
matali crasset : “Je ne cherche pas à donner des formes, mais à proposer des potentiels et des scénarios de vie”
Cette publication a été difficile pour moi car je n’avais pas regardé ce que j'avais pu faire jusqu'alors. J’étais toujours tournée vers l’avant et vers de nouveaux projets. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts, puis j’y ai progressivement pris goût. L’idée était davantage de révéler la singularité des projets, en mettant en avant le travail sur les espaces et les scénarios de vie, plutôt que sur les objets. J’ai donc décidé de montrer principalement des espaces, organisés par thématiques, afin de proposer une nouvelle manière d’appréhender mon travail. Quelques objets apparaissent néanmoins dans un cabinet de curiosités en fin d’ouvrage.
Je dirais que je n’ai pas de style. Je ne cherche pas à donner des formes, mais à proposer des potentiels et des scénarios de vie. La forme ou l’espace viennent ensuite. Je ne suis pas dans une continuité esthétique ni dans une recherche de sophistication formelle, que l’on pourrait appeler française, mais dans l’intention première de ce que l’espace ou l’objet peut permettre.

J’ai du mal à répondre à cette question, car je n’ai pas de projet préféré. Chaque projet est porté par des personnes et des relations sur le long terme. Choisir un projet reviendrait à en privilégier un par rapport à un autre. Certains travaux, notamment autour de l’hospitalité, menés avec des collaborateurs avec lesquels j’ai partagé des parcours durables, illustrent cependant cette démarche d’expérimentation et de singularité.
J’ai souhaité révélé la diversité des projets, tout en laissant au lecteur le soin d’en faire la synthèse. Chaque contexte et chaque commanditaire étant distincts, je ne voulais pas imposer une lecture unique. Je pense néanmoins qu’un état d’esprit et une approche se dégagent. Ce que je voulais montrer, ce sont des prises de position affirmées et la possibilité de faire fonctionner ensemble le social et l’artistique.
Il y a beaucoup de choses qui lui échappent, et tant mieux, parce que le design n'est pas là pour réglementer mais au contraire, pour libérer les choses. Je considère le design comme une pratique agile, capable de s’adapter aux enjeux sociaux et écologiques. Le livre est aussi une manière de préparer une autre façon de voir les choses, en se concentrant sur la création de conditions favorables pour être ensemble, faire communauté et s’engager collectivement.
Je considère le design comme une pratique agile, capable de s’adapter aux enjeux sociaux et écologiques.

Je crois que l’on est plus fort ensemble et que l’on s’enrichit collectivement. Dans un contexte d’éco-anxiété, être ensemble permet de se rassurer et de croire à la possibilité de changer les choses. Je travaille sur des scénarios ouverts, des systèmes et des plateformes évolutives qui permettent l’émergence de possibles, y compris imprévus.
Je ne travaille jamais seule. Les projets sont conçus avec les commanditaires, des personnes engagées qui habitent les lieux. Des projets expérimentaux qui ne sont pas portés par les usagers ne m’intéressent pas. Il s’agit d’observer ce qui existe déjà dans les relations et les usages, même de manière latente, et de le révéler par un espace, un outil ou un système.

Pour moi, l’écologie n’est pas un dogme mais une prise de conscience. Le design peut aider à sensibiliser, mais surtout à agir. Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire comme avant, et les designers peuvent être une force pour orienter autrement les projets. Cette démarche s’inscrit dans une façon de travailler « autrement », que j’ai toujours adoptée, celle qui se rapproche d'un design frugal qui invite à être créatif et actif, loin des approches axées sur le confort. Depuis le départ, j'ai toujours regardé les situations avec un autre regard. Aujourd'hui, ce pas de côté me permet de proposer cet “autrement” et d'entrevoir une vie commune plus sereine.
Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire comme avant, et les designers peuvent être une force pour orienter autrement les projets.
La question des matériaux intervient plutôt à la fin. Le changement doit être d’abord philosophique et systémique. Ce n’est pas seulement en changeant les matériaux que l’on transforme les choses. Il s’agit de repenser des systèmes complets, et non d’apporter des réponses ponctuelles. Marc Augé dit que le design, c'est l'anthropologie appliquée, et je trouve que c'est très juste. Un anthropologue va trouver un terrain, s'ancrer dans un endroit, regarder comment cela fonctionne et puis trouver. On peut faire une espèce d'analogie avec le travail du designer en arrêtant de faire du design seul pour faire du design en rapport avec un contexte, en rapport avec quelque chose qui se joue et là on est beaucoup plus fort.
Ils cherchent à redonner envie d’être actif, de faire communauté et de restaurer la confiance à des échelles où elle est possible. Les utopies et écotopies nourrissent ma réflexion. L’écriture et les récits me permettent aussi de retrouver une direction et de continuer à avancer dans des périodes de doute. A un moment donné, j'ai même posé le crayon, je me suis dit “je ne dessine plus ni l'objet ni l'espace”. Et là j'ai commencé à écrire et cela m'a réparée. Quand le réel est vraiment difficile à appréhender, l'imaginaire peut nous éclairer et nous redonner l’optimisme dont on a besoin pour avancer et pour continuer à faire des projets.

C’est la conviction que nous avons encore une capacité de penser et de nous reconfigurer collectivement. Face aux déséquilibres liés aux outils, notamment l’IA, il s’agit de prendre conscience, de protéger et de réfléchir en profondeur plutôt que de chercher à tout arrêter.
