méthode de production dans laquelle les flux de matériaux circulent de manière continue), précisent les deux associées. Leur modèle, elles l'ont trouvé à New York. Le MFTA (Material for the arts) est une structure non-profit installé depuis 30 ans et distribuant du matériel au secteur artistique. «  Il a fallu adapter ce modèle aux réalités du secteur parisien particulièrement contrasté », souligne Jeanne Granger.

Une ambition de sensibilisation

Une autre partie de leur travail consiste, non sans difficultés, à sensibiliser les différents acteurs au rôle et à l'importance du recyclage. Une tâche pas toujours évidente à réussir lorsqu'il s'agit de parler d'écologie dans des structures sans vision environnementale globale...Trois secteurs font aujourd'hui régulièrement appel à la Réserve des Arts pour se désencombrer de matériaux inutilisables : le luxe avec notamment un prestigieux maroquinier, la communication comme Euro RSCG et une enseigne de la grande distribution de bricolage. De façon plus ponctuelle, elles collaborent avec des artisans de la signalétique, des encadreurs ou des peintres. Du côté des artistes et créatifs, la boutique est un moyen de faire partie d'une « communauté » et de trouver une offre de matières premières diversifiées et bon marché. Pour les fondatrices : «  La question écolo ne se pose pas tant que ça car pour ce public, ces comportements ne sont pas nouveaux et relèvent plus du bon sens ». Leur objectif à court terme ? Passer de 100 à 1000m2 d'ici un an pour « avoir de tout » mais aussi de proposer un atelier entre artisans pour mutualiser les compétences en terme de valorisation de déchets. Affaire à suivre...

2011-02-21
Une campagne d'affichage de France-Nature environnement suscite la polémique

Pas facile de pointer du doigt les effets sur la santé et l'environnement de notre mode de production agricole. Le climat de colère et d'indignation qui entoure la campagne d'affichage lancée le 15 février par l'association France Nature Environnement en offre un exemple. Retour sur une polémique...

 

A quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, une polémique secoue le monde agricole. Le « scandale », selon les termes du ministre Bruno Le Maire, est arrivé hier via une campagne d’affichage de France Nature Environnement (FNE). Pour rappeler au gouvernement les objectifs fixés lors du Grenelle par le plan Ecophyto 2018 (soit la limitation des intrants dans l’agriculture), le réseau d’associations écologistes a programmé la diffusion de six visuels dans 3 stations de métro parisiennes. Des effets dévastateurs des pesticides sur les abeilles à ceux des nitrates sur les plages bretonnes, en passant par les dangers potentiels des OGM, ces affiches pointent les conséquences de l’agriculture intensive sur l’environnement et la santé. "Le salon de l’agriculture est l’occasion, pour de nombreux citoyens, d’aller à la rencontre du monde agricole, explique Bruno Genty, président de l’association. La dimension festive de l’évènement ne doit pas interdire tout débat à propos d’un modèle de production dont les impacts environnementaux ne sont plus à démontrer. »

Algues vertes et porc au vinaigre

Avant même son lancement officiel le mardi 15 février, la campagne de FNE suscitait une levée de boucliers. Premiers à monter au créneau : l’Inaporc et Interbev. Jugeant les affiches préjudiciables à l’image des éleveurs, les deux représentants des filières porcines et bovines ont saisi la justice pour tenter de faire interdire la diffusion des affiches. Sans succès.

Le deuxième coup porté à la campagne d’affichage est venu de la RATP : sous prétexte qu’ils étaient trop polémiques, la compagnie de transport parisien décidait hier de ne pas diffuser trois des six visuels. Parmi eux, cette photographie d’une plage bretonne couverte d’algues vertes :

Depuis, les réactions se multiplient. Dans le journal Libération, Bruno Le Maire disait ce matin sa « colère » et son « indignation » et dénonçait l’amalgame « agriculteurs=pollueurs » auquel conduisait selon lui la campagne. Le comité régional du tourisme de Bretagne fustigeait quant à lui une annonce qui « nuit clairement à l’ensemble des professionnels du tourisme breton ». Même son de cloque chez le député UMP Marc Le Fur : «Cette affiche, dit-il, n'est pas une affiche de protection de l'environnement mais une affiche anti-bretonne». Ailleurs, on dénonce une campagne pour bobos parisiens ignorants des réalités rurales et suffisamment fortunés pour avoir les moyens de se nourrir autrement. Ambiance.  

« On tire sur le messager »

Disons-le franchement : les réactions indignées à la campagne de FNE nous laissent perplexe. A commencer par celle de Bruno Le Maire, qui accuse les affiches de nier « la détresse qui a conduit certains agriculteurs au suicide. » Outre qu’il exonère le modèle productiviste de toute responsabilité dans l’étranglement financier des exploitants agricoles, un tel propos laisse entendre que FNE stigmatise la profession dans son ensemble. Or, la campagne ne s’élève pas contre l’agriculture, mais son versant industriel : « FNE ne se bat pas contre les agriculteurs mais bien contre un modèle dont ces mêmes agriculteurs sont souvent les premières victimes », rappelle Bruno Genty dans un communiqué. Et Benoît Hartman, porte parole de FNE, ajoute : « Il y a un autre modèle agricole, et nous le défendons. Par exemple, l’agriculture biologique est beaucoup plus rémunératrice pour les exploitants, auxquels elle offre plus de marges bénéficiaires. »

La réaction bretonne est plus curieuse encore : elle étonne dans un contexte où la prolifération des algues vertes sur les plages est déjà dans les médias un sujet récurrent, sinon un marronnier. D'autant plus qu'il n’y a pas grand monde pour contester les causes du phénomène, et le ministère de l’écologie et du développement durable lui-même pointe du doigt les éleveurs de porcs.

Bataille d’images entre communicants

Dès lors qu’elles ne font que redire ce qui a déjà été énoncé partout, pourquoi les affiches de FNE suscitent-elles ce tollé ? « Il est clair qu’on tire sur le messager, explique Benoît Hartman. On nous accuse de donner une mauvaise image de la Bretagne, mais les photographies utilisées sur les affiches ne sont pas des photo-montages. Qu’est-ce qui donne une mauvaise image de la Bretagne ? C’est une certaine manière de faire de l’agriculture, dont les conséquences se font sentir non seulement en Bretagne, mais aussi en Normandie et en Vendée. »

En fait, la polémique en cours montre une fois de plus combien la communication des entreprises et institutions étouffe tout débat de qualité quant aux enjeux sanitaires et environnementaux de notre alimentation. Quand le salon de l’agriculture voudrait véhiculer auprès du grand public l’image lénifiante d’un terroir où se fabriquent dans le pur respect de la tradition de la bonne viande et de bons frometons, les affiches de FNE jettent un éclairage nettement plus cru sur le système agricole français, et c’est bien ce qu’on leur reproche in fine.

L'omerta qui entoure le système productiviste explique aussi qu'à sa mise en cause se heurtent toujours les mêmes arguments, dont voici le résumé : « Le bio, c'est pour les bobos. L’agriculture intensive, ça fait des dégâts, mais c’est la seule façon de nourrir la planète. » Interrogé sur ce point, Benoît Hartman évoque un mythe à déconstruire : « On jette 50% de ce qu’on produit, explique-t-il. Pour nourrir tout le monde, il y a donc de la marge. Et puis, un repas bio préparé soi-même reviendra toujours moins cher que d’acheter des produits préparés ou transformés. Surtout que plus on achète bio, plus la filière se développe, et plus les prix baissent. »

2011-02-16
Écrit par
midi:onze
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