Je privilégie les petites échelles, car ce sont celles où l’on comprend ce qui se joue. Il ne s’agit pas nécessairement de produire de nouveaux objets, mais de questionner leur légitimité. Le design est aujourd’hui à réinventer, tant dans ses pratiques que dans ses terrains d’intervention.
Je ne crois pas à un modèle unique. La richesse du design réside dans la diversité des sensibilités et des approches. Chaque designer doit approfondir sa propre démarche afin de proposer des réponses adaptées et respectueuses du monde et de ses habitants.
Je privilégie les petites échelles, car ce sont celles où l’on comprend ce qui se joue. Il ne s’agit pas nécessairement de produire de nouveaux objets, mais de questionner leur légitimité. Le design est aujourd’hui à réinventer, tant dans ses pratiques que dans ses terrains d’intervention.

matali crasset, autrement, textes de Geneviève Gallot, Paris, éditions La Martinière, nov. 2025, 112 pages, 32,50 €
Présentation de l'ouvrage sur le site de la maison d'édition ICI
La dernière crise financière a brutalement mis en lumière les faiblesses structurelles de notre système bancaire et souligné quelques-uns de ses travers : concentration de la masse monétaire dans les mains d’une minorité (c’est l’effet Pareto), spéculation, etc.
Comme dans un jeu de Monopoly, où le nombre de billets disponible est limité et crée un cadre de jeu fondé sur la compétition, le système bancaire, qui a le monopole de l’émission de la monnaie, crée la rareté. Ainsi que l’écrit Bernard Lietaer, ancien artisan de l’euro et spécialiste des monnaies complémentaires, « ces monnaies sont conçues pour stimuler la compétition, plutôt que la collaboration entre les utilisateurs. La monnaie est aussi le moteur sous-jacent de la croissance sans fin qui caractérise les sociétés industrielles. »
Dans un contexte de crise comme celle que nous traversons, la rareté de l’argent est d’autant plus préjudiciable à l’échange de biens et de services que les banques, qui contrôlent le crédit, adoptent alors une position de repli. Or, quand on limite l’accès au prêt, c’est toute la machine qui se grippe : l’argent ne circule plus, l’activité économique en souffre et le chômage augmente.
Si la crise est, comme beaucoup le suggèrent, consubstantielle à notre système bancaire, si elle résulte d’un problème structurel, il semble alors que nous soyons condamnés à aller de krach en récession… L’histoire économique des dernières décennies l’illustre largement : « bien que la crise actuelle soit la plus importante, ce n’est pas la première, écrit Bernard Lietaer. La Banque mondiale a identifié pas moins de 96 crises bancaires et 176 crises monétaires pendant les 25 années qui ont suivi la décision du président Nixon d’introduire le mécanisme de l’échange flottant au début des années 1970. » Pourtant, selon Lietaer, le mal n’est pas incurable. Pour assurer la viabilité du système, il suffirait, explique-t-il, de diversifier nos monnaies et nos institutions monétaires, et d’en introduire de nouvelles « destinées spécifiquement à accroître la disponibilité de l’argent dans sa fonction première de moyen d’échange, plutôt qu’en tant qu’objet d’épargne ou de spéculation. »
De fait, à la faveur de la crise, certains pans de l’économie ont vu se multiplier au cours des dernières années ce qu’on appelle diversement « monnaies complémentaires » ou « monnaies sociales ». Soit des moyens d’échange qui, loin de substituer aux monnaies conventionnelles, viennent les compléter au besoin pour « doper » certains secteurs économiques… L’exemple le plus célèbre est celui du Sol. Cette unité de compte est utilisée par des structures (fondations d’entreprises, associations, coopératives, mutuelles, collectivités territoriales…) engagées dans l’économie sociale et solidaire. Son fonctionnement ressemble à celui des cartes de fidélité : tout achat dans une structure du réseau SOL (chez Artisans du monde, à la Biocoop, etc.) permet d’obtenir des unités qui sont créditées sur une carte à puces. Celle-ci permet alors de payer ou d’échanger tout ou partie des produits ou services proposés par les membres du réseau, ou de soutenir une cause ou un projet social. Et parce qu’il est destiné à stimuler entre utilisateurs l’échange de biens et services « responsables », le Sol est une « monnaie fondante » : il perd de sa valeur s’il ne circule pas. Une façon de décourager l’épargne et la spéculation, et de s’assurer que la monnaie créée ne perdra pas sa fonction première : l’échange…
Aussi les monnaies complémentaires sont-elles particulièrement intéressantes en cas de crise. C’est d’ailleurs dans des contextes sinistrés (l'Argentine de la fin du XIXe siècle, les années 1930) que les premières d’entre elles sont nées. Destinées à stimuler l’activité économique et les échanges de biens et marchandises en période de pénurie monétaire, elles permettent aujourd’hui de doper la « consommation responsable » et solidaire. C’est le cas, au Japon, des Fureai Kippu, une monnaie créée en 1995 avec succès pour stimuler l’offre de services aux personnes âgées…
Pour Jean-François Noubel, pionnier du développement d’Internet en France et chercheur en intelligence collective, l’essor des monnaies complémentaires n’est pourtant qu’une phase de transition. Il parie que le système monétaire est sur le point de vivre une (r)évolution comparable à celle des médias : d’abord régaliens, contrôlés par l’Etat, ces derniers sont devenus citoyens, puis collaboratifs (avec le web 2.0, chacun est désormais son propre média). À rebours du système actuel, fondé sur le monopole bancaire, il prédit l’avènement à l’ère des réseaux de ce qu’il nomme des « constellations monétaires » : « nous verrons les monnaies se multiplier et leurs usages se diversifier, explique-t-il. Pour l’essentiel, ces monnaies seront digitales, car celles-ci offrent plus de souplesse que les monnaies scripturales, et sont plus faciles à gérer et contrôler par le collectif. »
Alors que les monnaies complémentaires viennent pallier les déficiences des monnaies régaliennes, les monnaies « libres » (comme on parle de logiciel libre) invitent quant à elles à changer de paradigme monétaire. Aux principes de réciprocité et de symétrie qui régissent actuellement l’échange d’argent, elles nous proposent d’inventer d’autres manières de partager et construire la richesse. Leur fonction n’est pas seulement de créer de la valeur, mais de déterminer ensemble ce qui a de la valeur.
Bien sûr, certaines de ces monnaies auraient alors pour fonction de favoriser l’échange de biens et de services. Mais, rappelle Noubel, « il ne faut pas restreindre les monnaies à leur fonction d’échange. Elles peuvent également servir à mesurer un capital social ». Prises dans une constellation monétaire, elles permettraient ainsi d’instaurer une relation de confiance (ou fiduciaire) nécessaire à tout échange monétaire. Du reste, ces unités de mesure sont déjà une réalité. Ce sont vos étoiles sur eBay, vos notes sur tel site de location entre particuliers, etc. Ces évaluations déterminent les échanges et les conditionnent : un vendeur mal noté sur eBay voit ses chances de conclure une transaction diminuer…
Pourtant, si des plates-formes web (telles que http://flowplace.org) permettent déjà de coordonner des projets affranchis du système monétaire conventionnel, si des protocoles informatiques sont en cours d’élaboration pour favoriser la création et l’échange de monnaies libres, personne ne peut prédire aujourd’hui ce que seront ces dernières. Et pour cause : non-centralisées, elles n’auront d’autre règle que la souveraineté des usagers et leur capacité à inventer eux-mêmes leurs propres règles.
Tout comme le développement du Web est porteur de profondes mutations économiques et culturelles, les monnaies libres, si elles se développent, modifieront très certainement notre conception de la richesse. « Donner aux citoyens le contrôle de la monnaie, passer des monnaies rares aux monnaies libres, c'est faire évoluer tout le contrat social », explique Jean-François Noubel. L’avènement des monnaies libres équivaudrait ainsi à une véritable révolution des consciences : à l’intelligence collective pyramidale qui constitue aujourd’hui notre modèle social, se substituerait alors une intelligence collective globale et rhizomique.
Le coût annuel moyen d'un véhicule personnel s'élèverait en moyenne à 5000 euros. Difficultés de stationnement, mauvaise image en matière d'écologie... d'autres aspects qui favorisent l'apparition d'initiatives qui tentent de répondre aux nouvelles problématiques économiques et écologiques liées à la voiture.
Selon l'Ademe, en 2009, la voiture en libre-service était disponible dans 24 villes françaises dont Marseille, Lyon, Strasbourg ou encore Grenoble. Ce service, principalement installé dans des villes de plus de 100 000 habitants, s'étend désormais dans les villes moyennes. Depuis les années 1990, l'auto-partage se développe fortement en Europe, notamment en Suisse, en Allemagne ainsi qu'en Amérique du Nord. À Paris, un projet d’autopartage mis en place par la mairie doit voir le jour à l'automne 2011. Selon une enquête de l'Ifop pour Le Journal du Dimanche publié en septembre 2009, 61% des 598 Parisiens interrogés se déclarent intéressés par l'Autolib'. Un succès qui s'explique notamment par le fait que ce dispositif s'inscrit dans une offre de déplacements multimodale en mettant à disposition l'usage d'une voiture, seulement pour le temps nécessaire. Ne pas disposer de véhicules de façon permanente permet d'encourager les modes transports doux (vélo, bus, ect.) et ainsi limiter les émissions de gaz à effet de serre. Toujours selon l'Ademe, une voiture partagée remplace entre 4 et 8 voitures privées. Une étude OSEA / ANVAR estime le gain annuel à 1,2 tonne de CO2 par usager, soit à peu près 60 % de ce que l'on rejette par an en se déplaçant.
Des stations d'auto partage se font progressivement une place dans la sphère privée notamment dans des projets d'aménagements pionniers en matière d' « d'écoquartier » comme dans le projet de la ZAC Rungis, à Paris prévu à l'horizon 2014. 8 véhicules en auto-partage seront installés dans un premier temps et la capacité d’accueil pourra aller jusqu’à 20 véhicules. Ces alternatives mettent en avant de nouvelles habitudes de consommation qui détrônent les sacro-saintes valeurs de propriété. L'idée de « partage » se répand même dans d'autres usages tels que le transport en taxi. Sites Internet mais aussi applications pour smartphones permettent de mettre en relation des voyageurs souhaitant partager leur voyage pour en réduire le coût mais aussi faire de nouvelles connaissances.
En marge du co-voiturage, le marché de la location de voitures entre particuliers arrive en France après avoir déjà fait ses preuves aux Etas-Unis. Zilok, Voiturelib ou encore Deways : ce sites cherchent à proposer des réponses aux nouveaux besoins et usages en matière d'utilisation de véhicules. Installés sur le Campus de l’Essec depuis septembre 2010, les trois associés de Deways aspirent à «créer une vraie communauté qui partagent des valeurs de convivialité », explique Noël Paganelli, l'un des associés. Le principe? D'un côté, des propriétaires partagent leur véhicule avec la communauté en échange d'une compensation financière, de l'autre des conducteurs disposent d'un ensemble de véhicules adaptés à leurs besoins et n’en payent que l'usage. Premier bénéfice mis en avant pour rassurer les quelques frileux qui auraient peur de laisser leur voiture : l'apport financier. En moyenne, le loueur peut engendrer 250€/mois avec un record atteint de 420€/mois depuis la mise en place du système. Selon les fondateurs du projet, les jeunes montrent moins d'hésitations que leurs aînés. « Pour démarrer, on vise une communauté d'étudiants, plus disposés à adopter de nouveaux comportements. C'est la génération « bons plans sur internet », et rodée aux échanges sur les réseaux sociaux », estime Noël Paganelli. « C'est aussi une approche responsable d’utilisation de sa voiture car avec ce type de système, on n'augmente pas le parc automobile ». D'autres campus devraient voir arriver prochainement ce type de services, qui devraient se développer plus généralement en France.
« Ce n'est point dans l'objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche ».
Cette phrase de Saint-Exupéry pourrait en substance préfigurer la vision du métier de designer abordée par les 5.5. Entre sens des responsabilités et approche décalée, entre travail de recherche et collaboration avec les grands industriels, ce collectif de jeunes créateurs créé il y a sept ans joue désormais dans la cour des grands.
5+5=4. En effet, les 5.5, ce sont quatre designers. C'est aussi un collectif qui à l'origine n'avait pas envisagé de se constituer en agence. Pour Vincent Baranger, Jean-Sébastien Blanc, Anthony Lebossé et Claire Renard, tout est parti d'un projet réalisé à la fin de leurs études à l’école Nationale supérieure d’Arts Appliquée et de Métier d’Art (ENSAAMA) à Paris. « Reanim » se proposait de se mettre au chevet des meubles et de faire de la médecine d'objets grâce à des sortes de prothèses en plexiglas. Un projet « manifeste » avec pour ambition de sortir du cycle de la consommation où le gaspillage règne en maître. Leur discours : réparer plutôt que jeter. Ce premier travail a particulièrement marqué leur ADN : par delà une création mécanique d'objets, les designers souhaitent questionner sur la fonction même de ces objets, et activer un déclencheur sur notre façon de les « consommer ». On y est. Le cœur des 5.5, c'est bien de créer des objets « durables », «optimistes et engagés » en réaction à l’obsolescence programmée des marchandises. « On souhaite concevoir des objets « vivants » qui grandissent, se bonifient avec le temps et qu'on a envie de garder le plus longtemps possible. On espère qu'en proposant des objets qui ont du « charme », on va déclencher des coups de cœur car il y a une vrai responsabilité à mettre de nouveaux produits sur le marché », dévoilent Anthony et Jean Sébastien.
Difficile de ne pas accorder une importance particulière à un objet que l'on a fait soi-même et les 5.5 le pensent plus que les autres, se rapprochant ainsi d'une approche DIY. Une démarche que l'on discerne dans de nombreux projets comme la Cuisine d'objets (2009) qui propose d'impliquer le consommateur dans le processus créatif. Cuisine d'objets est une série de recettes pour fabriquer des objets à la maison à la manière dont on préparerait un bon petit plat. Et l'intitulé des objets est raccord avec le thème : velouté de lumière, patères en croûte, tabouret façon tatin, guéridon aller/retour. «Dans le monde des objets, c'est comme si on allait au restaurant tous les jours, on ne fait plus rien soi-même. On veut impliquer le consommateur et encourager la différenciation ». Cette esthétique s'acoquine officiellement avec le bricollage-bidouillage. « On nous qualifie souvent de bricoleurs-politiques », soulignent les 5.5.
Dans le même sens, « Les vices de la déco » font appel à la conscience du consommateur. « Cette collection se résume à l’essentiel et fait disparaître toute trace de style pour ne conserver que la partie fonctionnelle de l’objet. Le reste, tout ce qui est lié à l’esthétique du produit, nous vous en confions la responsabilité. Ces fourchettes, couteaux, cuillères et verres suggèrent l’indispensable, l’utilitaire réduit à son minimum», expliquent sur leur site les 5.5. Pour aller encore plus loin, le concept de « cloning » réalisé en 2008 utilise les mesures physiques du consommateur pour interférer sur le rendu final de l'objet. Exemple : un vase dont les mesures sont réalisées en fonction des mensurations d'une personne... Jusqu'au-boutistes les 5.5.
Dépeints par de nombreux médias comme des défenseurs de l'environnement, ils ne se revendiquent pas pour autant comme des chantres de l'éco-conception. « Nous intégrons des logiques de développement durable en réfléchissant au choix des matériaux, en favorisant l'artisanat local, en anticipant les processus mais il nous semble que le développement durable dépasse aujourd'hui les compétences du designer», estiment les 5.5. Un de leurs derniers projets, Guide to free farming, se proposait d'offrir des outils pour chasser les animaux des villes, au rang desquels rats, pigeons et autres cafards. L'idée: faire réagir les gens sur la notion de locavore (ndlr : personne qui consomme une nourriture produite localement) avec un discours volontairement provocateur sur l'agriculture urbaine. Fonctionnant comme une sorte de cabinet de recherche en design, le collectif a su montrer sa capacité à innover et à poser des questions en phase avec l'air du temps. Cette démarche n’a pas manqué attirer de nombreux industriels : Baccarat, Moulinex, LaCie et tout récemment Nespresso. Les 5.5 designers s'éloignent donc aujourd'hui du design « prospectif » de la recherche, du laboratoire pour se rediriger vers la production en grandes séries. « On pense que le meilleur moyen de faire bouger les choses, c'est de le faire de l'intérieur. Notre aspiration : imaginer un « design de transition » qui réconcilie Mr et Mme Tout le Monde et les leaders de pensée ». Souhaitons leur qu'ils conservent cette ingénuité qui fait actuellement leur succès.
L'habitat groupé se scinde en deux principaux modes de gestion, en auto-promotion ou coopératif, dont le socle commun est la volonté de vivre ensemble. Bien développé en Suisse, au Danemark et au Canada, ce type d'habitat refait surface depuis le milieu des années 2000 en France.
« Avec l'habitat groupé, on est entre le logement individuel et la salle communale de quartier », indique Cecile Viallon, secrétaire général de Ecohabitat groupé, une association fondée en 1977 par les 6 premiers groupes d’habitat autogérés. Habitante de « La Viorgne » depuis 1985 dans un ensemble de 13 logements dans la région lyonnaise, cette militante de la première heure pour l'habitat groupé ne lésine pas sur le plaisir de parler « des valeurs de partage et de la convivialité entre voisins ». Un habitat groupé (ou éco-géré) peut regrouper cinq, dix, quinze foyers qui se rassemblent pour concevoir ensemble l’organisation de leurs logements ainsi que les espaces, les équipements, les activités qu’ils souhaitent partager, dans l’optique de constituer un voisinage convivial, ouvert sur la vie du quartier.
Après 10 ans de réflexion puis de construction, La Fonderie à Vanves voit ainsi le jour début 1988. « Au départ, on était une bande de copains qui voulait partager ensemble le même mode de vie, ce n'était pas un acte militant. De plus, les affinités culturelles étaient très importantes pour la réussite de ce projet », raconte Daniel Jaunas, habitant de la Fonderie depuis plus de 20 ans. Cave à vins, labo photo, atelier de poterie, les habitants de cet immeuble ont créé des espaces de vie communs. Un mode de vie qui entraine aussi parfois des points de discorde. « Il faut bien avoir conscience que ce type d'habitat exige des compromis et des consensus », précise Daniel Jaunas. Parfois, les membres rédigent une charte qui n’a pas de valeur juridique mais qui permet de fixer des bases de bonne entente entre les habitants. Les lieux communs ont aussi vocation à s'ouvrir vers l'extérieur et peuvent devenir des lieux de réunions pour les associations de quartier. « Notre immeuble a servi de point d'ancrage pour favoriser la vie locale », ajoute l'habitant de La Fonderie.
D'autres motivations viennent nourrir la réalisation de ce type de projet, comme la question économique. Pour La Fonderie, l'économie permise a été de 20%, ce qui revient au coût d'un maitre d'ouvrage, dont le rôle est alors pris en charge par les habitants eux-mêmes d'où le nom donné à ce mode de construction : auto-promotion. « Depuis 2005, de nombreux jeunes reviennent vers nous afin de nous demander des conseils pour construire un habitat groupé. La crise et le prix du foncier motivent une nouvelle génération à vouloir se loger moins cher tout en partageant des valeurs de partage », estime Cecile Viallon de Écohabitat. Face aux modèles « traditionnels » de logements, que ce soit en vente ou en location, l'habitat groupé apparaît comme une alternative. Une autre forme, l'habitat coopératif tente également d'apporter une solution à la spéculation foncière. Ici, les coopérateurs sont propriétaires collectivement et locataires individuellement. Un statut juridiquement interdit aujourd'hui en France (Loi de Chalandon de 1971). Malgré cela, un projet de 14 logements à Villeurbanne a reçu un permis de construire. Le « village vertical » est une réalisation qui se veut exemplaire en matière de construction écologique, propose des espaces utilisés et gérés collectivement (buanderie, laverie...), un local professionnel ou associatif et des logements pouvant être confiés à des associations d’insertion par le logement. Dans ce projet, le promoteur est le bailleur social, Rhône Saône Habitat. « Cet projet a été rendu possible grâce à un montage juridique », explique Emmanuel Vivien de Habicoop, l’association de promotion des coopératives d'habitants.
« Tout le monde veut faire de la mixité intergénérationnelle mais en pratique, on se rend compte que c'est assez compliqué », estime Cecile Viallon, ajoutant que « certains groupent se structurent entre retraités comme la communauté des « Babayagas » (ndlr : La Maison des Babayagas est une maison de femmes âgées autogérée à Montreuil.) Des projets de ce type sortent d'un peu partout ». D'autres tiennent leur pari sur ce point. C'est le cas du projet Eco Logis, sorti de terre à Strasbourg en septembre 2010. Avec un bâtiment très ambitieux du point de vue environnemental (isolation, thermique, utilisation d'écomatériaux), la présence de jardins partagés, un processus de démocratie participative très avancé, le projet de Strasbourg a des parfums d'écoquartier et s'affirme comme un « projet pilote » en la matière. Des dispositions que les premières générations d'habitat groupé n'avaient pas abordées dans cette ampleur. « Sur les 11 logements, il y a des personnes très différentes que ce soit dans les âges ou les catégories sociales », souligne Bruno Parasote, porte parole et habitant du collectif Eco Logis Strasbourg Neudorf, Président d’Eco Quartier Strasbourg et ingénieur urbaniste de profession.* Et Bruno Parasote de conclure : « La question de la mixité générationnelle tout comme la volonté de vivre dans un cadre sain et respectueux de l'environnement sont des problématiques nouvelles qui s'imposent aujourd'hui. L'auto-promotion et l'habitat groupé apportent des solutions à l'urgence du problème du mal logement et de la cherté et peuvent incarner une opportunité voire une nécessité que les collectivités et les citoyens ont la possibilité de saisir.»
Bruno Parasote publie ce mois-ci (sortie nationale prévue le 14 février) un ouvrage sur ce thème : Autopromotion, habitat groupé, écologie et liens sociaux. Comment construire collectivement un immeuble en ville ? Coll. Société Civile – 978 2 913492 92 9 - 14x22 – 240 p. –24 €. Edition Yves Michel
Hier, lundi 24 janvier, dans le cadre du salon maison&objet, se tenait une conférence sur la réutilisation et le détournement dans la construction. Parmi les invités, Eric Tabary, architecte de la « Villa Déchets », construite et exposée à Nantes durant tout l’automne, et Pierrick Jourdain, venu promouvoir « Métisse », un isolant fait à partir de jeans usés. Les projets présentés à l’occasion soulignaient assez les enjeux du recyclage dans le bâtiment, qui produit 50 millions de tonnes de déchets BTP par an.
De fait, le réemploi de matériaux divers (palettes, bouteilles plastiques, papier, etc.) répond dans ce secteur à une double nécessité : limiter l’extraction et le transport de matières premières et revaloriser des déchets dont l’accumulation a un coût écologique et économique…
C’est d’ailleurs pour réduire la part des déchets ultimes dans le secteur vestimentaire que le Relais d’Emmaüs a créé « Métisse ». D’abord dédié à la collecte, au tri et au recyclage des vêtements, le réseau d’entreprises à but socio-économique a en effet dû faire face il y a quelques années à une évolution préoccupante : l’augmentation significative, dans les bacs de collectes, de la part des vêtements en fibres de mauvaise qualité (ils forment jusqu’à 15% des textiles recueillis). Plutôt que de les envoyer à l’incinérateur, le Relais s’est alors mis en quête de solutions innovantes. Le résultat ? Un isolant mêlant fibres de coton et acrylique, qui a reçu l’agrément du CSTB. Métisse offre les mêmes performances qu’un isolant minéral type laine de roche, mais son impact environnemental est beaucoup plus faible. Quant à son prix (autour de 12 €/m²), il le situe parmi les isolants écologiques les moins chers du marché…
La valorisation des déchets dans le bâtiment est aussi un formidable moyen d’alerter l’opinion sur le cycle de vie des produits et les investissements nécessaires à leur traitement. Pour Eric Tabary, maître d’œuvre de la « Villa Déchets », les projets comme le sien jouent un rôle préventif : « je voulais créer un événement qui intéresse les gens, explique-t-il. Or, évoquer les déchets n’est pas facile, parce que personne ne veut en entendre parler. »
À la manière de César, qui exposait en 1996 « un mois de lecture des Bâlois » sous forme d’énormes ballots de papier compressé, l’architecte s’est donc attaché à rendre nos rebuts visibles. Le bâtiment, né de la collecte de déchets urbains (en tout, 25 tonnes de bois et papier) et de leur assemblage en 20 jours par une association de bénévoles, a d’abord été exposé dans l’une des zones les plus touristiques de Nantes : l’île où se trouve le hagard à bananes et son célèbre éléphant. Au printemps prochain, il sera remonté dans l’écoquartier de la Bottière (toujours à Nantes), avant d’être exposé à Paris en octobre 2011. Pourtant, la « Villa Déchets » n’est pas un éloge du recyclage. Au contraire : « contre toute attente, explique Eric Tabary, le bilan carbone de l’opération est négatif, et le bilan financier n’est pas très bon : l’édifice a coûté autour de 1 800 €/m², ce qui est plus cher qu’un projet lambda. » Et l’architecte d'en conclure : « moins il y a de déchets à recycler, mieux ce sera. »
Ils se promènent avec nonchalance dans la banlieue du Cap, trainant derrière eux des cadis chargés de détritus. En pleine période de vacances d’été, sous un soleil de plomb qui fait régulièrement passer le thermomètre au dessus des 40 degrés, les collecteurs des déchets métalliques du Cap continuent leurs inlassables rondes dans les townships et quartiers pauvres de la ville. Alors que toute la cité-mère d'Afrique du Sud est dans l’effervescence du Minstrel Carnival également appelé "Coon Carnival" en africans ("carnaval noir" qui a lieu chaque année du 28 décembre au 2 janvier), ces derniers n’ont pas vraiment le même enthousiasme. En passant de maison en maison, ils espèrent simplement récupérer quelques déchets métalliques. Des débris oubliés derrières les conteneurs maritimes dans lesquels habitent de nombreuses familles. Ils iront également frapper à la porte des petites maisons en briques rouge, là ou vivent les familles plus aisées des townships.
Après avoir repéré la marchandise, il leur faut négocier avec les propriétaires. Si certains n’hésitent pas à offrir gracieusement ces encombrants déchets, il faudra la plupart du temps engager une âpre discussion sur le prix. Mais le tarif est dérisoire et le kilo de fer s’emporte souvent sous les 5 rands (cinquante centimes d’euros). Ces collecteurs de métaux lourds choisissent chaque jour un nouveau quartier. Ils connaissent parfaitement la banlieue du Cap et tissent au fils des années un réseau de points de collecte chez les habitants des immenses townships du sud de la ville. Mais si l’activité est rentable et permet à un collecteur de manger à sa fin chaque jour, elle est usante physiquement et reste très souvent réservée aux hommes de moins de 30 ans. La journée terminée, ils doivent se rendre dans un des centres de collecte de la ville. Les métaux sont alors convoyés au Waterfront, près du port du Cap pour être ensuite recyclés dans d’autres villes d’Afrique du Sud. Le pays possède en effet les infrastructures suffisantes et assez de centres de recyclage pour traiter lui-même ses déchets métalliques et favoriser ainsi une réexploitation locale. L’Afrique du Sud est d’ailleurs un maillon essentiel dans la chaîne de recyclage de ces déchets sur le continent africain. Des milliers de tonnes de déchets métalliques et informatiques y sont ainsi acheminés chaque année.
Reste que ces collecteurs informels de déchets métalliques symbolisent également l’absence de politique de recyclage des déchets (autres que métallique et informatique) en Afrique du Sud. Car si les métaux sont la plupart du temps laissés à l’abandon dans la périphérie de la ville, le traitement des déchets plastiques, du verre, du papier et du carton pose également problème à plus ou moins grande échelle.
Le verre est recyclable à l’infini après broyage et refonte du calcin (verre brisé). Mais il a fallu pourtant attendre juillet 2006 pour voir enfin la création d’un organisme public de gestion du verre en Afrique du Sud. The Glass Recycling compagny a été crée après un Memoranding of Understanding (MOU). Selon son Directeur Brian Rodger, « 204 000 tonnes de déchets ont été collecté par The Glass Recycling compagny en 2008, soit une augmentation de 38 % en deux ans. Et nous avons engagés plus de 202 partenariats avec des entreprises ». Reste que l’Afrique du Sud ne recycle aujourd’hui que 24 % de son verre quand la plupart des pays européens en recyclent entre 75 % et 80 %. En cause, le faible nombre de conteneurs à verre. Ainsi, il n’existe que 1 800 glass drop-off points in South Africa. L’objectif est d’attendre en 2012 un taux de 50 % de verre recyclé en Afrique du Sud.
Si l’Afrique du Sud doit rattraper son retard en matière de recyclage du verre, elle a en revanche mis en place depuis 1993 un organisme de collecte des boites de conserves et canettes. Ces dernières sont ainsi composées principalement d’aluminium et d’acier. Deux matériaux 100 % recyclables. Collect-a-can a ainsi pour objectif de «promouvoir le recyclage des canettes usages et d’organiser leur collecte ». Grâce à de nombreux partenariats avec des industriels et un système de collecte efficace (en particulier dans les écoles), Collect-a-can a permis à l’Afrique du Sud de faire passer son taux de recyclages des boites de conserves et des cannettes de 25 % en 1993 à 69 % en 2009. Un chiffre qui n’a rien à envier à ceux obtenus par les pays occidentaux.
L’Afrique du Sud a également fait des efforts ces dernières années pour promouvoir l’utilisation du papier recyclé par les industriels via son organisme PRASA (Paper Recycling Association of South Africa). PRASA regroupe une dizaine d’industriels de la filière papier. Ces derniers ont doublé l’utilisation du papier recyclé dans leur production entre 1990 et 2003 passant ainsi de 80 millions de tonnes à 187 millions. Selon les derniers chiffres fourni par PRASA, « 43 % du papier produit en Afrique du Sud était issu du papier recyclé en 2009, soit un million de tonne de papier recyclé sur l’année ». Des chiffres assez proches des standards européens (par exemple, 58% des fibres de la pâte à papier sont issues du recyclage en France).
Enfin, le recyclage du plastique n’en est encore qu’à ses prémices. L’Afrique du Sud possède une seule usine de recyclage des plastiques alimentaires à Johannesburg. Si celle-ci s’est vue attribuer un financement de plusieurs millions de rands pour développer le recyclage des plastiques PET (PolyEthylène Téréphtalate), le pays est encore loin de produire uniquement des plastiques recyclés. Le ratio n’est aujourd’hui que de 50 % quand le Royaume-Uni n’utilise actuellement que des plastiques PET recyclés.
Reste que si les politiques publiques et certains industriels visent à encourager et à promouvoir la filière recyclage via la création de ces organismes, le peuple sud-africain peine encore à adopter des habitudes responsables vis-à-vis de l’environnement. Ainsi, dans la plupart des foyers du pays, une seule et même poubelle sert pour tous les types de déchets. Le tri n’est pas une priorité et le constat est identique dans les lieux publics. Les centres-villes sont propres, mais il n’en va pas de même dans les banlieues et en particulier dans les townships ou les déchets sont omniprésents. Ils jonchent les rues et les caniveaux mais il est évident que la problématique environnementale n’est pas ici une priorité.
Si le tri des déchets n’est pas encore rentré dans les mœurs des sud-africains, la problématique des déchets se situe également à une autre échelle plus large. Ainsi, au niveau international, l’Afrique du Sud, comme de nombreux pays du continent africain a du faire face dans les années 80 à l’arrivée massive de déchets. C’est en effet à partir de cette période que les normes environnementales se sont considérablement renforcées dans les pays occidentaux, entrainant un développement du trafic de déchets vers l’Afrique. Mais plusieurs scandales (dont celui du Zanoobia, un bateau chargé de déchets toxiques italiens qui se verra fermer les portes d’entrée de tous les ports d’Afrique et qui sera finalement contraint de retourner à son point de départ en 1988) entraineront la signature d’accords internationaux réglementant voir interdisant les transits vers les pays du sud à l’image de la Convention de Bâle - adoptée le 22 Mars 1989 – qui encadre et limite les mouvements transfrontaliers de déchets toxiques, afin de protéger les pays émergents. Le trafic s’est alors redirigé vers les pays d’Europe de l’est. Mais les industriels des principaux pays pollueurs ont également rapidement compris que le marché du traitement des déchets était prometteur et qu’il nécessitait de toute façon des infrastructures et des technologies difficiles à financer dans les pays pauvres.
Pourtant, certains déchets sont aujourd’hui encore considérés comme trop peu rentables à recycler et à traiter par les pays occidentaux. D’autres sont également jugés très dangereux. Les déchets électroniques (ordinateurs portables, téléphones…) sont représentatifs de cette problématique. Leur volume augmente de façon exponentielle, leur durée d’utilisation diminue constamment et plusieurs composants utilisés dans leur fabrication sont toxiques (cadmium, plomb, mercure). Résultat : la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud se sont spécialisés dans le démantèlement et le recyclage de ces déchets. Mais les normes environnementales dans ces pays sont bien souvent très éloignées des standards européens. Difficilement mesurables, les conséquences sont pourtant bien réelles sur l’air, les sols et les nappes phréatiques proches de ces centres de démantèlement et de recyclage. Des répercussions environnementales qui passent bien souvent au second plan au regard du business généré par le traitement des déchets.
Parmi les engagements forts du Grenelle de l’environnement, figurait en bonne place la construction d’écoquartiers sur le territoire national : « sous l’impulsion des collectivités locales, peut-on lire dans le compte-rendu de la table ronde finale d’octobre 2007, au moins un EcoQuartier avant 2012 (en continuité avec l’existant et intégré dans l’aménagement d’ensemble) dans toutes les communes qui ont des programmes de développement de l’habitat significatif. » Pour soutenir cette démarche, Jean-Louis Borloo avait annoncé en 2008 la mise en œuvre du plan Ville durable et le lancement d’un appel un projets EcoQuartiers. Un an plus tard, le ministère de l’écologie et du développement durable annonçait le palmarès du concours. Parmi les 28 lauréats, la zac de Bonne à Grenoble (Grand prix national), Lyon Confluence ou le quartier « Danube » à Strasbourg, qui voyaient couronner leurs efforts en matière d’énergie, de mobilité, de biodiversité et de gestion des ressources.
"L'écoquartier ne fait pas la ville durable"
Le deuxième appel à projets EcoQuartiers s’inscrit dans la continuité du premier. Ouvert à toutes les collectivités porteuses de projets d’aménagement durable, il cherche à promouvoir et diffuser les « bonnes pratiques » en la matière : gestion durable de l’eau, traitement optimum des déchets, biodiversité urbaine, utilisation de transports « doux », production locale d’énergies renouvelables, densité, mixité sociale et fonctionnelle, utilisation d’éco-matériaux et concertation. Pour soutenir la démarche, le ministère de l’écologie envisage par ailleurs la création d’un label dès 2012.
Une telle proposition n’est pas sans soulever quelques inquiétudes. Parmi ces dernières, la crainte de voir se normaliser une démarche dont la force est justement de s’ancrer dans un contexte local toujours différent. Sur ce point, Benoît Apparu s’est montré rassurant : le label ne sera pas une norme, encore moins une obligation réglementaire, mais un « cadre philosophique » à destination des collectivités. Autre écueil : celui de mettre le label au service d’opérations de « marketing territorial ». Or, comme le souligne André Rossinot, maire de Nancy, «l’écoquartier ne fait pas la ville durable.» Faute d’un engagement fort à l’échelle du territoire, ces poches de durabilité pourraient même avoir des effets très négatifs en terme d’image, et nuire à l’ensemble de la démarche. D'autant plus que la construction d’écoquartiers, avec ce qu’elle implique de concertation et de participation des habitants, se heurte souvent à la culture politique des élus...